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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101368

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101368

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative sans délai à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut et d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas visé les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2022, le préfet des Alpes-Maritimes déclare que Mme B ne dispose d'aucun titre de séjour.

Par une décision du 6 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller,

- et les observations de Me Traversini, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante Philippine, née le 18 janvier 1968, a sollicité le 14 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des dispositions de l'article 2.2 de la circulaire n° NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012. Par une décision du 22 février 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour. Mme B demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent. Elle vise les dispositions de l'articles L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les considérations de fait pertinentes relatives à la situation de la requérante en France, notamment le fait qu'elle soit célibataire, qu'elle ait une enfant majeure, qu'elle ne justifie d'aucune perspective réelle d'embauche et qu'elle se soit maintenue irrégulièrement sur le territoire français depuis septembre 2011 sans, par ailleurs, justifier de la stabilité et de la continuité de sa présence en France. Si la décision attaquée, qui procède à un examen particulier de la situation professionnelle, personnelle et familiale de la requérante, ne vise pas expressément les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle précise que la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le préfet doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement rejeté la demande de titre de séjour de Mme B également sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés d'un défaut et d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée, ainsi que d'un défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, et ainsi que cela a été exposé au point précédent, si la décision attaquée ne vise pas expressément les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en précisant que la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement rejeté la demande de titre de séjour de Mme B sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () . Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

6. Mme B fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français le 27 août 2011, sous couvert d'un visa " C " Schengen, et qu'elle réside depuis cette date en France ou elle a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux, dès lors qu'elle s'occupe seule de sa fille, qui résiderait également en France, et qu'elle dispose d'une promesse d'embauche depuis le 2 novembre 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis le 17 septembre 2011, date à laquelle expirait son visa " C " Schengen, et qu'elle ne justifie pas, par les différentes pièces versées à l'appui de sa requête, du caractère habituel de sa présence en France. Par ailleurs, la requérante n'établit pas que sa fille majeure, qui possède la nationalité philippine, résiderait effectivement sur le territoire français ni qu'elle a participé effectivement à l'entretien de sa fille durant sa minorité ou que sa présence à ses côtés serait encore nécessaire aujourd'hui. Enfin, par la seule production d'une promesse d'embauche émanant d'une société pour une durée de 6 heures par semaine et un salaire de 15 euros de l'heure, sans que soit spécifié le type de contrat et la nature de l'emploi, la requérante ne justifie pas de son insertion professionnelle. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B, qui n'établit pas, en outre, être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, n'est pas fondée à faire valoir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si Mme B se prévaut des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne fait valoir aucune autre considération que celles examinées au point 6 du présent jugement. Ces seules considérations ne constituent ni une considération humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission au séjour en application de ces dispositions.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, Mme B n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour. Par suite, ses conclusions ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, son avocate est fondée à se prévaloir du bénéfice des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, les conclusions présentées par Me Traversini doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEARLa greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

N° 2100368

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