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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102806

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102806

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 17 mai 2021, 14 mars et 4 avril 2022, M. C B, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.

Il fait valoir que le requérant a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois avec droit au travail portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " en application de la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001.

Un mémoire, présenté pour le requérant et enregistré le 27 février 2023, soit après la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 15 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Oloumi, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ukrainien, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir que la requête a perdu son objet dès lors qu'il a remis le 28 juillet 2022 à M. B une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire d'une protection temporaire " en application de la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001. Toutefois, d'une part, l'autorisation temporaire accordée ne correspond pas au titre de séjour demandé, d'autre part, la décision attaquée a reçu une exécution pendant la période où elle était en vigueur et, en conséquence, les conclusions tendant à son annulation ne sont pas devenues sans objet. Dès lors, l'exception de non-lieu opposée par le préfet des Alpes-Maritimes ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en février 2016 à l'âge de 23 ans, accompagné de sa grand-mère, pour y rejoindre sa mère. Il ressort de ces pièces que la mère du requérant est installée en France depuis une quinzaine d'années et qu'elle dispose d'une carte de résident de 10 ans dont la validité court jusqu'en 2025. Il ressort également des pièces du dossier que la grand-mère du requérant, arrivée sur le territoire français avec ce dernier, a été mise en possession d'un titre de séjour temporaire vie privée et familiale d'une durée de validité d'une année en septembre 2019. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'ensemble de la cellule familiale est hébergé par la mère du requérant, laquelle est propriétaire d'un appartement à Nice. Par ailleurs, le requérant soutient, sans être contredit, qu'il ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors que sa grand-mère est venue rejoindre sa mère en France, qu'il est fils unique et que tout lien a été rompu avec son père depuis l'année 2003. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, le requérant est donc fondé à soutenir qu'en lui refusant un titre de séjour, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 21 décembre 2020 refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et au vu de l'examen de l'ensemble des moyens soulevés, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la situation de M. B se serait modifiée, en droit ou en fait, depuis l'intervention de l'arrêté attaqué, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " à l'intéressé. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à cette délivrance dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Oloumi, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat d'une somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé l'admission exceptionnelle au séjour de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Oloumi une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Oloumi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

D. A

Le président,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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