jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BAKARY AFISSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 15 février 2021, 17 octobre 2022 et 3 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Bakary, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision du 5 novembre 2020 est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen circonstancié et approfondi ;
- la décision du 5 novembre 2020 est entachée d'erreur de fait ;
- le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des critères de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision du 5 novembre 2020 porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 26 février 2021, 26 octobre 2021 et 11 octobre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut principalement au non-lieu à statuer et subsidiairement au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que :
- il y a non-lieu à statuer sur le recours de M. A ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Combot a été entendu au cours de l'audience publique du 1er juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par demande du 21 octobre 2020, M. B A, né le 5 mai 2000 et de nationalité marocaine, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d'un titre de séjour. Par décision du 5 novembre 2020 notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception le 10 novembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir que la requête a perdu son objet dès lors qu'il a remis le 7 octobre 2021 à M. A une autorisation provisoire de séjour. Toutefois, d'une part, l'autorisation temporaire accordée ne correspond pas au titre de séjour demandé, d'autre part, la décision attaquée a reçu une exécution pendant la période où elle était en vigueur. Par suite, les conclusions tendant à son annulation ne sont pas devenues sans objet. L'exception de non-lieu soulevée par le préfet des Alpes-Maritimes ne peut dès lors qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Il ressort de la décision attaquée que cette dernière vise l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par ailleurs, la décision attaquée mentionne la situation familiale de M. A, l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine, la non justification de l'ancienneté du séjour ainsi que l'absence d'éléments nouveaux de nature à remettre en cause la décision de refus de séjour du 25 mai 2019 validée par jugement du tribunal administratif de Nice et par arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille. La décision attaquée précise en outre qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme non fondé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention "étudiant". () ".
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un certificat d'aptitude professionnelle de " réparation des carrosseries " et était, à la date de la décision attaquée, inscrit en classe de terminale professionnelle au lycée professionnel Les Eucalyptus en vue de l'obtention du baccalauréat professionnel dans la même spécialité. Cet enseignement secondaire ne constitue nullement des études supérieures ouvrant droit au titre de séjour prévu par l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
7. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen circonstancié et approfondi de sa situation en considérant qu'aucun élément nouveau ne permettait de remettre en cause la décision de refus de séjour portant la mention " étudiant " du 25 mai 2019 confirmée tant par le tribunal administratif en premier instance que par la cour administrative d'appel de Marseille en appel. Comme il a été précisé précédemment, M. A ne pouvait en tout état de cause prétendre au titre de séjour qu'il a sollicité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un examen circonstancié et approfondi de sa situation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
9. Le requérant fait valoir, pour son admission exceptionnelle au séjour, que la poursuite de son enseignement et l'obtention du baccalauréat lui permettront d'accéder à des ressources et de pallier à la carence de ses parents dans sa prise en charge. Toutefois, ces circonstances ne constituent pas des considérations humanitaires ni un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a commis ni erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation en n'admettant pas exceptionnellement M. A au séjour.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En l'espèce, M. A soutient être entré sur le territoire français en 2016 muni d'un visa de type C d'une durée d'un an. Il produit une attestation d'hébergement ainsi qu'une attestation de prise en charge matérielle de sa sœur. Il ressort des pièces du dossier qu'il est inscrit en terminal du baccalauréat professionnel " réparation des carrosseries ". Il ressort toutefois également des pièces du dossier que les parents de M. A résident au Maroc et qu'il n'est ainsi pas dénué de tous liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de sa présence somme toute récente en France à la date de la décision attaquée et de sa situation tant personnelle que familiale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 5 novembre 2020 aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
Mme Le Guennec, conseillère ;
M. Combot, conseiller ;
Assistés de Mme Martin, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
J. CombotLe président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026