mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ANTOINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, M. B A, représenté par Me Antoine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour :
- cette décision est illégale dès lors qu'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 18 octobre 2019 et qu'il travaille de manière continue depuis cette date ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne fait pas l'objet d'une notice rouge Interpol qui aurait été émise par les autorités sri-lankaises ; son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- cette décision est disproportionnée au regard de l'atteinte qu'elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est disproportionnée au regard de l'atteinte qu'elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- cette décision est disproportionnée au regard de l'atteinte qu'elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le Sri Lanka comme pays de destination :
- cette décision méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifiait de circonstances humanitaires faisant obstacle à son édiction.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sri-lankais né le 10 décembre 1987, a bénéficié de deux titres de séjour en qualité de travailleur temporaire, valables du 5 février 2018 au 12 mars 2020, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 30 juin 2020, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Dès lors qu'il se prévalait d'un contrat à durée indéterminée, cette demande doit être regardée comme ayant été présentée sur le fondement du 1° de l'article L. 313-10 du code précité. Par une décision du 15 avril 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande et, par un arrêté du même jour, cette même autorité l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. M. A demande l'annulation de la décision et de l'arrêté du 15 avril 2021.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable au litige : " une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " ". Selon les dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 313-15 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'application du 1° de l'article L. 313-10, l'étranger qui demande la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " doit présenter à l'appui de sa demande, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-1, les pièces suivantes : () 2° Lorsqu'il réside sur le territoire français, un formulaire de demande d'autorisation de travail, pour la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée avec un employeur établi en France correspondant à l'emploi sollicité. Ce formulaire est conforme au modèle fixé par arrêté du ministre chargé du travail. () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code, dans sa rédaction alors applicable, " La demande d'autorisation de travail () est faite par l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative et que la demande d'autorisation de travail d'un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet et jointe par l'étranger à l'appui de sa demande de titre de séjour.
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser le titre de séjour sollicité par M. A sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le motif que l'intéressé ne produisait aucune demande d'autorisation de travail. Le requérant, qui se borne à faire valoir qu'il a un contrat de travail à durée indéterminée, ne conteste pas utilement ce motif de refus. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée () à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Il ressort des termes de la décision litigieuse que pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public en se fondant sur les circonstances, d'une part, que l'intéressé est inscrit au fichier des personnes recherchées en raison d'une " notice rouge INTERPOL " émise à son encontre par les autorités sri-lankaises et, d'autre part, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance (2021), conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste (2017) et de violence dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant par huit jours (2016). M. A conteste la matérialité des faits. Toutefois, en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif, mais seulement sur celui tenant à l'absence de présentation d'une demande d'autorisation de travail, de nature à fonder à lui seul, comme il a été dit, un refus de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. A se prévaut de ce qu'il vit de manière habituelle en France depuis 2012 et qu'il y est intégré professionnellement. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée, non contestée sur ce point, que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille en France. En outre, il n'établit ni même n'allègue qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans ces conditions, et quand bien même il exerce une activité d'employé polyvalent depuis le 18 octobre 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 7, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regards des buts poursuivis par cette mesure. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 7, le refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regards des buts poursuivis par cette mesure. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / () ". Aux termes des stipulations l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".
11. M. A soutient que dans l'hypothèse où il serait effectivement recherché par les autorité sri-lankaises pour des faits de meurtre et de vol à main armée, il encourrait à ce titre la peine de mort. Il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir la réalité de ce risque. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
12. Aux termes des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () ".
13. Le requérant se borne à soutenir qu'il justifiait de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre, sans donner aucune précision au soutient de cette allégation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision et de l'arrêté du 15 avril 2021. Par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Emmanuelli, président,
Mme Chevalier, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère,
assistés de Mme Katarynezuk, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A. BERGANTZ
Le président,
Signé
O. EMMANUELLILa greffière
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026