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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103454

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103454

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CICCOLINI J. & C.A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 24 juin 2021 sous le n°2103454, Mme C A, représentée par Me Ciccolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 aout 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2103455 le 24 juin 2021, M. B D, représenté par Me Ciccolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 aout 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Ciccolini, représentant Mme A et M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. D, ressortissants tunisiens nés respectivement le 23 septembre 1985 et le 4 avril 1978, ont sollicité du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d'un titre de séjour. Par deux décisions du 27 avril 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté leur demande. Mme A et M. D demandent chacun au tribunal l'annulation de la décision les concernant.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2103454 et 2103455, présentées par Mme A et M. D, concernent la situation d'un même couple d'étrangers, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si Mme A et M. D font valoir qu'ils sont entrés sur le territoire français en 2014, ils produisent des documents insuffisamment diversifiés et probants pour établir la durée alléguée de leur séjour continu en France. Ils n'allèguent pas d'ailleurs avoir présenté une demande de titre de titre de séjour avant le 20 janvier 2021. Ils n'établissent pas leur intégration sociale et professionnelle en se bornant à faire valoir que M. D dispose d'une promesse d'embauche et que leurs deux filles, respectivement nées en 2015 et en 2017 sont scolarisées depuis septembre 2018 et septembre 2020. Par ailleurs, les requérants n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine. En outre, ils n'établissent pas, ni même n'allèguent, l'existence d'obstacles à la reconstitution de leur cellule familiale dans leur pays d'origine. Ainsi, Mme A et M. D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée au respect de leur droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur leur situation personnelle et celle de leurs enfants.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

6. Les décisions litigieuses qui ne constituent pas des mesures d'éloignement et n'ont par conséquent pas pour effet de séparer les enfants de l'un de leurs parents, ne contreviennent pas à l'intérêt supérieur des enfants et ne méconnaissent ainsi pas les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 27 avril 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A et M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente ;

M. Soli, premier conseiller ;

Mme Kolf, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 octobre 2023.

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

L'assesseur le plus ancien,

signé

P. Soli

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière - 2103455

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