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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101162

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101162

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDARMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2021, Mme A B, représentée par Me Darmon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur (police aux frontières de l'aéroport de Nice) lui a refusé l'entrée sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au ministre de lui délivrer un document de circulation, de l'autoriser à entrer sur le territoire français et de lui restituer son passeport, dans un délai de 10 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités tchèques en cours de validité.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré au greffe le 21 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est suffisamment motivé ;

- la requérante ne justifiait pas des documents appropriés attestant du but et des conditions de son séjour en France ;

- le danger pour la santé publique est caractérisé ; la requérante ne remplissait pas les conditions d'admission en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2016 concernant un code de l'union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 25 juin 2024, le rapport de M. Pascal, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante russe, née le 3 décembre 1994, a été contrôlée à l'aéroport de Nice le 30 janvier 2021 en provenance de Zurich (Suisse). A l'issue du contrôle d'identité, une décision de refus d'entrée sur le territoire français lui a été notifiée. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 14 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2016 susvisé : " 1. L'entrée sur le territoire des États membres est refusée au ressortissant de pays tiers qui ne remplit pas l'ensemble des conditions d'entrée énoncées à l'article 6, paragraphe 1, et qui n'appartient pas à l'une des catégories de personnes visées à l'article 6, paragraphe 5. () / 2. L'entrée ne peut être refusée qu'au moyen d'une décision motivée indiquant les raisons précises du refus. () / La décision motivée indiquant les raisons précises du refus est notifiée au moyen d'un formulaire uniforme tel que celui figurant à l'annexe V, partie B, et rempli par l'autorité compétente habilitée par le droit national à refuser l'entrée. () ". Et aux termes L. 213-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout refus d'entrée en France fait l'objet d'une décision écrite motivée prise, sauf en cas de demande d'asile, par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. () ".

3. En l'espèce, la décision attaquée, établie au moyen du formulaire uniforme visé au 2 de l'article 14 précité du règlement (UE) 2016/399 du 15 mars 2016, qui vise les textes sur lesquelles elle se fonde, notamment les articles L. 211-1 et L. 213-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que Mme B n'était pas en possession des documents appropriés attestant du but et des conditions de séjour, notamment l'attestation d'accueil et d'assurance maladie, et qu'elle constitue un danger pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales d'un ou plusieurs Etats membres de l'Union européenne, comporte les considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 211-3, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs, d'une part, à l'objet et aux conditions de son séjour et, d'autre part, s'il y a lieu, à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". Aux termes de l'article L. 213-1 du même code : " L'accès au territoire français peut être refusé à tout étranger dont la présence constituerait une menace pour l'ordre public ou qui fait l'objet soit d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire, soit d'un arrêté d'expulsion, soit d'une interdiction de retour sur le territoire français, soit d'une interdiction de circulation sur le territoire français, soit d'une interdiction administrative du territoire. ".

5. En soutenant qu'elle était titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités tchèques l'autorisant à circuler dans l'espace Schengen, Mme B doit être regardée comme se prévalant de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à Mme B son admission sur le territoire national, le service de la police aux frontières s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée n'était pas en possession des documents appropriés attestant du but et des conditions de séjour, notamment l'attestation d'accueil et d'assurance maladie, et qu'elle était considérée comme représentant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales d'un ou de plusieurs Etats membres de l'Union européenne. Si Mme B soutient qu'elle est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités tchèques valable du 11 décembre 2018 au 24 janvier 2026, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que ce n'est pas le motif du refus d'entrée qui lui a été opposé. En revanche, si elle justifie d'une attestation d'hébergement, elle n'établit, toutefois, pas qu'elle était en possession d'un justificatif de prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicale et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'elle pourrait engager en France et n'apporte au soutien de ses allégations qu'une photocopie d'une carte, en langue tchèque, qui ne permet pas d'établir qu'elle disposait d'une assurance maladie conforme aux dispositions précitées de l'article L.211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieux, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si Mme B soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ressort des pièces du dossier qu'elle est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités tchèques et elle ne produit au dossier aucun élément de nature à établir qu'elle aurait fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, si Mme B se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales elle n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

signé

F. Pascal

L'assesseure la plus ancienne,

signé

A-C. ChaumontLa greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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