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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101291

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101291

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUIGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2021, Mme A C, représentée par Me Guigui, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour datée du 19 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont distraction au profit de Me Guigui.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnait l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 1er février 2023 à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme C, ressortissante marocaine née en 1985, demande au tribunal d'annuler la décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande de titre de séjour datée du 19 octobre 2020 et réceptionnée par les services de la préfecture le 21 octobre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En l'espèce, Mme C soutient être entrée en France, selon ses propres déclarations, en décembre 2014 munie d'un visa D, valable du 12 novembre 2014 au 12 novembre 2015 et n'avoir plus quitté le territoire national depuis cette date. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui est titulaire d'un diplôme d'esthéticienne délivré au Maroc, a suivi, en France, plusieurs formations dans ce domaine au cours de l'année 2016. Il ressort de ces mêmes pièces qu'elle exerce, sur le territoire national, la profession d'esthéticienne depuis juin 2015, date de son premier contrat à durée déterminée conclu avec la société par actions simplifiée (SAS) Chanconeil, lequel a été renouvelé à compter du 9 septembre 2015 et s'est ensuite poursuivi par la conclusion d'un contrat à durée indéterminée daté du 1er janvier 2016. Mme C a ensuite conclu un nouveau contrat de travail à durée indéterminée en juillet 2018 avec la société Hair Aly puis des contrats à durée déterminée avec la société en nom collectif (SNC) société exploitation nouvelle du soleil pour la période d'octobre 2019 à mars 2020 et avec la société à responsabilité limitée (SARL) Tomy pour la période de juillet 2020 à juin 2021, lequel s'est transformé en contrat à durée indéterminée à compter du 25 juin 2021. D'autre part, la requérante établit avoir suivi les formations et journées d'informations prescrites dans le cadre du contrat d'accueil et d'intégration qu'elle a signé en février 2015. Par ailleurs, l'intéressée justifie être titulaire du permis de conduire français et de la présence sur le territoire national de son frère, de sa sœur et de ses deux neveux qui ont tous les quatre la nationalité française. Dans ces conditions, bien qu'elle soit célibataire et sans enfant et que sa mère réside au Maroc, Mme C justifie, notamment par son insertion professionnelle significative, avoir constitué en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Ainsi, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution de ce jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à l'intéressée un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme C d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de titre de séjour du 19 octobre 2020 de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2101291

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