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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102712

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102712

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantREDEAU HOURIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021, Mme A D, représentée par Me Redeau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 18 mars 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Des pièces, présentées pour le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 26 septembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas fait l'objet d'une communication.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus cours de l'audience publique du 29 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Le Guennec, rapporteure,

- et les observations de Me Redeau, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante tunisienne née le 1er août 1991, a sollicité son admission au séjour sur le territoire français par une demande en date du 20 août 2019. Par une décision du 18 mars 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Mme D, déjà représentée par un avocat, ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle compétent et n'a pas joint à sa requête une telle demande. Aucune situation d'urgence ne justifie qu'il soit fait application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991. Sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ne peut, dans ces conditions, qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la présente espèce : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article. ".

5. L'article L. 313-14 précité, qui porte sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. En revanche, il peut utilement se prévaloir de ces dispositions pour solliciter la délivrance d'un titre séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

6. Mme D soutient être entrée régulièrement en France le 22 septembre 2011, et y résider habituellement depuis cette date. Il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est mariée au consulat de Tunisie à Nice le 22 décembre 2012 avec M. C B. De leur union sont nées à Antibes, Nermine, le 18 juin 2013, Razane, le 18 août 2014 et Maissane, le 1er juin 2016, respectivement scolarisées au Cannet à compter des années 2016, 2018 et 2019. Le 4 juillet 2019, Mme D a déposé une main courante contre son époux pour le vol de tous ses documents et justificatifs administratifs. Le 18 janvier 2020, la requérante a porté plainte auprès des services de police judiciaire à Cannes pour violences volontaires aggravées sur conjoint, en état d'ivresse, en présence de leurs enfants. Elle produit six attestations établies en novembre 2020 de diverses associations d'aides aux personnes victimes de violences conjugales, attestant du suivi de l'intéressée et de son hébergement en nuitées hôtelières à compter du 10 janvier 2020. Elle produit également une attestation de son conseil, Me Oliver d'Ollone, en date du 15 octobre 2020, indiquant que la procédure de divorce avec son époux était, à la date de cette attestation, encore en cours. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que Mme D justifiait, à la date de la décision attaquée, d'une réelle volonté d'insertion dans la société française dès lors, notamment, qu'elle a été employée en contrat à durée indéterminée dans un établissement de restauration en qualité de " chef de rang " à compter du 9 mai 2019. Dans les conditions très particulières de l'espèce, Mme D est fondée à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel, le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation du refus de titre de séjour implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme D, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme D ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle ou de l'obtention de cette dernière. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 relative à l'aide juridictionnelle.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 mars 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'admission au séjour présentée par Mme D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme A D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République du tribunal judiciaire de Grasse..

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

B. Le Guennec

Le président,

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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