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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103876

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103876

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLENDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2021, M. A D, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé la sanction disciplinaire de huit jours de cellule disciplinaire prise à son encontre le 16 avril 2021 par la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer de son dossier toute mention relative à cette procédure disciplinaire et à la sanction prononcée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que ni lui ni son avocate n'ont été en mesure de prendre connaissance de son dossier disciplinaire au moins vingt-quatre heures avant le début de la commission de discipline, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, du paragraphe 2.6.1.3 de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures, de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les comptes-rendus d'incident ne comportent pas l'identité de leur auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-1 du code des relations entre le public et l'administration et il n'est pas établi que leur auteur n'aurait pas siégé lors de la commission de discipline en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7 -13 du code de procédure pénale ;

- la décision attaquée méconnait les droits de la défense dès lors que sa demande de visionnage des images de vidéosurveillance n'a pas été satisfaite ;

- la matérialité des faits qui ont fait l'objet de la sanction litigieuse sur le fondement des dispositions du 12° de l'article R. 57-7-1 et du 15° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale n'est pas établie ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que la détention d'une casquette ne pouvait être qualifiée de faute disciplinaire au sens du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale mais constitue, tout au plus, une faute du troisième degré prévu au 1° de l'article R. 57-7-3 de ce même code alors, qu'en tout état de cause, il n'avait pas connaissance qu'un tel fait était prohibé par le règlement intérieur de l'établissement, faute de publicité suffisante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 janvier 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse du 27 mars 2020 au 25 août 2021, demande au tribunal d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé la sanction disciplinaire de huit jours de cellule disciplinaire prise à son encontre le 16 avril 2021 par la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes / () ". En outre, aux termes de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'accès aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration :/ 1° Par consultation gratuite sur place, sauf si la préservation du document ne le permet pas ; / () 3° Par courrier électronique et sans frais lorsque le document est disponible sous forme électronique ; / () ".

3. D'une part, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. En outre, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures, qui ne contient aucune mesure impérative mais se borne à adresser des recommandations aux services.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D a été convoqué le 8 avril 2021 à 16h00 afin de comparaitre devant la commission de discipline le 16 avril suivant à 8h30 et a été informé, à cette occasion, des faits qui lui étaient reprochés et de leur qualification juridique, soit dans un délai supérieur à vingt-quatre heures. Ce délai ne s'applique qu'à la convocation du détenu lui-même et non à celle de son avocat. En outre, si les dispositions citées au point 2 de ce jugement permettent à l'avocat du détenu de consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, aucune disposition législative, ni réglementaire n'impose en revanche qu'une copie du dossier ne lui soit communiquée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre les pièces de son dossier le 8 avril 2021 à 16h00, que son conseil a pu, en tout état de cause, utiliser à l'appui de ses observations faites le 16 avril 2021 lors de la commission de discipline.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans ses différentes branches.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 726 du code de procédure pénale : " Le régime disciplinaire des personnes détenues placées en détention provisoire ou exécutant une peine privative de liberté est déterminé par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret précise notamment : / () 4° La procédure disciplinaire applicable, au cours de laquelle la personne peut être assistée par un avocat choisi ou commis d'office, en bénéficiant le cas échéant de l'aide de l'Etat pour l'intervention de cet avocat. Ce décret détermine les conditions dans lesquelles le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition et celles dans lesquelles l'avocat, ou l'intéressé s'il n'est pas assisté d'un avocat, peut prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense, sous réserve d'un risque d'atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ; / () ". Aux termes du IV l'article R. 57-7-16 de ce même code : " IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire. ".

