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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102875

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102875

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUENEAU JEAN-PAUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2021, M. C D, représenté par Me Gueneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé sa demande d'admission au séjour en qualité de " visiteur " ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " visiteur " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Par un mémoire, enregistré le 1er décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur la requête.

Il fait valoir que le requérant s'est vu remettre une attestation de demandeur d'asile valable du 23 juin 2022 au 22 décembre 2012.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique du 7 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ukrainien né en 2000, est titulaire d'un droit au séjour au Royaume-Uni en qualité d'étudiant. Il a adressé, par un courrier reçu 20 octobre 2020 par la préfecture des Alpes-Maritimes, une demande d'admission au séjour en qualité de " visiteur ". Par une décision du 28 décembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. Par un courrier, reçu le 25 janvier 2021 par le ministère de l'intérieur, il a formé un recours hiérarchique contre cette décision. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision du 28 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins de non-lieu :

2. Si, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet des Alpes-Maritimes soutient qu'une attestation de demandeur d'asile, valable du 23 juin 2022 au 22 décembre 2012, a été remise au requérant, ce dernier n'a toutefois pas obtenu la délivrance du titre de séjour sollicité. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu soulevée par le préfet doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-323 du 19 mai 2020, publié le même jour au recueil spécial n° 106.2020 des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à M. E B, attaché principal hors classe, chargé de la direction de la règlementation, de l'intégration et des migrations par intérim, pour signer les décisions relatives à l'admission au séjour des ressortissants étrangers. Ainsi, le moyen tiré de 1'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, devenu notamment l'article L. 412-1 : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23, L. 313-24, L. 313-27 et L. 313-29 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. / () ". Aux termes de l'article L. 313-6 du même code dans sa rédaction applicable au litige, devenu l'article L. 426-20 : " La carte de séjour temporaire portant la mention "visiteur" est délivrée à l'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées à la troisième phrase du 2° de l'article L. 314-8. / L'étranger doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article ". L'article R. 313-6 de ce code précise dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 313-6, l'étranger qui demande la délivrance de la carte de séjour mention " visiteur " doit présenter, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-1 () ". Enfin, aux termes de l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une première carte de séjour doit présenter à l'appui de sa demande, outre les pièces mentionnées à l'article R. 311-2-2, les pièces suivantes : / 1° Les documents, mentionnés à l'article R. 211-1, justifiant qu'il est entré régulièrement en France ; / () ".

5. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions citées au point précédent de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont bien applicables à une première demande de carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur ". Par suite, le préfet était fondé à refuser la demande de titre de séjour de M. D au motif que celui-ci ne présentait pas de visa de long séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. D'autre part, si le requérant soutient que l'auteur de l'acte s'est fondé sur une appréciation erronée des faits dès lors qu'en raison de la suspension des vols et des déplacements pendant la crise sanitaire, il était dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine en vue de solliciter un visa de long séjour, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait doit également être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant soutient que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale dès lors qu'il est hébergé en France par ses parents et suit ses enseignements à distance durant la période de crise sanitaire. Toutefois, d'une part le requérant est majeur, d'autre part il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se trouve, à la date de la décision attaquée, dans l'impossibilité de suivre ses enseignements au Royaume-Uni, pays dans lequel il dispose d'un droit au séjour en qualité d'étudiant. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions visées ci-dessus ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

N. A

Le président,

signé

T. BONHOMME La greffière,

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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