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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102612

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102612

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 mai 2021, 8 mars et 26 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points sur son permis de conduire prises suite à des infractions au code de la route commises les 30 décembre 2008, 10 janvier, 28 mars, 24 mai, 7 juin, 26 novembre et 28 décembre 2009, ainsi que la décision du 23 juillet 2010 par laquelle le ministre de l'intérieur a mis fin à la validité de son permis de conduire pour solde de point nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant son capital de points sous huitaine ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle a droit à la reconstitution de points prévue à l'article L. 223-6 du code de la route ;

- elle n'a pas bénéficié de l'information préalable requise par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les différents retraits de points ne lui ont jamais été notifiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 16 mars 2023, le rapport de M. A, aucune des parties n'étant présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a commis entre le 23 septembre 2005 et le 16 mai 2017 de nombreuses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plus de douze points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 23 juillet 2010, le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait d'un point et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision et les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 30 décembre 2008 (trois points), 10 janvier 2009 (deux points), 28 mars 2009 (un point), 24 mai 2009 (un point), 7 juin 2009 (un point), 26 novembre 2009 (un point) et 28 décembre 2009 (un point).

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

4. Pour établir que la présente requête est tardive, le ministre de l'intérieur renvoie aux mentions apparaissant sur le relevé d'information intégral relatif au titre de conduite de la requérante indiquant : " Accusé de réception d'une lettre 48 SI / Accusé de réception n° 2C 0404 4885 272 du 29/07/2010 (A/P) ". En l'absence de tout autre élément produit par le ministre de l'intérieur, ces seules mentions ne suffisent pas à établir que la décision a été envoyée à une adresse correspondant à une résidence de l'intéressée ni qu'elle a été effectivement réceptionnée. Au surplus, Mme C, qui a produit dans ses dernières écritures cette décision qui aurait été transmise par le ministre en cours d'instance, établit que ce courrier lui a été envoyé à une adresse erronée et a été refusé. Dès lors, la date de notification des décisions attaquées ne peut être regardée comme établie. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur ne peut qu'être écartée.

Sur les demandes d'annulation :

Sur la légalité des décisions de retraits de points attaquées :

En ce qui concerne leur notification :

5. Les conditions de notification des retraits de points sont sans incidence sur leur légalité et sur celle de la décision constatant, le cas échéant, la perte consécutive de validité du permis de conduire. Ainsi, le moyen tiré de ce que les différents retraits de points n'auraient pas été notifiés à Mme C doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'information préalable :

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ".

7. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

S'agissant de l'infraction commise le 30 décembre 2008 :

8. Il résulte des dispositions des articles 537 et 429 du code de procédure pénale que les procès-verbaux établis par les officiers ou agents de police judiciaire pour constater des infractions au code de la route font foi jusqu'à preuve du contraire en ce qui concerne la constatation des faits constitutifs des infractions. La mention portée sur ces procès-verbaux selon laquelle le contrevenant a reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'est pas revêtue de la même force probante. Néanmoins, même contredite par le contrevenant, cette indication peut emporter la conviction du juge si elle est corroborée par d'autres éléments. Tel est notamment le cas s'il ressort des pièces du dossier que le contrevenant a contresigné le procès-verbal ou qu'il a pris connaissance, sans élever d'objection, de son contenu.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal versé aux débats par le ministre de l'intérieur, que celui-ci, conformément aux dispositions des articles A. 37 à A. 37-4 du code de procédure pénale, mentionne, d'une part, que l'infraction entraînait un retrait de points et, d'autre part, que l'intéressé s'est vu remettre un avis de contravention. Ce document est signé par la requérante, ce qui établit que cette dernière a été mise à même de prendre connaissance de ces mentions et, en l'absence de toute réserve de sa part, qu'elle a eu communication des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles figurent sur l'avis de contravention. Le moyen tiré du défaut d'information doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 10 janvier 2009 :

10. Le procès-verbal relatif à l'infraction précitée est produit par le ministre de l'intérieur. Même s'il ne revêt pas la signature de la contrevenante, cette dernière ne conteste pas en réplique qu'il contient toutes les informations légalement requises et qu'elle a pu ainsi en prendre connaissance.

