jeudi 30 juin 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2103871 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL NEVEU, CHARLES ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 juillet 2021 et 28 mars 2022, la société Azur conseils, représentée par Me Grech, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a résilié l'habilitation qu'elle détenait pour accéder au système d'immatriculation des véhicules (SIV) ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'autoriser à nouveau par tous moyens son gérant à procéder aux opérations d'immatriculation dans le SIV ou par le biais de la plateforme dématérialisée de l'ANTS, sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les manquements constatés soit ne sont pas avérés, soit sont le fait de son prestataire de services et de ses clients ;
- la décision de résiliation est disproportionnée dès lors qu'aucune irrégularité ne lui a jamais été reprochée par le passé alors qu'elle exerce cette activité depuis près de sept années et qu'elle traite environ 7 000 dossiers par année civile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2022 :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Grech, représentant la société requérante.
Considérant ce qui suit :
1. La société Azur Conseils a conclu avec l'Etat, le 23 septembre 2014, une convention d'habilitation individuelle " professionnel de l'automobile " n° 141764, l'autorisant à recueillir l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation d'un véhicule et à les transmettre au système d'immatriculation des véhicules (SIV). À la suite d'un contrôle effectué le 29 mars 2021, les services de la préfecture des Alpes-Maritimes ont constaté plusieurs manquements à la réglementation et l'ont invitée à participer à une réunion contradictoire le 8 juin 2021 pour faire valoir ses explications. Par une décision du 14 juin 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à la résiliation de la convention d'habilitation individuelle conclue avec la société Azur Conseils pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules. Le juge des référés du tribunal administratif de Nice, saisi par la société Azur Conseils, a ordonné la suspension de la décision de résiliation du 14 juin 2021. Par le présent recours, la société Azur Conseils demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 14 juin 2021.
Sur les conclusions d'annulation :
2. D'une part, aux termes du I de l'article R. 322-1 du code de la route : " Tout propriétaire d'un véhicule à moteur autre qu'un cyclomobile léger, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité () / Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article R. 322-4 de ce code : " I. - En cas de changement de propriétaire d'un véhicule soumis à immatriculation et déjà immatriculé, l'ancien propriétaire doit effectuer, dans les quinze jours suivant la cession, une déclaration au ministre de l'intérieur l'informant de cette cession et indiquant l'identité et le domicile déclarés par le nouveau propriétaire. () / II. - L'ancien propriétaire effectue la déclaration mentionnée au I soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". Et selon l'article R. 322-5 du même code : " I. - Le nouveau propriétaire d'un véhicule déjà immatriculé doit, s'il veut le maintenir en circulation, faire établir, dans un délai d'un mois à compter de la date de la cession, un certificat d'immatriculation à son nom dans les conditions prévues à l'article R. 322-1. / Cette demande est adressée au ministre de l'intérieur soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". Le chapitre 12 de cet arrêté du 9 février 2009 traite de l'habilitation des professionnels de l'automobile pour exercer cette activité d'intermédiaire pour le compte du ministère de l'intérieur et des usagers.
4. La convention d'habilitation " professionnel de l'automobile ", conclue le 23 septembre 2014 entre la société Azur Conseils et l'Etat, définit les obligations du professionnel habilité. A cet égard, l'article IV de cette convention précise que : " Le professionnel habilité s'engage à : / - proposer au client d'effectuer les démarches liées aux opérations d'immatriculation pour son compte et lui demander de signer, après vérification de son identité, le mandat () ; / - informer le client des pièces telles que définies par voie règlementaire à fournir pour une opération d'immatriculation ; / - refuser l'immatriculation de toute demande présentant un doute sur la qualité et l'authenticité des pièces justificatives présentées et en avertir la préfecture territorialement compétente ; / - transmettre au SIV les données nécessaires aux opérations d'immatriculation des véhicules dans le respect de la règlementation et des règles de fonctionnement du système telles que précisées dans l'annexe technique () ". Enfin, l'article X de la convention stipule que : " En cas de manquements sérieux et/ou répétés aux obligations à la présente convention du professionnel habilité, le préfet territorialement compétent organise une procédure contradictoire préalable, conforment à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, pour mettre un terme à ces manquements. En cas d'échec avéré de cette procédure contradictoire préalable, le préfet peut suspendre ou moyennant le respect d'un préavis de 2 mois, notifier par lettre recommandée avec accusé de réception la résiliation de cette convention () ".
5. Pour prendre la décision contestée, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait que plusieurs manquements de la société Azur Conseils dans le cadre de son activité d'immatriculation des véhicules avaient pu être constatés à la suite du contrôle effectué le 29 mars 2021, à savoir des saisies d'informations erronées relatives aux contrôles techniques, des pièces justificatives manquantes et des anomalies ou incohérences dans certains documents justificatifs.
6. En l'espèce, la requérante soutient que sur les 12 anomalies constatées, certaines ne sont pas avérées, et les autres ne lui sont pas imputables, celles-ci étant soit le fait des clients ayant fourni de faux contrôles techniques, soit le fait d'un de ses prestataires ayant commis sur 7 des 12 dossiers des erreurs de saisies, soit le fait d'une mise en attente des dossiers en cas de paiement par chèque ou espèces. Toutefois, d'une part, il lui appartenait, en sa qualité de professionnel habilité, de s'assurer de l'authenticité des documents reçus avant de procéder à la saisie des données dans le SIV. D'autre part, la circonstance que certaines des irrégularités auraient été commises par un de ses prestataires est sans incidence, la requérante étant le seul professionnel habilité par l'administration par la convention du 23 septembre 2014. De même, la circonstance que des anomalies dans les saisies d'informations relatives aux contrôles techniques seraient liées à la mise en attente de dossiers en cas de paiement par les clients en espèces ou chèque est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il s'ensuit que la société requérante a commis des manquements aux obligations contractuelles prévues à l'article 4 de la convention conclue avec l'Etat. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation.
7. Il ressort cependant des pièces du dossier que les manquements constatés par le préfet des Alpes-Maritimes ne portent que sur 12 dossiers d'immatriculation alors qu'elle fait valoir, sans être contredite sur ce point, traiter en moyenne 7 000 dossiers par année civile. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la société requérante était titulaire de l'habilitation depuis un peu moins de 7 ans et qu'aucun manquement n'a été constaté lors de précédents contrôles. Dans ces conditions, la mesure attaquée est entachée de disproportion. La société requérante est ainsi fondée à soutenir que la décision du 14 juin 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a résilié son habilitation pour accéder au SIV est entachée de disproportion et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 14 juin 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. L'annulation de la décision du 14 juin 2021 n'implique, eu égard à ses effets, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par la société requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Azur Conseils et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 juin 2021 du préfet des Alpes-Maritimes portant résiliation de la convention d'habilitation conclue le 23 septembre 2014 entre la société Azur Conseils et l'Etat est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à la société Azur Conseils la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Azur Conseils et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Faucher, première conseillère,
Mme Gazeau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.
La rapporteure,
signé
D. A
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
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01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026