7. Il résulte de ces dispositions que si la procédure a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéo protection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. En revanche, dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il appartient à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utile aux besoins de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à de telles demandes au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la procédure disciplinaire lancée à l'encontre du requérant à la suite des incidents du 21 mars 2021, n'a pas été engagée à partir des enregistrements des caméras de surveillance de l'établissement. En outre, s'il ressort des termes du rapport d'enquête que M. D a invité à regarder les caméras pour corroborer sa version des faits, l'intéressé ne peut toutefois être regardé comme ayant formulé expressément une demande d'accès aux images de la vidéosurveillance. Dans ces conditions et alors que les enregistrements de la vidéosurveillance n'ont pas servi de fondement aux poursuites et qu'il résulte de ce qui a été au point 4 de ce jugement que l'intégralité du dossier de la procédure disciplinaire a été communiquée à M. D, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que ses droits de la défense auraient été méconnus. Ce moyen doit dès lors être écarté.

9. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Dans ses relations avec l'une des autorités administratives mentionnées à l'article premier, toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. ".

10. Si les dispositions citées au point précédent sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'auteur du compte-rendu d'incident a signé le document de son numéro de matricule et était donc parfaitement identifiable. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. D'autre part, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident a été rédigé par le surveillant portant le matricule n° 54637, alors que l'assesseur pénitentiaire lors de la commission de discipline 16 avril 2021 portait le matricule n°52579. Dès lors, le moyen tiré d'une prétendue irrégularité de la composition de la commission de discipline manque en fait et doit, par suite, être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 de ce même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / () 15° De provoquer un tapage de nature à troubler l'ordre de l'établissement ; / () ".

14. D'une part, le requérant a fait l'objet d'une sanction de huit jours de cellule disciplinaire en raison, notamment, d'insultes et de menaces proférées à l'égard d'un agent de l'administration pénitentiaire le 21 mars 2021, tel que cela ressort du rapport d'incident établi le lendemain par l'agent concerné par ces faits. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 de ce jugement que le requérant ne peut utilement soutenir que la matérialité de ces faits n'est pas établie en l'absence de consultation des images de vidéosurveillance. En outre, l'intéressé reconnait lui-même s'être énervé lors de cet incident du 21 mars 2021 alors que le détenu M. C B, entendu comme témoin, a reconnu un climat " tendu " lors de ce même incident. Dès lors, au regard de ces circonstances et au fait que l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés dans le compte-rendu d'incident litigieux, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise sur le fondement de faits inexacts.

15. D'autre part, il est également reproché à l'intéressé des faits de tapage, qui ont non seulement occasionné des nuisances sonores mais également des troubles dans le bon fonctionnement de la détention. Si le requérant conteste la matérialité de ces faits, il ressort toutefois du rapport d'enquête qu'il a expressément reconnu avoir frappé à la porte de sa cellule en raison de son état d'énervement. Dès lors, au regard de cette déclaration et alors qu'il n'apporte aucun autre élément à l'appui de ses allégations, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la matérialité de ces faits ne serait pas établie.

16. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse se fonde sur des faits matériellement inexacts doit être écarté dans ses deux branches.

17. En dernier lieu, aux termes du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, alors applicable au litige : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ".

18. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le 21 mars 2021, lors du sondage des barreaux, M. D détenait, à l'intérieur de sa cellule une casquette, ce que reconnait d'ailleurs l'intéressé. Or, le port d'un tel objet au sein de l'établissement rendant non seulement plus difficile l'identification des personnes détenues mais pouvant également être utilisé à des fins de dissimulation d'objets ou de produits interdits, constitue une faute disciplinaire du deuxième degré en application des dispositions précitées de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale. Si le requérant soutient, au cours de cette instance, qu'il n'avait pas connaissance de l'interdiction de détenir un tel objet au sein de la maison d'arrêt de Grasse, il ressort pourtant de ses propres déclarations lors de la commission de discipline du 16 avril 2021 que le surveillant, auteur des rapports d'incident ayant conduit à la procédure disciplinaire litigieuse, avait, une semaine auparavant, déjà tenté de lui confisquer cet objet qu'il avait caché. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 27 mai 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 février 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière

N°2103876

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