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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103136

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103136

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 juin 2021 et 1er février 2023, M. A B, représenté par Me Hmad, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de son expulsion du territoire français sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et de lui délivrer, dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser directement à son conseil, sous réserve que celui-ci renonçant à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; d'un vice de procédure ; le préfet des Alpes-Maritimes était tenu de saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie d'une résidence continue en France de plus de dix ans ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré au greffe le 6 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 22 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 février 2023 :

- le rapport de M. Pascal, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme C., rapporteure publique,

- et les observations de Me Della-Monaca, qui substitue Me Hmad, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 22 juin 1986, est entré en France le 11 mars 2016 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour valable du 8 mars 2016 au 8 mars 217, en qualité de conjoint de français. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de française, du 8 mars 2016 au 8 mars 2017. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de l'expulser du territoire français et a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté préfectoral d'expulsion :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, il vise les articles L. 631-1, L. 632-1, L. 632-2, L. 722-2, L. 722-4 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que M. B a été condamné à une peine de 6 ans d'emprisonnement par la cour d'assises des Alpes-Maritimes le 4 octobre 2019 pour des faits de viol par personne en état d'ivresse manifeste, que la gravité des faits de nature criminelle commis par l'intéressé, à peine un an après la date de son entrée sur le territoire français, constitue une menace à l'ordre public, que la commission d'expulsion des Alpes-Maritimes a émis un avis favorable à son expulsion le 25 mai 2021, qu'il n'établit pas avoir fixé en France le centre de sa vie privée et familiale dès lors que son épouse est décédée le 14 juillet 2016, que s'il est le père d'un enfant de nationalité française, celui-ci a été confié à la garde de sa grand-mère et qu'il n'établit pas contribuer à l'éducation et aux besoin de son enfant. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, si M. B soutient que l'arrêté litigieux repose sur des faits matériellement inexacts, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-2 de ce code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; () Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ".

6. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. B est père d'un enfant français âgé de 5 ans à la date de la décision attaquée, le juge des enfants, par un jugement du 17 juillet 2020, a renouvelé le placement de l'enfant chez sa grand-mère maternelle et a accordé au père un droit de visite dans le cadre de parloirs, dans un premier temps, puis dans le cadre de visites médiatisées bi-mensuelles dans un second temps. Par ailleurs, M. B a été condamné, le 4 octobre 2019 par la cour d'assises des Alpes-Maritimes à une peine de 6 ans d'emprisonnement pour des faits de viols par personne en état d'ivresse manifeste. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé, âgé de 37 ans, est entré en France en mars 2016, soit depuis 6 ans au plus, que son épouse est décédée le 14 juillet 2016 et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a passé la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, il ressort de l'arrêté attaqué que la commission d'expulsion a émis un avis favorable le 21 mai 2021 en relevant notamment que si l'intéressé effectuerait des versements à la grand-mère maternelle de l'enfant pour pourvoir à ses besoins, il n'a produit aucune pièce permettant d'attester de leur fréquence ni de leur montant. Compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, notamment de la nature et de la gravité des faits reprochés au requérant, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a, par l'arrêté attaqué, sans méconnaître les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, prononcé l'expulsion du territoire français de M. B.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement du titre de séjour :

9. Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () c) au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ".

10. M. B ne peut utilement soutenir qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'article 10 de l'accord franco-tunisien dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé son expulsion conformément aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 5. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien est inopérant et ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

11. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2021 pour la présente instance. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chevalier, conseillère,

assistés de Mme Antoine, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Pascal

L'assesseure la plus ancienne,

signé

G. DurouxLa greffière,

signé

P.-B. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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