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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101207

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101207

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2021, M. A F, représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été consultée ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a commis en erreur manifeste d'appréciation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire signé à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 2 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, de nationalité tunisienne et né le 27 août 1981 à Bazma Kebili, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d'un titre de séjour. Par décision du 5 février 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. M. F demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, M. F soutient que la décision du 5 février 2021 est insuffisamment motivée en ce qu'elle comporte des formules stéréotypées et qu'elle procède par cases à cocher.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort de la décision attaquée que cette dernière vise les articles L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire signé à Tunis le 28 avril 2008. Par ailleurs, la décision attaquée mentionne la situation familiale de M. F, l'absence de démonstration que l'intéressé n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, la non présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes ou du formulaire CERFA de demande d'embauche d'un salarié étranger rempli par l'employeur ainsi que la non justification de l'ancienneté du séjour, notamment pour les années 2010 à 2013. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 313-14 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

6. M. F soutient être entré sur le territoire français en 2010 sous couvert d'un visa de court séjour et y résider de manière habituelle depuis. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier constitué essentiellement d'avis d'imposition sur le revenu, de documents bancaires et de documents médicaux, que M. F justifie d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Par suite, dès lors que la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie de la situation du requérant, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégorie précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ". Il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F soutient être entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour en 2010 et y être demeuré depuis. Toutefois, comme cela a été indiqué au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier constitué essentiellement d'avis d'imposition sur le revenu, de documents bancaires et de documents médicaux que le requérant établisse sa présence habituelle en France depuis la date susmentionnée. Par ailleurs, bien que M. F soit marié depuis le 6 octobre 2018 avec Mme C D, née le 14 février 1976 de nationalité algérienne et dont il n'est pas soutenu qu'elle réside régulièrement sur le territoire français, et que de leur union sont nées Rafif et Rayhan, respectivement les 4 septembre 2016 et 22 octobre 2017, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. F établisse une communauté de vie avec Mme D. En outre, si M. F produit une promesse d'embauche de la société par actions simplifiée unipersonnelle Zak Bati Renov, cette promesse d'embauche n'établit pas, à elle seule, que le requérant serait socialement et professionnellement bien inséré en France. Il en est de même pour la circonstance que M. F serait propriétaire de la moitié des parts d'une société à responsabilité limitée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F soit dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu des éléments susrappelés concernant sa situation, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale.

9. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que précédemment exposés, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 et publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. La décision contestée, qui ne constitue pas une mesure d'éloignement, n'a pas, par conséquent, pour effet de séparer l'enfant d'un de ses parents. Elle ne contrevient dès lors pas à l'intérêt supérieur de l'enfant et ne méconnaît ainsi pas les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par M. F aux fins d'annulation doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat les frais liés au litige doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A G E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

- Mme Le Guennec, conseillère,

- M. Combot, conseiller,

- Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa Le rapporteur,

signé

J. B

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

par délégation, la greffière,

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