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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102159

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102159

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2021, M. A B, représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'admission au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'erreurs de faits ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle a été prise sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire signé à Tunis le 28 avril 2008, inapplicable en l'espèce ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 mai 2023 :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;

- et les observations de Me Dire, substituant Me Jaidane, dans l'intérêt de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 19 novembre 1991, a déposé auprès du préfet des Alpes-Maritimes une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 12 février 2021. Par une décision du 25 mars 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2016 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable du 10 septembre 2016 au 10 septembre 2017. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour " étudiant " valable du 10 septembre 2018 au 11 septembre 2020. A compter du mois d'octobre 2016, il a été embauché en qualité de " conseiller en relations humaines " par la société Cosmospace. Si le requérant était embauché à temps partiel, il ressort des bulletins de paie qu'il produit du mois d'octobre 2016 au mois de juin 2020 qu'il a perçu sur cette période un salaire moyen net mensuel d'un montant supérieur à 2 100 euros. Au mois de septembre 2020, la société Cosmospace a présenté au bénéfice du requérant une demande d'autorisation de travail afin de pouvoir continuer à l'embaucher sous couvert d'un contrat de travail à temps plein. Cette demande a toutefois été rejetée par une décision du 11 février 2021 de la DIRECCTE Provence Alpes Côte d'Azur, et la société a donc procédé à son licenciement le 1er mars 2021. M. B s'est alors déclaré en tant qu'auto-entrepreneur le 28 avril 2021 avec pour activité " conseiller de vie ". Il ressort, en outre, des pièces du dossier que le requérant est marié depuis le 24 juillet 2016 avec une compatriote et que de cette union est né un enfant le 1er juillet 2017. Son épouse a bénéficié d'un titre de séjour " étudiant " valable du 11 septembre 2018 au 10 juin 2020, dont elle a sollicité le renouvellement. Par ailleurs, le couple a acheté un appartement à Nice le 28 août 2020 à titre de résidence principale, achat pour lequel un prêt a été accordé à M. B le 3 juin 2020. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une décision de refus d'octroi d'un titre de séjour, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Une copie sera adressée au Ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BERGANTZ

Le président,

Signé

O. EMMANUELLILa greffière

Signé

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

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