jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TRAVERSINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2021 et deux mémoires complémentaires enregistrés le 26 mars 2021 et le 19 décembre 2022, Mme B C, épouse D, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande de titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en attente du réexamen de sa demande ;
5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision du 11 février 2021 est insuffisamment motivée ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme C, épouse D, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Petit, représentant Mme C, épouse D.
-
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 17 août 2017, Mme B C, épouse D, née le 5 mars 1983 et de nationalité philippine, a sollicité du préfet des Alpes-Maritimes un titre de séjour. Le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois à compter de la réception de la demande de l'intéressée a fait naître une décision implicite de rejet en application des dispositions des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code des étrangers et du droit d'asile. Par jugement n° 1801788 du 30 décembre 2020, le tribunal administratif de Nice a annulé cette décision implicite et enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la demande de l'intéressée. Par décision du 11 février 2021, le Préfet des Alpes-Maritimes a refusé la demande de titre de séjour de Mme C épouse D. Cette dernière en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, Mme C, épouse D, soutient que la décision du 11 février 2021 est insuffisamment motivée, en ce qu'elle procède par " case à cocher ".
3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Par ailleurs, l'article L. 313-14 du même code, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () "..
4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de la décision attaquée, que cette dernière mentionne la situation familiale et professionnelle de l'intéressée, l'absence de justification de sa présence sur le territoire depuis plus de dix ans à la date de la décision, l'absence d'établissement de la cellule familiale en France qui ne saurait se reconstituer dans le pays d'origine ainsi que l'absence de statut de protection internationale de son époux, lui-même en situation irrégulière, et l'absence d'élément faisant obstacle à ce qu'elle mène une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme non fondé.
5. En deuxième lieu, Mme C, épouse D, soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait omis de se prononcer sur sa demande de titre de séjour au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions au demeurant non visées dans la décision du 11 février 2021.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de titre de séjour du 17 août 2017 intitulée " Demande d'admission exceptionnelle au séjour ", que Mme C, épouse D, a formé sa demande de titre non pas sur le seul fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais aussi sur celui du 7° de l'article L. 313-11 du même code. Si la décision attaquée ne vise pas spécifiquement le 7° de l'article L. 313-11 du code précité, elle précise toutefois que l'intéressée ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine, que son intégration est insuffisamment caractérisée, que sa situation ne justifie pas une admission exceptionnelle au séjour, que l'ancienneté du séjour de l'intéressée sur la période de dix ans n'est pas justifiée, que son époux se trouvant également en situation irrégulière et ne relevant pas d'un statut de protection internationale, la poursuite de la cellule familiale hors de France est possible et qu'aucun obstacle ne les empêche de mener, ensemble, dans leur pays d'origine, une vie privée et familiale normale. Il est, par ailleurs, précisé qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme ayant examiné la demande de l'intéressée au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
7. En troisième lieu, Mme C, épouse D, soutient que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé un examen réel et sérieux de sa demande, en ce qu'il n'a pas sollicité une actualisation de son dossier. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait au préfet de solliciter une telle actualisation du dossier de la requérante, alors qu'au demeurant cette dernière peut adresser au préfet des éléments complémentaires relatifs à sa situation personnelle. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
8. En quatrième lieu, Mme C, épouse D, soutient que la décision du 11 février 2021 méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 313-11-7 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cités au point 2, et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, épouse D, soutient être entrée depuis le 25 décembre 2011 sur le territoire français et y résider depuis cette date, et elle verse aux débats une facture de billet d'avion Amsterdam-Paris pour un voyage en date du 25 décembre 2011. Elle produit cependant au débat des éléments, notamment des quittances de loyer, tendant à établir sa présence régulière plutôt à compter d'octobre 2013. Si elle produit quelques attestations témoignant de ses qualités humaines et de son désir d'intégration et une promesse d'embauche, l'intéressée ne démontre pas être insérée professionnellement et socialement en France, ni y avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux. La circonstance qu'une partie de ses parents et ses sœurs disposent de titres de séjour des Etats-Unis et du Canada ne permet pas à elle seule d'établir que Mme C, épouse D, n'a pas conservé de liens familiaux dans son pays d'origine, notamment par le biais de son époux. Par suite, au regard de la durée et des conditions de séjour en France de Mme C, épouse D, la décision du 11 février 2021 n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point 9.
11. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs que précédemment exposés, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C, épouse D, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C, épouse D, sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C, épouse D, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse D, et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
- Mme Le Guennec, conseillère,
- M. Combot, conseiller,
- Assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le président,
F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESALe rapporteur,
J. A
La greffière,
C. SUSSEN
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, La greffière,
C. SUSSEN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026