jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DELPLANCKE-POZZO DI BORGO-ROMETTI & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le n°2101667 le 25 mars 2021, la société par actions simplifiée Private Security Guards, prise en la personne de son représentant légal en exercice, représentée par Me Sanseverino, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 29 janvier 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a prononcé à son encontre un blâme assorti d'une pénalité financière de 1 500 euros ;
2°) d'annuler la décision du 28 juillet 2020 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud lui a infligé un blâme assorti d'une pénalité financière de 1 500 euros ;
3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- la décision du 29 janvier 2021 est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission nationale d'agrément et de contrôle, dans sa formation disciplinaire, s'est réunie au moyen d'une conférence audiovisuelle et que le président de cette commission a refusé de reporter cette séance à une date ultérieure ;
- le refus qui lui a été opposé par le président de la commission nationale d'agrément et de contrôle de comparaître physiquement et de reporter la séance de cette commission à une date ultérieure méconnaît tant les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République que les dispositions de l'article 6 paraphage 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée du 29 janvier 2021 est entachée d'inexactitudes matérielles des faits et d'erreurs manifestes d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le conseil national des activités privées de sécurité, représenté par Me Claisse, conclut, d'une part, à l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 juillet 2020 de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud, d'autre part, au rejet au fond des conclusions à fin d'annulation de la délibération de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité du 29 janvier 2021, et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le conseil fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle sont irrecevables dès lors que la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle s'y est substituée ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2101668 le 25 mars 2021, M. B A, représenté par Me Sanseverino, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 29 janvier 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité lui a infligé un blâme en sa qualité de dirigeant de la société Private Security Guards ;
2°) d'annuler la décision du 28 juillet 2020 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud lui a infligé un blâme en sa qualité de dirigeant de la société Private Security Guards ;
3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la décision du 29 janvier 2021 est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission nationale d'agrément et de contrôle, dans sa formation disciplinaire, s'est réunie au moyen d'une conférence audiovisuelle et que le président de cette commission a refusé de reporter cette séance à une date ultérieure ;
- le refus qui lui a été opposé par le président de la commission nationale d'agrément et de contrôle de comparaître physiquement et de reporter la séance de cette commission à une date ultérieure méconnaît tant les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République que les dispositions de l'article 6 paraphage 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée du 29 janvier 2021 est entachée d'inexactitudes matérielles des faits et d'erreurs manifestes d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le conseil national des activités privées de sécurité, représenté par Me Claisse, conclut, d'une part, à l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 juillet 2020 de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud, d'autre part, au rejet au fond des conclusions à fin d'annulation de la délibération de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité du 29 janvier 2021 et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le conseil fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle sont irrecevables dès lors que la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle s'y est substituée ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 ;
- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 ;
- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2023 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Baalbaki, substituant Me Claisse, représentant le conseil national des activités privées de sécurité.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux décisions du 28 juillet 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle Sud (ci-après, " CLAC ") du conseil national des activités privées de sécurité (ci-après, " CNAPS ") a prononcé à l'encontre de la société par actions simplifiée (ci-après, " SAS ") " Private Security Guards " un blâme assorti d'une pénalité financière de 1 500 euros et a par ailleurs également infligé un blâme à M. B A, en sa qualité de président de cette société, en raison de plusieurs manquements aux obligations imposées par le code de la sécurité intérieure ainsi que par la législation professionnelle et sociale. Par deux décisions du 29 janvier 2021, la commission nationale d'agrément et de contrôle (ci-après, " CNAC ") du CNAPS a confirmé ces sanctions. Par leurs requêtes, respectivement enregistrées sous les n°s 2101667 et 2101668, la société Private Security Guards et son président, M. A, demandent au tribunal d'annuler ces quatre décisions.
