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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101774

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101774

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBRUNO BOCHNAKIAN & MARJORIE LARRIEU-SANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle réside depuis plus de dix ans en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a informé le tribunal de ce que Mme A ne se trouve pas en possession d'un titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller,

- et les observations de Me Bochnakian représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise, a sollicité, par un courrier du 28 septembre 2020, présent le 1er octobre 2020 aux services de la préfecture des Alpes-Maritimes, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née du silence gardé pendant plus de quatre mois par l'administration sur cette demande en application des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 de ce même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313 11 () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

3. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui justifient d'une durée de résidence habituelle en France de plus de dix ans auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Si Mme A fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français au mois de juillet 2010, elle n'établit la régularité et la continuité de sa présence en France qu'à compter du mois de juin 2011, soit neuf ans et huit mois à la date à laquelle est née la décision litigieuse. Dès lors, Mme A ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Mme A fait valoir qu'elle est présente sur le territoire français depuis plus de dix ans et que son frère et sa sœur, tous deux de nationalité française, résident également en France. Toutefois, la requérante ne justifie pas du caractère régulier de son entrée sur le territoire français au mois de juillet 2010 et, d'autre part, ainsi que cela a été exposé au point 3 du présent jugement, elle n'établit la régularité et la continuité de sa présence en France qu'à compter du mois de juin 2011, soit neuf ans et huit mois à la date à laquelle est née la décision implicite litigieuse. En outre, Mme A n'établit avoir bénéficié que d'une seule carte de séjour " travailleur temporaire ", délivrée le 1er décembre 2015 et valable jusqu'au 30 novembre 2016, et il est constant qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 15 mars 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nice en date du 21 janvier 2020, à l'exécution de laquelle elle s'est soustraite. Dès lors, Mme A, qui est célibataire, sans enfants et qui n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale en Albanie, ne justifie d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par ailleurs, Mme A produit plusieurs justificatifs établissant qu'elle a bénéficié, entre juin 2011 et août 2017, de nombreux contrats de travail à durée déterminée pour des emplois saisonniers et des extras, notamment en qualité de femme de chambre, demi-chef de rang et vendeuse, ainsi que d'un contrat à durée indéterminée courant d'août 2017 à novembre 2020 en qualité de vendeuse. Cependant, l'activité salariée dont la requérante se prévaut a été exercée de manière discontinue et ne suffit pas à caractériser une insertion professionnelle justifiant qu'elle puisse prétendre à une régularisation exceptionnelle au titre du travail. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Alpes-Maritimes a pu considérer que la situation de Mme A ne justifiait pas qu'elle puisse bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaît ces dispositions doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour des motifs identiques à ceux exposés au point précédent, Mme A n'est pas fondée à faire valoir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.

10. Aucun dépens n'a été exposé dans cette affaire. Les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

L. MEARLa greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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