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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101707

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101707

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2021, Mme B C, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 7°de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2022 :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Traversini, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante philippine, demande tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 1er février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ".

3. Si la requérante soutient que la décision du 1er février 2021 est entachée d'un défaut de motivation et fait apparaître les motifs de refus par des cases cochées sur un imprimé type, cette décision, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose néanmoins les circonstances de fait propres à sa situation personnelle de la requérante et notamment qu'elle est célibataire et sans enfant, qu'elle a des attaches familiales dans son pays d'origine, que son intégration est insuffisamment caractérisée, qu'aucun élément n'atteste de son intégration professionnelle, que son expérience et sa qualification professionnelle sont insuffisantes, qu'elle n'a pas de perspective d'embauche en France, qu'elle ne justifie pas d'une ancienneté de séjour sur la période de dix ans, que sa situation ne justifie pas d'une admission exceptionnelle au séjour et que le centre de ses intérêts professionnels se situent en Principauté de Monaco. Ainsi, cet arrêté, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont l'autorité administrative pourrait avoir connaissance, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen personnel de la situation de Mme C. A cet égard, la circonstance que le préfet a indiqué dans la décision attaquée que les intérêts professionnels de la requérante se situent en Principauté de Monaco alors qu'elle justifie de deux promesse d'embauche pour un poste d'employé de maison pour un bien situé à Berre-les-Alpes ne démontre pas à elle seule que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

6. Mme C soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'elle réside en France de manière continue depuis dix ans. Si elle verse aux débats un grand nombre de pièces de nature variées (attestations d'hébergement puis un bail d'habitation au 1er janvier 2017, relevés de compte bancaires avec mouvements d'argent, contrats d'abonnement, des factures de téléphonie et d'électricité, des avis d'imposition, des pièces médicales, des demandes de titre de séjour déposées en 2013, 2014 et 2016 ainsi que des promesses d'embauche), celles-ci ne suffisent cependant pas à établir que Mme C résidait habituellement en France depuis dix ans à la date de la décision attaquée, en particulier au cours des années 2012, 2013, 2015 et 2016. Il suit de là que les pièces produites ne sont pas suffisamment probantes et diversifiées pour établir la présence habituelle de l'intéressée en France sur l'ensemble de la période utile. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché la décision en litige d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour.

7. En quatrième lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à l'examen de la demande de titre de séjour de Mme C au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa numérotation applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est célibataire et sans charge de famille. Elle n'établit pas non plus être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre une vie privée et familiale normale. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit aux points précédents, si elle se prévaut d'une présence continue en France depuis dix ans, les pièces fournies ne permettent pas de l'établir. Si elle se prévaut d'un tissu amical en France et joint, pour justifier ses propos, de nombreuses attestations, ainsi que d'une insertion économique par des promesses d'embauche, ces éléments sont cependant insuffisants pour justifier de la fixation en France de ses intérêts personnels, économiques et familiaux. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que, en prenant la décision attaquée, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les mêmes motifs justifient que soit également écarté le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa numérotation applicable : " La carte de séjour mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

11. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 9, Mme C est célibataire, sans enfant à charge et n'établit pas avoir fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. D'autre part, si elle indique qu'elle réside en France depuis de nombreuses années, qu'elle y a tissé des liens amicaux et qu'elle a été mise en possession de promesses d'embauche, ces seules circonstances ne sauraient constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles formulées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure

signé

D. A

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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