Sur la jonction :
2. Dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, le juge administratif dispose, sans jamais y être tenu, de la faculté de joindre deux ou plusieurs affaires. La décision de joindre des requêtes constitue un pouvoir propre du juge. En l'espèce, les requêtes enregistrées sous les n°s 2101667 et 2101668 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le CNAPS :
3. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure applicable à la date du litige : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux ". En outre, aux termes de l'article R. 633-9 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission locale d'agrément et de contrôle concernée ".
4. Il résulte de ces dispositions que le recours administratif auprès de la CNAC prévu par les dispositions précitées de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure constitue un préalable obligatoire à la saisine du juge administratif, l'institution d'un tel recours ayant pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin de fixer définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit, qu'en l'espèce, les conclusions dirigées contre les décisions de la CLAC en date du 28 juillet 2020, auxquelles se sont substituées les décisions de la CNAC du 29 janvier 2021, sont irrecevables. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par le CNAPS tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions à fin d'annulation des deux décisions du 28 juillet 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation des délibérations de la CNAC du 29 janvier 2021 :
En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis sont, compte tenu de la gravité des faits reprochés : l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder cinq ans. En outre, les personnes morales et les personnes physiques non salariées peuvent se voir infliger des pénalités financières. Le montant des pénalités financières est fonction de la gravité des manquements commis et, le cas échéant, en relation avec les avantages tirés du manquement, sans pouvoir excéder 150 000 €. Ces pénalités sont prononcées dans le respect des droits de la défense. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 634-8 de ce même code, dans sa version applicable depuis le 1er mai 2022 : " Aucune sanction ne peut être prononcée sans que la personne mise en cause ait été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, qui peuvent être recueillies par tout moyen, y compris par visioconférence ou, à défaut, audioconférence. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial : " I. - La présente ordonnance s'applique aux autorités administratives régies par la loi du 12 avril 2000 susvisée, à l'exception des organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs groupements. Elle s'applique, sauf disposition particulière les régissant, aux organismes privés chargés de la gestion d'un service public administratif. / () ". Aux termes de l'article 2 de cette même ordonnance : " Sous réserve de la préservation, le cas échéant, du secret du vote, le président du collège d'une autorité mentionnée à l'article 1er peut décider qu'une délibération sera organisée au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. ".
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la CNAC s'est réunie le 26 novembre 2020 par visioconférence. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucune disposition du code de la sécurité intérieure ne faisait obstacle, à la date à laquelle s'est tenue cette séance, à la mise en œuvre d'une telle modalité de participation, laquelle est au demeurant prévue par les dispositions de l'article 2 de l'ordonnance précitée du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial. Par ailleurs, par le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020, le Président de la République a instauré, à compter du 17 octobre 2020 et sur l'ensemble du territoire de la République, l'état d'urgence sanitaire qui a été prorogé jusqu'au 16 février 2021 inclus en application de l'article 1er de la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020. Au regard du contexte épidémique, les dispositions du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire entendaient notamment limiter les regroupements de personnes. Dans ces conditions, il est constant que de telles circonstances pouvaient être de nature à inciter le président de la CNAC à recourir au dispositif de visioconférence. Enfin, les requérants n'apportent aucun élément de nature à étayer leurs allégations selon lesquelles ces modalités d'audition ne pouvaient se dérouler dans des conditions techniques et de confidentialité satisfaisantes. Dans ces conditions, la seule circonstance que le président de la CNAC ait décidé de réunir la commission au moyen d'un dispositif de visioconférence n'est pas de nature, à elle seule, a entaché la procédure d'une irrégularité et de méconnaître le respect des droits de la défense.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les requérants ont été informés, par un courrier du 6 novembre 2020, de la possibilité de solliciter le report de la séance de la CNAC qui devait se tenir le 26 novembre suivant. Par un courrier du 10 novembre 2020, ces derniers ont sollicité un tel report lequel a toutefois été refusé par le président de la commission. Si les requérants soutiennent qu'un tel refus est de nature a entaché la procédure d'une irrégularité, le report d'une séance ne constitue toutefois pas un droit mais une simple faculté laissée à l'appréciation de l'autorité administrative compétente. En tout état de cause, la demande de report sollicitée par les requérants n'était motivée que par la seule volonté de faire obstacle à la tenue de la séance par visioconférence alors même qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'aucune disposition, ni aucun principe pas même celui tenant au respect des droits de la défense faisait obstacle à la possibilité de recourir à un tel dispositif.
