jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET OLOUMI - HMAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2019, Mme D A B, représentée par l'association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle Oloumi et Hmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant européen ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour de membre de la famille d'un européen ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Oloumi en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridictionnelle, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Des pièces ont été produites par Mme A B et ont été enregistrées le 3 mai 2023 mais n'ont pas été communiquées.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 4 mars 2021, Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cherief, conseiller,
- et les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, représentant Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante dominicaine, née le 1er juin 1986, a sollicité le 19 juin 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant européen. Par une décision du 10 décembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. La requérante demande au tribunal l'annulation de cette décision pour excès de pouvoir.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise, notamment, les articles 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'égard desquels le préfet des Alpes-Maritimes a apprécié la situation de la requérante. Elle précise, en outre, les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante, notamment en mentionnant qu'elle n'établit pas la date exacte de son entrée sur le territoire national et qu'elle ne dispose pas des ressources suffisantes au regard des dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet n'est pas tenu de viser expressément les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° S'il est inscrit dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantit disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 5° afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° S'il est le conjoint ou un enfant à charge accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. () ". Aux termes de l'article L. 121-3 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". Aux termes de l'article R. 121-4 de ce code : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un État tiers, conjoint d'un citoyen de l'Union européenne, ne dispose d'un droit au séjour en France que si le citoyen de l'Union européenne remplit lui-même les conditions définies aux 1° ou 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour apprécier le caractère suffisant des ressources mentionnées au 2° de cet article, le préfet doit prendre en compte l'ensemble des ressources dont dispose effectivement le citoyen de l'Union européenne quelle qu'en soit la provenance, ce qui inclut les ressources du conjoint.
6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à Mme A B le titre de séjour sollicité, le préfet des Alpes-Maritimes a examiné la situation financière de la requérante et de son conjoint. Il a notamment relevé que ce dernier a conclu un contrat à durée indéterminée le 1er mars 2018 pour un emploi en qualité de coiffeur et qu'il justifie pour les mois de mars, avril, mai, septembre et octobre 2019 de bulletins de salaires d'un montant de 827,08 euros. Il a également considéré que ni la requérante, ni son conjoint ne justifiaient, à la date de la décision attaquée, de ressources suffisantes pour une famille de quatre personnes. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes s'est attaché à examiner la situation de Mme A B et non uniquement celle de son conjoint au regard des critères de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, et alors qu'elle n'établit pas que, à la date de la décision attaquée, le couple disposait des ressources suffisantes, la requérante n'est pas fondée à faire valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme A B fait valoir qu'elle est entrée en France en 2018 avec son mari de nationalité espagnole et leurs deux enfants, également de nationalité espagnole. Toutefois la requérante ne justifie ni de la date de son entrée sur le territoire national ni de la régularité de son séjour dès lors qu'elle est uniquement titulaire d'un " permiso de residencia " espagnol qui ne lui confère pas de droit au séjour en France. En outre, la requérante ne justifie, à la date de la décision attaquée, d'aucune ressource. Enfin, si Mme A B fait valoir que sa fille aînée, âgée de 8 ans, a été scolarisée en France au cours de l'année 2020/2021, elle ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir qu'elle ne pourrait poursuivre son cursus scolaire en Espagne, pays dont ses enfants possèdent la nationalité, ni d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale puisse s'y reconstituer dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le conjoint de Mme A B occupait un emploi à la date de la décision attaquée et que la requérante dispose d'un titre lui permettant de résider légalement en Espagne. Dans ces conditions, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, et ainsi que cela a été dit au point 8 du présent jugement, Mme A B ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir que sa fille aînée ne pourrait poursuivre son cursus scolaire en Espagne, pays dont ses enfants possèdent la nationalité, ni d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale puisse s'y reconstituer, dès lors que son conjoint ne justifie pas qu'il occupait un emploi à la date de la décision attaquée, et que Mme A B dispose d'un titre lui permettant de résider légalement en Espagne. Par suite, et alors que la requérante ne peut utilement faire valoir que sa fille cadette est inscrite à une crèche, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour prise par le préfet des Alpes-Maritimes le 10 décembre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Mear, présidente ;
- Mme Kolf, conseillère ;
- M. Cherief, conseiller ;
assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
Le rapporteur,
H. CHERIEF
La présidente,
J. MEAR
La greffière,
V. SUNER
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026