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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103159

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103159

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCANDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Candau, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le président de l'Université Côte d'Azur a refusé de reconduire son contrat de travail et rejeté sa demande de requalification en contrat à durée indéterminée, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Université Côte d'Azur de la réintégrer dans ses fonctions de chargée de mission de l'académie Idex " réseaux, information et société numérique " en contrat à durée indéterminée, sous astreinte de 150 euros par jours de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Université Côte d'Azur à lui payer les traitements qu'elle aurait dû percevoir depuis le 1er mars 2021 jusqu'au prononcé du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Université Côte d'Azur la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée de vices de procédure en ce qu'elle est intervenue en méconnaissance des dispositions du IV de l'article 2 du décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 ainsi que des dispositions des article 3-3 1° et 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, l'Université Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure tirés de la méconnaissance de l'article 2 du décret du 19 décembre 2019 et de l'article 3-3 1° du décret du 17 janvier 1986 sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, initialement recrutée par l'Université Côte d'Azur par un contrat à durée déterminée (CDD) pour la période allant du 21 mars 2017 au 28 février 2018 afin d'exercer des fonctions de chargée de mission de l'académie I (académie " réseaux, information et société du numérique "), a ensuite bénéficié, du 1er mars 2018 au 30 avril 2020, d'un engagement similaire pour exercer les fonctions de coordinatrice des relations industrielles et internationales pour l'école de recherche. L'engagement de Mme B s'est poursuivi dans le cadre d'un troisième contrat à durée déterminée pour la période du 1er mars 2020 au 28 février 2021. La possibilité de transformer l'engagement de Mme B en durée indéterminée a été examinée par une commission interne à l'Université Côte d'Azur laquelle, après avoir reçu l'intéressée en entretien le 14 décembre 2020, a décidé qu'en raison de la disparition de la mission de coordinatrice qu'elle occupait, aucun nouveau contrat ne pouvait lui être proposé à l'issue de son 3ème CDD. Par courrier du 17 décembre 2020, le président de l'Université Côte d'Azur a informé Mme B de la non-reconduction de son contrat de travail à l'expiration de son CDD, soit le 28 février 2021. Mme B a formé un recours gracieux par courrier du 10 février 2021 contre cette décision, lequel a été implicitement rejeté en raison du silence gardé par l'Université Côte d'Azur sur cette demande. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 17 décembre 2020 ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a formé un recours gracieux le 10 février 2021 contre la décision du 17 décembre 2020. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être regardées comme dirigées à la fois contre la décision expresse du 17 décembre 2020 et contre la décision implicite du 11 avril 2021 rendue sur recours gracieux, en application du principe énoncé au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant rejet implicite du recours gracieux :

4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux serait entachée, ne peuvent être utilement invoqués. Ainsi, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision implicite du 11 avril 2021 est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 17 décembre 2020 portant refus de renouvellement de son contrat :

5. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le refus de renouvellement du contrat de Mme B est fondé sur la disparition de la mission que cette dernière occupait. Si la requérante soutient que ce motif est erroné et qu'elle aurait dû être munie d'un contrat à durée indéterminée en ce qu'elle a continué d'accomplir certaines tâches après la fin de son 3ème CDD pour l'UCA, les pièces qu'elle verse aux débats, à savoir des échanges de courriers électroniques datés de mars et avril 2021 entre l'université et l'intéressée, relatifs à des transmissions d'information, ne sont pas de nature à démontrer que la relation de travail se serait poursuivie au-delà de l'expiration de sa dernière période de CDD. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit, la décision de non-renouvellement du contrat de Mme B est fondée sur la disparition de la mission que cette dernière occupait. Ainsi, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du président de l'Université Côte d'Azur de ne pas renouveler le contrat de travail de Mme B à l'issue de son 3ème CDD constituerait une mesure disciplinaire, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration pour soutenir que la décision contestée est dépourvue de motivation.

8. En troisième lieu, Mme B soutient que la décision attaquée est entachée de vices de procédure tenant à la méconnaissance, d'une part, des dispositions du IV de l'article 2 du décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019, d'autre part, des dispositions des article 3-3 1° et 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986.

9. D'une part, l'Université Côte d'Azur fait valoir en défense, sans être contredite, que l'emploi occupé par la requérante était financé sur les ressources propres de l'initiative d'excellence (IDEX) de l'Université Côte d'Azur qui n'était pas, à la date de la décision attaquée, définitivement labélisée, de sorte qu'un tel emploi ne pouvait donner lieu à un contrat à durée indéterminée avant sa labélisation définitive. Il suit de là, ainsi que le fait valoir l'Université Côte d'Azur sans contradiction apportée par la requérante, qu'un tel emploi ne relevait pas, à la date de la décision en litige, des emplois permanents de l'Etat.

10. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du IV de l'article 2 du décret du 19 décembre 2019 et de la méconnaissance de l'article 3-3 1° du décret du 17 janvier 1986, lesquels ne sont applicables qu'aux emplois permanents de l'Etat.

11. D'autre part, en vertu de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 : " Lorsque l'agent contractuel est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () / - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. / La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans () ".

12. Il résulte de ces dispositions que la décision de ne pas renouveler le contrat d'un agent employé depuis six ans sous contrat à durée déterminée doit être précédée d'un entretien. Toutefois, hormis le cas où une telle décision aurait un caractère disciplinaire, l'accomplissement de cette formalité, s'il est l'occasion pour l'agent d'interroger son employeur sur les raisons justifiant la décision de ne pas renouveler son contrat et, le cas échéant, de lui exposer celles qui pourraient justifier une décision contraire, ne constitue pas pour l'agent, eu égard à la situation juridique de fin de contrat sans droit au renouvellement de celui-ci, et alors même que la décision peut être prise en considération de sa personne, une garantie dont la privation serait de nature par elle-même à entraîner l'annulation de la décision de non renouvellement, sans que le juge ait à rechercher si l'absence d'entretien a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision. Tel est également le cas du respect du délai de préavis de trois mois dont la méconnaissance n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision de non renouvellement.

13. Une irrégularité affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé les intéressés d'une garantie.

14. En l'espèce, la décision de ne pas renouveler le contrat de Mme B résulte, ainsi qu'il a été dit au point 6, de la disparition de la mission que cette dernière occupait. Dans ces conditions, et s'il est constant que la décision de non-renouvellement de son contrat à échéance n'est pas intervenue dans le délai règlementaire de préavis cité au point 11, cette irrégularité n'a pas été susceptibles d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise et n'a pas privé l'intéressée d'une garantie.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le président de l'Université Côte d'Azur n'a pas renouvelé son engagement au-delà du terme prévu, soit le 21 février 2021, ainsi que de la décision portant rejet implicite de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

17. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'Université Côte d'Azur n'a pas commis d'illégalité fautive en décidant, le 17 décembre 2020, de ne pas renouveler le contrat de Mme B. Par suite, en l'absence de caractérisation d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Université Côte d'Azur, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Université Côte d'Azur à lui payer les traitements auxquels elle estime avoir droit depuis le 28 février 2021.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. D'une part, la présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative par la requérante ne peuvent donc qu'être rejetées.

20. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Université Côte d'Azur, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B, une somme au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Université Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

G. Taormina La greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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