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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101356

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101356

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2021, M. C A, représenté par

Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points sur son permis de conduire prises suite à des infractions au code de la route, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a mis fin à la validité de son permis de conduire pour solde de point nul, et la décision résultant du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux du 4 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer douze points sur son permis de conduire dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision mettant fin à la validité de son permis de conduire pour solde de points nul méconnaît l'article L. 223-6 du code de la route ;

- il n'a pas bénéficié de l'information préalable requise par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B, aucune des parties n'étant présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis entre le 24 juillet 2000 et le 7 mars 2005 diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI ", le ministre de l'intérieur lui a notifié, en date du 29 août 2005, le dernier retrait de trois points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision notifiée le 29 août 2005, la décision résultant du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux du 4 novembre 2020 ainsi que les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 24 juillet 2000 (quatre points), 7 janvier 2002 (trois points), 20 janvier 2002 (deux points), et 7 mars 2005 (trois points).

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

4. En l'espèce, pour établir que la présente requête est tardive, le ministre de l'intérieur se borne à renvoyer aux mentions apparaissant sur le relevé d'information intégral relatif au titre de conduite du requérant indiquant " Accusé de réception d'une lettre 48 S/ Accusé de réception n° RA 4206 9762 1FR du 29/08/2005 ". En l'absence de tout autre élément produit par le ministre de l'intérieur, ces seules mentions ne suffisent pas à établir que la décision a été envoyée à une adresse correspondant à une résidence de l'intéressé ni qu'elle a été effectivement réceptionnée. Par ailleurs, l'intéressé n'a restitué son titre de conduite que le 13 novembre 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur ne peut qu'être écartée.

Sur les demandes d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ".

6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

S'agissant de l'infraction du 7 mars 2005 :

7. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d 'un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral de M. A, que l'infraction précitée a été constatée par radar automatique et a donné lieu au paiement ultérieur de l'amende forfaitaire. Le requérant ne soutient pas avoir été destinataire d'avis de contraventions inexacts ou incomplets. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu préalablement au paiement de l'amende les informations requises par les articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 24 juillet 2000 :

9. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

10. En l'espèce, il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral de

M. A que la réalité de l'infraction du 24 juillet 2000 a été établie par une condamnation prononcée par le tribunal d'instance ou de police de Cannes le 19 février 2001, devenue définitive le 14 mars 2001. Dès lors, en application de ce qui a été dit au point précédent, M. A ne saurait utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié, à l'occasion de cette infraction, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 222-3 et R. 222-3 du code de la route.

S'agissant des infractions commises les 7 et 20 janvier 2002 :

11. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral concernant

M. A versé au dossier par le ministre de l'intérieur, que ces deux infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il n'est pas établi ni même allégué que le titulaire du permis de conduire a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions. Il n'est pas non plus établi que l'intéressé aurait reçu les avis de contravention, qui comportent l'information préalable requise, correspondant à ces mêmes infractions. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme apportant la preuve qu'il s'est acquitté de l'obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour ces infractions. Par suite, M. A, qui, dans les circonstances de l'espèce, a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que les deux décisions de retrait de trois et deux points consécutives respectivement aux infractions des 7 et 20 janvier 2002 sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

En ce qui concerne le défaut de restitution de points :

12. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe () ".

13. D'une part, les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité d'un permis de conduire ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions citées au point précédent prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis, notamment, n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points pendant une certaine période.

14. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, lequel constitue une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer sur cette contestation comme juge de plein contentieux. Il en va de même lorsque le juge est saisi d'un recours contre une décision constatant la perte de validité d'un permis de conduire pour solde de points nul. Dans le cas où il apparaît que le solde des points était nul à la date à laquelle une telle décision est intervenue mais que, faute pour l'administration de l'avoir rendue opposable en la notifiant à l'intéressé, celui-ci a pu ultérieurement remplir les conditions pour bénéficier d'une reconstitution totale ou partielle de son capital de points, il appartient au juge de prononcer l'annulation de la décision.

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a commis les 24 juillet 2000,

7 et 20 janvier 2002, et 7 mars 2005, des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points de son permis de conduire, dont le solde était nul lorsqu'est intervenue la décision du 29 août 2005 constatant sa perte de validité. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que cette décision n'a pas été notifiée et n'était donc pas opposable à M. A avant le 13 novembre 2020, date à laquelle il a restitué son titre de conduite. S'il résulte du relevé d'information intégral daté du 15 février 2022 versé aux débats par le ministre de l'intérieur que le requérant a commis d'autres infractions au code de la route, ces dernières n'ont entraîné aucun retrait de point. Par suite, en application de ce qui a été dit au point 5 et analysé au point 6,

M. A, qui peut se prévaloir d'une reconstitution totale de points, est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2005 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

17. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre, et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice de douze points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. A dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

18. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent donc qu'être rejetées.

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Les décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de trois et deux points consécutives respectivement aux infractions des 7 et 20 janvier 2002 sont annulées.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur du 29 août 2005 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de restituer douze points au capital de points du permis de conduire de M. A, sous réserve de la commission de nouvelles infractions ayant entraîné des retraits de points, et d'en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BLa greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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