jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2103036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHOUMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, M. A D, représenté par Me Chouman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de signature ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son dossier ne lui a pas été communiqué en intégralité, en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- sa présence en France ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ;
- l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 711-1, L. 712-2 et L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergantz, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant russe né le 29 janvier 1971, a fait l'objet d'un arrêté du 16 mars 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé son expulsion du territoire français, sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il est constant que l'arrêté attaqué a été signé par M. B C, préfet des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel il se fonde ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique, de manière précise et détaillée, les raisons pour lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que la présence en France de M. D constituait une menace grave pour l'ordre public. Il énonce également que la mesure d'expulsion ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale. L'arrêté en litige comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent la décision d'expulsion et doit donc être regardé comme suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Sauf en cas d'urgence absolue, l'expulsion ne peut être prononcée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger doit être préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article R. 522-4 de ce code : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'étranger à l'encontre duquel une procédure d'expulsion est engagée doit en être avisé au moyen d'un bulletin de notification, valant convocation devant la commission prévue aux articles L. 522-1 et L. 522-2. () ". Aux termes de l'article R. 522-5 : " Le bulletin de notification doit : / () / 8° Préciser que l'étranger ou son conseil peut demander communication du dossier au service dont la dénomination et l'adresse doivent être indiquées dans la convocation et présenter un mémoire en défense ; () ".
6. Il est constant que M. D a, en application du 8° de l'article R. 522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demandé la communication de son dossier. S'il fait valoir que le dossier qui lui a été communiqué aurait été " tronqué ", il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été mis en mesure de présenter, devant la commission départementale d'expulsion, les observations qu'il souhaitait faire valoir, notamment sur les publications sur son compte Instagram, dont il a reconnu être l'auteur. Dans ces conditions, alors même que la " note blanche " des services de renseignement ne lui aurait pas été préalablement communiquée, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de contradictoire doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public. ". Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Nice du 23 février 2018 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité (PACS). Le requérant est également défavorablement connu des services de police pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un PACS (21 février 2018), de menace de mort réitérée (21 février 2018), de viol commis par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un PACS (21 février 2018), de violence sur une personne vulnérable sans incapacité (20 avril 2018) et de menace réitérée de délit contre les personnes dont la tentative est punissable (19 mai 2018).
9. En outre, M. D ne conteste pas l'existence des images et vidéos publiées sur ses comptes Instagram que la commission d'expulsion des étrangers des Alpes-Maritimes a, dans son avis du 18 janvier 2021, identifiées comme révélant une adhésion à l'idéologie djihadiste. En se bornant à soutenir que ces publications présentent uniquement un caractère religieux ou humoristique, le requérant ne conteste pas utilement l'analyse de la commission d'expulsion des étrangers.
10. Dans ces conditions, alors même que M. D n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pénale, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de celui-ci sur le territoire français constituait, à la date de la décision attaquée, une menace grave pour l'ordre public et que cette menace justifiait son expulsion du territoire français sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. D fait valoir qu'il est entré en France en 2012 et qu'il possède toutes ses attaches familiales sur le territoire français. Toutefois, il ressort des termes de la décision en litige que l'intéressé est séparé de son épouse depuis le 3 juillet 2018. En outre, il ne produit aucune pièce de nature à démontrer qu'il entretiendrait une relation régulière avec ses quatre enfants. Dès lors, et eu égard à la nature des faits qui lui sont reprochés, le préfet des Alpes-Maritimes, en décidant son expulsion, n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
14. En septième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 313-13, L. 711-1 et L. 712-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer M. D dans son pays d'origine.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 mars 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Bergantz
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026