S'agissant des infractions commises les 28 mars, 24 mai, 7 juin, 26 novembre et 28 décembre 2009 :

11. Le ministre de l'intérieur fait valoir que ces infractions, constatées par radars automatiques, constituent des excès de vitesse inférieurs à 20 km / heure et qu'elles sont de même nature que celles commises les 23 et 30 septembre 2005, puis le 6 juillet 2008 pour lesquelles Mme C aurait reçu les informations requises. Toutefois, il n'est pas établi que la requérante ait été informée de la qualification pénale des infractions litigieuses. Dans ces conditions, les informations qu'elle aurait reçues lors de la constatation d'infractions antérieures, relatives à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'y accéder, n'est pas nature à se substituer à ce défaut d'information. Par ailleurs, il n'est pas établi que la titulaire du permis de conduire a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions. Il n'est pas non plus établi que l'intéressée aurait reçu les avis de contravention, qui comportent l'information préalable requise, correspondant à ces mêmes infractions. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme apportant la preuve qu'il s'est acquitté de l'obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour ces infractions. Par suite, Mme C, qui, dans les circonstances de l'espèce, a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que les décisions de retrait de points consécutives respectivement aux infractions des 28 mars, 24 mai, 7 juin, 26 novembre et 28 décembre 2009 sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur la légalité de la décision du 23 juillet 2010 :

12. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe () ".

13. D'une part, les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité d'un permis de conduire ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou qu'il n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points pendant la période prévue aux dispositions citées au point précédent.

14. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, lequel constitue une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer sur cette contestation comme juge de plein contentieux. Il en va de même lorsque le juge est saisi d'un recours contre une décision constatant la perte de validité d'un permis de conduire pour solde de points nul. Dans le cas où il apparaît que le solde des points était nul à la date à laquelle une telle décision est intervenue mais que, faute pour l'administration de l'avoir rendue opposable en la notifiant à l'intéressé, celui-ci a pu ultérieurement remplir les conditions pour bénéficier d'une reconstitution totale ou partielle de son capital de points, il appartient au juge de prononcer l'annulation de la décision.

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme C a commis les 23 et 30 septembre 2005, 6 juillet et 30 décembre 2008, 10 janvier, 28 mars, 24 mai, 7 juin, 26 novembre et 28 décembre 2009 des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points de son permis de conduire, dont le solde était nul lorsqu'est intervenue la décision du 23 juillet 2010 constatant sa perte de validité. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, elle n'a pas reçu notification de cette décision. Par ailleurs, il résulte de son relevé d'information intégral édité le 26 juillet 2021 qu'elle n'a pas commis d'infraction ayant entraîné retrait de points pendant trois ans à compter du 14 août 2017, date du paiement de la dernière amende forfaitaire. Dès lors, elle s'est trouvée remplir, le 14 août 2020, les conditions prévues par les dispositions législatives précitées pour bénéficier d'une reconstitution intégrale de son capital de points. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il y a lieu de constater cette reconstitution et d'annuler en conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 23 juillet 2010.

Sur la demande d'injonction :

16. L'exécution du présent jugement implique que l'administration restitue à Mme C douze points dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de déterminer en conséquence, compte tenu d'éventuelles infractions devenues définitives à la date de cet examen, le nombre de points attaché au permis de conduire de Mme C et de lui restituer son permis si le solde de points est positif.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

18. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C ne peuvent donc qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 23 juillet 2010, les décisions de retraits de points consécutives aux infractions des 28 mars, 24 mai, 7 juin, 26 novembre et 28 décembre 2009 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la reconstitution de douze points sur le permis de conduire de Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de Mme C et de le lui restituer si le solde est positif.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. ALe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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