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la procédure suivie devant la CNAC est entachée d'une irrégularité procédurale. Par suite, ce moyen doit être écarté dans ses différentes branches.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et de l'article 6 paraphage 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du jugement, le moyen tiré de ce que le refus opposé aux requérants de comparaître physiquement devant la CNAC et de reporter la séance de ladite commission à une date ultérieure méconnaîtrait tant les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République que les dispositions de l'article 6.1 de la CEDH doit être écarté.
En ce qui concerne les manquements reprochés :
11. En l'espèce, pour prononcer les décisions attaquées, la CNAC s'est fondée sur les circonstances selon lesquelles la société Private Security Guards, dont M. A est le président, a réalisé une prestation de surveillance sur la voie publique sans aucune autorisation préfectorale, n'a pas procédé aux déclarations préalables à l'embauche pour certains de ses salariés, n'a pas remis à certains de ses agents une carte professionnelle matérialisée et conforme aux dispositions de l'article R. 612-18 du code de la sécurité intérieure et enfin n'a pas respecté son obligation de transparence relative au recours à la sous-traitance.
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de la sécurité intérieure, alors applicable au litige : " Les agents exerçant une activité mentionnée au 1° de l'article L. 611-1 ne peuvent exercer leurs fonctions qu'à l'intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde, y compris dans les périmètres de protection institués en application de l'article L. 226-1. / A titre exceptionnel, ils peuvent être autorisés, par le représentant de l'Etat dans le département ou, à Paris, par le préfet de police, à exercer sur la voie publique des missions, même itinérantes, de surveillance contre les vols, dégradations et effractions visant les biens dont ils ont la garde. "
13. En l'espèce, il résulte du compte-rendu final de contrôle réalisé par la direction territoriale Sud du CNAPS que la société Private Security Guards a exercé une activité de sécurité et de surveillance sur la voie publique, au 58 boulevard de la Croisette à Cannes, alors qu'il est constant qu'elle ne disposait d'aucune autorisation du préfet des Alpes-Maritimes pour effectuer une telle activité sur la voie publique. S'il résulte de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes avait, le 2 mai 2019, mis en place deux périmètres de protection pour la période du 14 au 25 mai 2019, aucune pièce du dossier n'est de nature à contredire les constatations effectuées par l'agent de la direction territoriale Sud du CNAPS, qui a expressément indiqué dans son compte-rendu de contrôle que la portion du boulevard de la Croisette où se déroulait les opérations litigieuses, laquelle était au demeurant et contrairement à ce qu'indiquent les requérants précisément identifiée, ne faisait pas partie de ces périmètres de contrôle établis par le préfet. Dans ces conditions, de telles prestations nécessitaient, en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de la sécurité intérieure, une autorisation préfectorale. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que la CNAC a retenu à leur encontre un manquement tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de la sécurité intérieure.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 631-4 du code de la sécurité intérieure : " Respect des lois / Dans le cadre de leurs fonctions, les acteurs de la sécurité privée respectent strictement la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la Constitution et les principes constitutionnels, l'ensemble des lois et règlements en vigueur, notamment le code de la route et la législation professionnelle et sociale qui leur est applicable. ". En outre, aux termes des dispositions de l'article L. 1221-10 du code du travail : " L'embauche d'un salarié ne peut intervenir qu'après déclaration nominative accomplie par l'employeur auprès des organismes de protection sociale désignés à cet effet. L'employeur accomplit cette déclaration dans tous les lieux de travail où sont employés des salariés ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 1221-4 de ce même code : " La déclaration préalable à l'embauche est adressée au plus tôt dans les huit jours précédant la date prévisible de l'embauche ".
15. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, le 13 juin 2019, les services de l'URSSAF ont adressé aux agents du CNAPS une liste d'agents privés de sécurité ayant déclaré travailler pour la société requérante mais pour lesquels aucune déclaration préalable à l'embauche n'avait été effectuée. Dans ses écritures, la société Private Security Guards et son gérant reconnaissent expressément l'absence de déclaration préalable concernant sept des agents intervenus lors de la coupe du monde féminine qui s'est déroulée, en partie, au stade de l'Allianz Riviera à Nice, dont l'identité est établie tel que cela ressort de l'audition de M. A du 27 novembre 2019 effectuée par les agents du CNAPS. En se bornant à faire valoir que la non-réalisation de cette formalité ne relève pas d'une faute intentionnelle mais d'une simple erreur eu égard au contexte d'urgence dans lequel elle est intervenue, les requérants ne peuvent être regardés comme contestant utilement la matérialité de ces faits, qui doivent donc être regardés comme étant établis. En outre, la circonstance selon laquelle trois des agents concernés par cette omission avaient précédemment travaillé pour le compte de la société requérante est sans incidence sur la matérialité des faits incriminés et sur le caractère fautif de ces faits. Enfin, si les requérants se prévalent du fait qu'ils avaient obtenu, pour ces sept agents, l'accréditation de la FIFA pour pouvoir intervenir lors de cet évènement, l'accomplissement d'une telle formalité, étrangère à la législation professionnelle et sociale, est également, en l'espèce, sans incidence. Dans ces conditions, en retenant comme faute, qu'aucune déclaration préalable à l'embauche n'avait été effectuée pour certains salariés, le CNAPS n'a entaché la décision attaquée ni d'inexactitude matérielle des faits ni d'erreur de qualification juridique des faits.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 612-18 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Tout candidat à l'emploi pour exercer des activités privées de sécurité définies aux articles L. 611-1 et L. 613-13 ou tout employé participant à l'exercice de ces activités communique à l'employeur le numéro de la carte professionnelle qui lui a été délivrée par la commission locale d'agrément et de contrôle. / L'employeur remet à l'employé une carte professionnelle propre à l'entreprise. Cette carte, qui comporte une photographie récente de son titulaire, mentionne : / 1° Le nom, les prénoms, la date de naissance et les activités du titulaire ; / 2° Si l'activité du titulaire est celle d'" agent cynophile ", le numéro d'identification de chacun des chiens utilisés ; / 3° Le nom, la raison sociale et l'adresse de l'employeur ainsi que l'autorisation administrative prévue aux articles L. 612-9 et L. 613-13 ; / 4° Le numéro de carte professionnelle délivrée par la commission locale d'agrément et de contrôle. / La carte professionnelle remise à l'employé par son employeur doit être présentée à toute réquisition d'un agent de l'autorité publique et restituée à l'employeur à l'expiration du contrat de travail. ".
