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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101545

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101545

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROSSLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, Mme C D, représentée par Me Rossler, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'autoriser le regroupement familial sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle remplit les conditions légales pour pouvoir bénéficier du regroupement familial en faveur de son fils.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2023 :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Rossler, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née en 1979, a présenté, le 13 mai 2020, une demande de regroupement familial en faveur de son fils. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1- le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnelle de croissance ; / 2- le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : / () / 2- un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. () ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D bénéficie d'un certificat de résidence valable du 3 janvier 2019 au 2 janvier 2029. La demande de regroupement a été présentée le 13 mai 2020. Ainsi, à cette date, Mme D bénéficiait d'un certificat de résidence d'une durée supérieure à un an et résidait régulièrement en France depuis plus de 12 mois.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, devenu depuis l'article R. 434-4 : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier d'une part que Mme D est mariée à M. D depuis le 22 février 2012 et que ce dernier est titulaire d'un certificat de résidence valable du 3 mars 2016 au 2 mars 2026, d'autre part que le montant moyen des revenus du couple sur les douze mois précédant la demande de regroupement familial s'élève à 1 753,15 euros nets par mois. Ce montant est supérieur à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période qui s'élève à environ 1 204 euros nets en 2019 et 1 219 euros nets en 2020.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, devenu depuis l'article R. 434-5 : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / - en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / () / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / () ".

7. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. et Mme D étaient locataires d'un logement d'une surface utile de 32,65 m², supérieure aux 32 m² exigés par les dispositions citées au point précédent pour une famille de trois personnes. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué par le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense, que ledit logement ne satisferait pas aux conditions de salubrité et d'équipement telles que précisées dans les dispositions susmentionnées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D remplissait les conditions légales permettant le regroupement familial au bénéfice de son fils mineur à la date de la demande. Par suite, elle est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi de conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'y statuer en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le fils de A D, né le 3 juillet 2002, est aujourd'hui âgé de 20 ans. Par suite, il ne peut plus bénéficier des dispositions relatives au regroupement familial à la date du présent jugement. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction présentées en ce sens par Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de regroupement familial présentée par Mme D est annulée.

Article 2 : L'État versera à Mme D la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

La rapporteure,

Signé

N. B

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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