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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101374

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101374

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2021, Mme C B, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dès la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2023 :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Traversini, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante philippine née en 1966, affirme être entrée en France au mois d'avril 2009 et y résider de manière stable et continue depuis cette date. Elle a adressé, par un courrier reçu le 1er février 2021 par la préfecture des Alpes-Maritimes, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 22 février 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, d'une part la décision attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de Mme B et notamment que celle-ci est célibataire et sans enfant, qu'elle ne démontre pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine, que son expérience et sa qualification professionnelle sont insuffisantes, qu'elle n'a pas de perspective réelle d'embauche, que l'ancienneté de son séjour n'est pas justifiée notamment pour les années 2009 et 2010 et qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière après la date d'expiration de son visa en juillet 2009. Ainsi, alors même que ces motifs ne reprendraient pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation ou d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. Il suit de là que la première branche du moyen doit être écartée.

4. D'autre part, si la requérante soutient que le préfet ne s'est pas prononcé sur sa demande présentée au titre du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, il ressort de la lecture de la décision attaquée que, quand bien même le préfet n'a pas expressément mentionné ces dispositions, il s'est prononcé sur la situation personnelle de la requérante dès lors qu'il précise que cette dernière est célibataire et sans enfant, qu'elle ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine, que son intégration est insuffisamment caractérisée et que la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de Mme B au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de motivation et la deuxième branche du moyen doit également être écartée.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, devenu depuis notamment l'article L. 432-13, la commission du titre de séjour " est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 ". L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1, dans sa rédaction alors applicable, dispose que : " () / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

6. Mme B soutient avoir établi sa résidence habituelle en France depuis plus de onze ans et y avoir fixé le centre de ses intérêts privés. Toutefois, les pièces produites pour l'année 2010, qui consistent en une carte d'admission à l'aide médicale d'Etat, trois factures en date des 15 avril, 3 mai et 9 août 2010 et une attestation d'hébergement manuscrite, et celles produites pour l'année 2014, à savoir une carte d'admission à l'aide médicale d'Etat, une facture datée du mois d'août 2014, trois relevés bancaires pour les mois de février, mars et septembre 2014, des documents médicaux en date du 26 août 2014 et une attestation d'hébergement manuscrite, ne permettent pas d'établir de manière certaine la résidence de l'intéressée sur ces périodes. Ainsi, Mme B ne justifie pas de manière probante de sa présence habituelle sur le territoire français au cours des dix années précédant l'arrêté litigieux. Par conséquent, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.

7. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 3, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut de base légale dès lors qu'il n'aurait pas visé les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable au litige. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, devenu notamment l'article L. 423-23 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

9. Mme B soutient qu'elle a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France où elle réside depuis 2009. Toutefois, comme précisé au point 5, la présence en France de Mme B n'est pas établie pour les années 2010 et 2014. De même, les pièces produites pour l'année 2009 et qui consistent en un courrier de l'assurance maladie en date du 9 décembre 2009, une enveloppe du 12 mai 2009 et une attestation d'hébergement manuscrite ne permettent pas non plus d'établir de manière certaine la présence en France de l'intéressée pour cette année. Si la présence en France de Mme B doit être regardée comme établie sur les périodes comprises entre les mois de mars 2011 et novembre 2013, août et septembre 2014 puis entre les mois d'avril 2015 à décembre 2020 soit une période continue de plus de cinq ans, il est constant que Mme B est célibataire et sans enfants sur le territoire français. Enfin, si l'intéressée soutient être particulièrement intégrée en France de par son implication depuis plus de dix années par dans le monde associatif et dès lors qu'elle bénéficie de trois promesses d'embauches, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer que la requérante serait intégrée sur un plan professionnel ou que ses liens personnels et professionnels rendraient impossible un retour dans son pays d'origine, alors même que les mouvements sur son compte bancaire ne permettent pas d'établir l'existence d'une source de revenus régulière, même non déclarée. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée en familiale. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, devenu l'article L. 435-1 : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".

11. En l'espèce, Mme B soutient qu'elle bénéficie de trois promesses d'embauches datées des 28 octobre, 24 novembre et 8 décembre 2010 pour un contingent horaire de 26 heures hebdomadaires, de sorte que son intégration professionnelle en France serait assurée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que deux de ces promesses d'embauches concernent des emplois à Monaco. En tout état de cause, ces éléments ne sont pas suffisants pour constituer des motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions visées ci-dessus ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Traversini et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

La rapporteure,

Signé

N. A

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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