mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mai 2021, Mme A E, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à titre humanitaire ou exceptionnel, dans un délai de dix jours à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente faute pour le préfet des Alpes-Maritimes de justifier d'une délégation de signature régulière au profit de sa signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- le préfet des Alpes-Maritimes a insuffisamment examiné sa situation familiale et personnelle ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;
- le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas examiné sa demande de titre de séjour portant la mention " visiteur ".
La requête a été communiquée au préfet de Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Cohen, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, Mme E, ressortissante marocaine née en 1966, demande au tribunal d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet des Alpes-Maritimes, par Mme D C, cheffe du bureau des examens spécialisés, qui bénéficiait d'une délégation de signature régulière en vertu d'un arrêté n° 2021-152 du 8 février 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial n°41-2021 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant aux juges qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise ainsi les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise, en outre, les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante, notamment en mentionnant qu'elle est célibataire et sans enfant, qu'elle ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine ou encore que si l'état de santé de son père nécessite l'assistance d'une tierce personne, qu'elle ne démontre pas qu'une telle prise en charge ne pourrait pas être assurée par d'autres membres de la famille ou par un professionnel de santé. Par suite, et alors que le préfet n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, la décision attaquée est suffisamment motivée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, la motivation circonstanciée de la décision attaquée tel que cela ressort des éléments mentionnés au point précédent révèle que cette décision a été prise à l'issue d'un examen complet de la situation de Mme E. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas suffisamment examiné sa situation personnelle et familiale doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes aurait fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts en retenant que Mme E n'était pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine alors qu'elle reconnait, elle-même, que ses frères et sœurs y résident. En outre, à supposer que l'état de santé du père de la requérante empêche ce dernier de se rendre au Maroc, cette seule circonstance n'est pas suffisante pour démontrer que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en retenant que la cellule familiale de la requérante puisse se reconstituer dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté dans ses différentes branches.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable pendant un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". En outre, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable au litige, devenu depuis l'article L. 435-1 : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".
7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel lui est substitué à compter du 1er mai 2021 l'article L. 435-1 de ce même code, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
8. En l'espèce, Mme E soutient qu'elle est entrée en France en décembre 2020 pour s'occuper de son père en situation régulière sur le territoire français et dont l'état de santé impose sa présence au titre de l'assistance qu'elle lui porte. Pour justifier de l'état de santé de son père, la requérante produit deux certificats médicaux datés des 15 janvier 2021 et 13 avril 2021 lequel est d'ailleurs postérieur à la décision attaquée, émanant du médecin généraliste de son père. Toutefois, ces certificats ne sont pas de nature à établir, à eux seuls, qu'à la date de la décision attaquée, la présence de la requérante serait indispensable aux côtés de son père, ni que les soins et l'assistance dans la vie quotidienne nécessaires à ce dernier ne pourraient être dispensés par une tierce personne autre que la requérante. A cet effet, cette dernière n'indique être entrée sur le territoire français qu'en décembre 2020 date à laquelle l'état de santé de son père était pourtant déjà dégradé au regard des pathologies évoquées par les certificats médicaux versés au débat par la requérante. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas, en refusant d'admettre exceptionnellement Mme E au séjour, méconnu les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. En l'espèce, la requérante qui n'est entrée sur le territoire national qu'en décembre 2020, soit depuis moins de quatre mois à la date de la décision attaquée, pour y rejoindre son père titulaire d'un titre de séjour depuis février 2014, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où y résident toujours ses frères et sœurs. En outre, l'intéressée, célibataire et sans enfant, ne démontre pas avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Par suite, compte tenu, notamment, de sa faible durée de présence en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit alors être écarté.
11. En dernier lieu, si Mme E soutient que le préfet n'a pas répondu à sa demande de titre de séjour portant la mention " visiteur ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un tel fondement. Dès lors, faute pour la requérante de justifier avoir présenté sa demande de titre de séjour sur un tel fondement, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. HOLZER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°2102572
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026