jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2103814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ABID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Abid, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présenté pour son épouse et leur fils mineur ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à son épouse un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- méconnait les dispositions des articles L. 411-1, L. 411-5, R. 411-4 et R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions légales et réglementaires pour être rejoint par son épouse et leur fils mineur ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Le Guennec a été entendu au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité tunisienne né le 11 juillet 1979, a présenté le 7 octobre 2020 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur fils mineur. Le silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur cette demande a fait naître, dans le délai de six mois, en application des dispositions de l'article R. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet dont M. B A demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. En vertu de l'article R. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée, le silence gardé pendant plus de six mois sur la demande de regroupement familial enregistrée le 7 octobre 2020 par M. A a fait naître une décision implicite de rejet le 7 avril 2021. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a demandé au préfet, par un courrier en date du 28 avril 2021 reçue le 29 avril 2021, de lui communiquer les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de regroupement familial. Il est constant que les motifs de la décision n'ont pas été communiqués à l'intéressé dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des moyens, la présente décision implique seulement que l'administration réexamine la demande de M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande de regroupement familial que M. A a présenté le 7 octobre 2020 pour son épouse et leur fils mineur est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes, dans un délai de deux moLe surplus des conclusions de la requête est rejeté.is à compter de la notification de la présente décision, de réexaminer la demande de regroupement familial présentée par M. A.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 600 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république du tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Albu, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
B. Le Guennec
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Albu
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
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