17. En l'espèce, il résulte de l'instruction que lors d'un contrôle effectué le 19 mai 2019 à l'hôtel " Majestic Barrière ", avenue de la Croisette à Cannes, trois agents de la société requérante étaient en possession de cartes professionnelles non-conformes. Lors d'un contrôle effectué le 12 juin 2019, un autre agent de la société requérante a été contrôlé alors qu'il ne disposait pas non plus d'une carte professionnelle conforme. Par ailleurs, lors d'un contrôle effectué le 6 juillet 2019 au cours de la coupe du monde de football féminine au stade de l'Allianz Riviera à Nice, vingt-neuf agents employés par la société requérante ont déclaré qu'ils n'étaient pas davantage en possession de cartes professionnelles conformes. En se bornant à soutenir que l'identité de ces agents non munis de cartes professionnelles ou, à tout le moins, munis de cartes professionnelles non-conformes n'est pas connue, les requérants ne contestent pas utilement la matérialité de ces faits alors, qu'en tout état de cause, l'identité de chacun des agents concernés a été détaillée lors de l'audition de M. A du 27 novembre 2019, audition au cours de laquelle l'intéressé n'a d'ailleurs contesté la matérialité d'aucun de ces faits. Par suite, les manquements aux règles formelles fixées par les dispositions précitées de l'article R. 612-18 du code de la sécurité intérieure apparaissent également comme étant établis.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 631-23 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : " Transparence sur la sous-traitance. / Les entreprises et leurs dirigeants proposent, dans leurs contrats avec les clients ainsi que dans les contrats signés entre eux, une clause de transparence, stipulant si le recours à un ou plusieurs sous-traitants ou collaborateurs libéraux est envisagé ou non. / Si le recours à la sous-traitance ou à la collaboration libérale est envisagé dès la signature du contrat, ils informent leurs clients de leurs droits à connaître le contenu des contrats de sous-traitance ou de collaboration libérale projetés. A cette fin, la clause de transparence rappelle, en les reproduisant intégralement, les dispositions des articles 1er, 2, 3 et 5 de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance. S'il n'est pas prévu à la signature du contrat, le recours à la sous-traitance ou à la collaboration libérale ne peut intervenir qu'après information écrite du client / () ".
19. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société requérante a conclu un contrat de prestations de services avec le comité local d'organisation des coupes du monde féminines. Il résulte toujours de l'instruction que dans le cadre de l'exécution de ce contrat, la société requérante a eu recours à deux sous-traitants pour la réalisation de prestations exécutées le 12 juin 2019. Si les requérants soutiennent qu'aucune pièce des dossiers ne permet d'établir l'absence d'information et d'accord du comité local d'organisation s'agissant de ce recours à la sous-traitance, il ressort toutefois de l'audition de M. A du 27 novembre 2019 que ce dernier a expressément indiqué qu'il n'avait pas prévenu ledit comité par " manque de temps " et que cette information relative au recours à la sous-traitance n'est intervenue que postérieurement au contrôle réalisé par les services de l'URSSAF mettant en lumière l'absence de déclaration préalable à l'embauche pour les trois agents intervenus dans le cadre de ce contrat de sous-traitance. Dans ces conditions, le manquement aux dispositions de l'article R. 631-23 du code de la sécurité intérieure apparaît également comme étant établi.
20. En cinquième et dernier lieu, il est constant que plusieurs des manquements mentionnés aux point précédents, dont la matérialité est établie ainsi qu'il a été dit, ont fait l'objet de mesures de régularisation de la part de la société Private Security Guards. A cet effet, les requérants produisent les déclarations préalables à l'embauche pour les sept agents concernés par l'omission d'une telle formalité, tel que cela résulte du point 15 de ce jugement. En outre, il ressort de l'audition du 27 novembre 2019 de M. A que les trois cartes professionnelles jugées non-conformes lors du contrôle réalisé le 19 mai 2019, tel que cela ressort du point 17 de ce jugement, ont été, depuis ce contrôle, changées et sont désormais conformes. Toutefois, de telles régularisations qui ne concernent au demeurant pas l'ensemble des manquements reprochés à la société requérante sont, en tout état de cause, postérieures aux contrôles qui les ont mis en évidence. Par suite, les manquements constatés et reprochés aux requérants justifiaient le prononcé des sanctions litigieuses, qui ne sont entachées d'aucune erreur d'appréciation.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation susmentionnées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNAPS, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.
23. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge tant de la société requérante que de M. A la somme de 500 euros à verser au CNAPS au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2101667 de la société Private Security Guards et n° 2101668 de M. A sont rejetées.
Article 2 : La société Private Security Guards versera une somme de 500 (cinq cents) euros au conseil national des activités privées de sécurité en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. A versera une somme de 500 (cinq cents) euros au conseil national des activités privées de sécurité en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Private Security Guards, à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
M. Holzer
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
N°s 2101667, 2101668
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026