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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101010

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101010

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCARREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2021, Mme B E, représentée par Me Carrez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante arménienne née le 16 octobre 1979, a, par une demande réceptionnée en préfecture le 21 décembre 2020, sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 27 janvier 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande. Mme E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. D C, attaché principal hors classe, chargé de la direction de la réglementation, de l'intégration et des migrations par intérim. Par arrêté n° 2020-323 du 19 mai 2020, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°106-2020 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. C a reçu délégation à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant de la compétence de cette direction, dont les décisions portant refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit à être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union Européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'un refus pourra être opposé à sa demande. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, avant d'édicter sa décision.

4. Ainsi, la seule circonstance que Mme E n'a pas été invitée à formuler des observations avant l'édiction de la décision de refus de séjour contestée n'est pas de nature à permettre de la regarder comme ayant été privée de son droit à être entendue. En tout état de cause, Mme E n'établit pas qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration des informations susceptibles d'influer sur le sens de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version application au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () ".

6. Mme E, entrée en France en 2013, se prévaut de la présence en France de son compagnon, un compatriote avec qui elle vit en concubinage depuis 2013, et de leurs trois enfants, nés en 2013, 2016 et 2019 à Nice, où ils sont scolarisés pour les deux premiers respectivement depuis 2016 et 2018. Toutefois, contrairement à ce qu'elle soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier que son compagnon était en situation régulière à la date de la décision attaquée, dès lors que le seul titre de séjour versé au dossier, valable du 27 septembre 2019 au 26 septembre 2020, avait expiré à cette date. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme E s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 octobre 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 février 2014, et qu'elle s'est également soustraite à une mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 juin 2014. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme E, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si Mme E fait état de ce que ses trois enfants sont nés en France et qu'ils y sont scolarisés pour les deux premiers, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette scolarité ne pourrait pas se poursuivre en Arménie. En outre, et contrairement à ce que soutient la requérante, la décision de refus de séjour attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants d'un de leur parent. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de A E.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 27 janvier 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

Assistés de Mme Daverio, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La rapporteure,

A. BERGANTZ

Le président,

P. BLANC La greffière,

M.-L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier.

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