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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102042

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102042

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2021, Mme A C, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 3 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Traversini, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante capverdienne, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 18 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ".

3. Si la requérante soutient que la décision du 18 février 2021 est entachée d'un défaut de motivation et fait apparaître les motifs de refus par des cases cochées sur un imprimé type, cette décision, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, expose néanmoins les circonstances de fait propres à la situation personnelle de la requérante et notamment qu'elle est célibataire, que son intégration est insuffisamment caractérisée, que sa cellule familiale peut se reconstituer hors de France, qu'elle ne justifie pas par des pièces suffisamment probantes d'une ancienneté de séjour sur la période de dix ans, que sa situation ne justifie pas d'une admission exceptionnelle au séjour et qu'elle ne produit pas de contrat de travail visé par les autorités françaises. Ainsi, cette décision, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont l'autorité administrative pourrait avoir connaissance, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen personnel de la situation de Mme B. Si la requérante soutient que le préfet ne lui a adressé aucune demande d'actualisation de son dossier entre le jugement n° 1902206 du 5 février 2020 enjoignant au préfet de procéder au réexamen de sa situation et la décision litigieuse, il incombait cependant à l'intéressée d'établir, par toutes pièces qu'il lui appartenait de produire, l'existence de motifs de nature à justifier son admission au séjour. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

6. Mme B soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'elle réside en France de manière continue depuis plus de dix ans. Si elle verse aux débats de nombreuses pièces (attestations d'hébergement puis quittances de loyer puis bail conclu le 15 octobre 2018, relevés de compte bancaires, contrats d'abonnement d'énergie, des factures d'achats, de cantine scolaire et d'électricité, des bulletins de salaires, des avis d'imposition, des promesses d'embauche et des certificats de scolarité), celles-ci ne suffisent cependant pas à établir que Mme B résidait habituellement en France depuis dix ans à la date de la décision attaquée, sur l'ensemble de la période considérée, la requérante ne versant au demeurant aucune pièce relative aux années 2013 et 2014. Ainsi, Mme B ne justifiant pas de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté litigieux, c'est sans entacher sa décision d'irrégularité au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité que le préfet des Alpes-Maritimes a refusé son admission au séjour sans consulter la commission du titre de séjour.

7. En quatrième lieu, si la requérante soutient que le préfet ne s'est pas prononcé sur sa demande présentée au titre du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, il ressort de la lecture de la décision attaquée que, quand bien même le préfet n'a pas expressément mentionné ces dispositions, il a examiné la situation personnelle et familiale de l'intéressée en France en estimant que la décision en litige ne portait pas une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de Mme B au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut de base légale en ne visant pas l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa numérotation applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

9. Mme B soutient qu'elle a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France où elle réside depuis le 25 septembre 2009. Toutefois, comme précisé au point 6, la présence en France de la requérante n'est pas établie pour les années 2013 et 2014. De même, les pièces produites pour les années 2011 et 2012 puis pour les années 2015 à 2020, qui consistent principalement en des factures, des quittances de loyer et un bail conclu en 2018, des relevés de comptes bancaires et des certificats de scolarité, sont insuffisantes pour établir de manière certaine la présence en France de l'intéressée pour ces années. Si elle se prévaut de la présence régulière en France de ses frères et de sa sœur, de la scolarisation en France de ses deux enfants nés en 2012 et 2016 et de la présence du père de ceux-ci en France, ainsi que d'une insertion économique par deux bulletins de paye datés de janvier 2012 et juin 2011 et d'une promesse d'embauche, ces éléments sont cependant insuffisants pour justifier de la fixation en France de ses intérêts personnels, économiques et familiaux. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée en familiale. Les mêmes motifs justifient que soit également écarté le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour n'implique pas, par elle-même, la séparation de la requérante avec ses enfants. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant à Mme B la délivrance d'un titre de séjour.

12. En septième et dernier lieu, si la requérante invoque le bénéfice des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable, elle ne se prévaut, en sus des considérations examinées au point 9, que de l'existence de deux bulletins de salaire pour les mois de juin 2011 et janvier 2012, de relevés de comptes et d'une promesse d'embauche. Toutefois, ces éléments ne constituent ni une considération humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa numérotation applicable. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour en application de ces dispositions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 février 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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