jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100567 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SERRA VALÉRIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 janvier 2021 et le 24 mars 2023, la société à responsabilité limitée " Golden Square ", prise en la personne de son représentant légal en exercice, représentée par Me Serra, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2020 par lequel le maire de Nice s'est opposé à sa déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 06088 19 S1481 en vue de la régularisation d'une extension et d'un ravalement de façade commerciale de l'enseigne " Altra Casa " au 2 place de la Gare du Sud à Nice ;
2°) d'enjoindre au maire de Nice de procéder au réexamen de cette déclaration en ce qui concerne le ravalement de façade uniquement, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte ;
3°) et de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- ledit arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;
- et il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut principalement à l'irrecevabilité de la requête et subsidiairement à son rejet au fond.
La commune soutient :
- à titre principal : que la requête est irrecevable comme tardive, en l'absence de justification du recours gracieux formé sur le fondement de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme (saisine du préfet de région) ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par courrier en date du 8 novembre 2023, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la situation de compétence liée du maire de la commune de Nice pour refuser l'autorisation sollicitée en raison de l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France en date du 21 juillet 2020.
La société à responsabilité limitée " Golden Square ", représentée par Me Serra, a répondu au moyen soulevé d'office par le tribunal par courrier enregistré le 13 novembre 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par courrier en date du 15 novembre 2023, de ce que le jugement était susceptible de prononcer d'office une injonction au maire de la commune de Nice de délivrer à la société " Golden Square " un certificat de non-opposition à déclaration préalable.
La commune de Nice a répondu aux moyens soulevés d'office par le tribunal par courriers enregistrés les 19 et 29 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2023 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- les observations de Me Persico substituant Me Serra, pour la SARL Golden Square ;
- et les observations de Mme A, pour la commune de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limité " Golden Square " a déposé une déclaration préalable de travaux n°DP 06088 19 S1481 en vue d'une extension et d'un ravalement de façade commerciale sur un bâtiment sis 2 place de la Gare du Sud à Nice. Par un arrêté du 24 juillet 2020, dont la SARL Golden Square demande l'annulation, le maire de Nice s'est opposé à cette déclaration préalable.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". L'article L. 621-32 du même code dispose : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. ". Aux termes de l'article L. 632-1 dudit code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis () ". Aux termes de l'article L. 632-2 dudit code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. () ". Enfin, l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. ".
En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Nice :
3. Aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. / () / Si le préfet de région infirme le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme statue à nouveau dans le délai d'un mois suivant la réception de la décision du préfet de région. ". Il résulte de ces dispositions que la décision de non-opposition à une déclaration préalable est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, à l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France ou, lorsqu'il a été saisi, du préfet de région. Si l'avis de ce dernier se substitue alors à celui de l'architecte des bâtiments de France, l'ouverture d'un tel recours administratif, qui est un préalable obligatoire à toute contestation de la position ainsi prise au regard de la protection d'un site patrimonial remarquable, n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre cet avis. La régularité et le bien-fondé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ou, le cas échéant, de la décision du préfet de région ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus d'autorisation et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir.
4. En l'espèce, la société requérante établit avoir régulièrement formé le recours administratif préalable obligatoire auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Nice et tirée de l'absence d'accomplissement de cette formalité obligatoire doit être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision litigieuse d'opposition à déclaration préalable :
5. D'une part, il est constant que le projet objet de la déclaration préalable litigieuse était soumis à l'avis obligatoire de l'architecte des bâtiments de France, conformément aux dispositions précitées au point 2. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit au point 3, le bien-fondé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France peut être contesté à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision attaquée.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet objet de la déclaration préalable litigieuse (régularisation d'une extension et d'un ravalement de façade) est situé aux abords de la gare du Sud, classée monument historique, et que l'architecte des bâtiments de France a émis un avis défavorable au projet le 21 juillet 2020, estimant que la pérennisation de l'extension du batiment déjà réalisée aurait pour conséquence de définitivement altérer la visibilité de la façade d'un immeuble du XIXème siècle sur lequel le projet est adossé, et, par suite, porterait atteinte à la qualité des abords de la gare du Sud. Toutefois, la société requérante soutient, pour contester le bien-fondé de cette appréciation, que des constructions voisines, elles-aussi aux abords de la gare du Sud, ne présentent aucun intérêt architectural et sont de dimensions moins modestes que celles de la construction objet de sa déclaration préalable. Il ressort en effet des pièces du dossier que l'extension objet de la déclaration préalable litigieuse est démontable et d'ampleur modeste, et qu'elle est par ailleurs de la même couleur que la façade de l'immeuble auquel elle est adossée. Dans ces conditions, et sans qu'il y ait lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale et de motif sollicitée par la commune défenderesse, la société requérante est fondée à soutenir que l'avis de l'architecte des bâtiments de France et, par voie de conséquence, la décision attaquée, sont entachés d'une erreur d'appréciation concernant l'insertion du projet dans le site.
7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision contestée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée du 24 juillet 2020 par laquelle le maire de Nice s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société requérante doit être annulée.
Sur l'injonction d'office :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article R. 611-7-3 du même code : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations. "
10. En raison du motif de l'annulation prononcée par le présent jugement, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un motif de droit ou une circonstance de fait pourrait faire obstacle à la délivrance d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable litigieuse, il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au maire de Nice de délivrer à la société requérante une décision de non-opposition à sa déclaration préalable n° DP 06088 19 S1481, ceci dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nice une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 juillet 2020 par lequel le maire de Nice s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 06088 19 S1481 déposée par la société à responsabilité limitée Golden Square est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Nice de délivrer à la société à responsabilité limitée Golden Square une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 06088 19 S1481, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Golden Square et à la commune de Nice.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
M. Combot, conseiller.
Assistés de Mme Martin, greffière
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
L'assesseur le plus ancien,
signé
M. Holzer
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026