jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2103896 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CHADAM-COULLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2021 et le 30 juillet 2022, Mme B D, représentée par Me Chadam-Coullaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juin 2021 par laquelle le ministre de la justice a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de prononcer sa réintégration à compter du 1er mai 2021, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à lui une somme de 4555 euros au titre de la rémunération non perçue depuis le mois de mai 2021, une somme de 21 864 euros au titre de son préjudice moral, et une somme de 21 864 euros en indemnisation du harcèlement moral subi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée dans la mesure où elle ne mentionne pas la demande de " redoublement " émise par le directeur de la maison d'arrêt de Grasse, ni les appréciations positives et lettres de félicitation figurant dans son dossier ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'irrégularité de procédure dès lors que l'on ignore quelles informations ont été communiquées à la commission administrative paritaire ; en outre, un arrêté de radiation des cadres a été pris plus de deux mois après que la commission administrative paritaire ne se soit réunie ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où une décision de redoublement aurait pu être prise, où elle a fait l'objet d'appréciations positives jusqu'à ce que la direction ne soit informée de la relation qu'elle entretient avec un détenu d'une autre maison d'arrêt, où ses collègues attestent de son investissement professionnel et où sa hiérarchie aurait dû prendre en compte les difficultés rencontrées au sein de la maison d'arrêt ; la prime exceptionnelle de 660 euros perçue en août 2020 atteste de la satisfaction de sa hiérarchie ;
- elle justifie d'un préjudice en lien avec les décisions contestées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chadam-Coullaud, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été nommée en qualité de stagiaire dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire à compter du 9 mars 2020 et a été affectée à la maison d'arrêt de Grasse. Par un arrêté du 11 juin 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle et l'a radiée des cadres du ministère de la justice à compter du 1er mai 2021. Mme D a sollicité la suspension de cette décision. Par une ordonnance n° 2103897 du 10 août 2021, le juge des référés a rejeté sa requête. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cette même décision.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par Mme A C, adjointe au chef de bureau de la gestion des personnels et de l'encadrement, qui justifie d'une délégation du garde des sceaux en date du 8 mars 2021, régulièrement publiée au journal officiel de la république française du 10 mars 2021, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions à l'exclusion des décrets relevant de la sous-direction des ressources humaines et des relations sociales. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque dès lors en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. Ainsi, la décision refusant de le titulariser à l'issue du stage n'a pour effet, ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait pour lui un droit ni, dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Une telle décision n'est, dès lors, pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, la décision en litige reprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et précise, notamment, que l'intéressée a rencontré des difficultés de communication et de positionnement, qu'elle n'a pas démontré sa capacité à apporter un comportement professionnel adéquat, à s'intégrer et à travailler en équipe, qu'à l'issue de son stage, ses pratiques ont été jugées moyennes voire médiocres. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, elle n'est pas - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations.
5. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.
6. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Les élèves dont la scolarité a donné satisfaction sont nommés surveillants stagiaires et affectés selon leur rang de classement dans un établissement pénitentiaire ou tout autre service relevant de l'administration pénitentiaire. Ils sont classés à l'échelon de stagiaire du grade de surveillant.". Aux termes de l'article 9 de ce même décret: " Le stage dure un an. / Les stagiaires dont le stage a été jugé satisfaisant sont, après avis de la commission administrative paritaire compétente, titularisés et classés selon les modalités prévues par le chapitre IV du présent titre. Ceux qui ne sont pas titularisés à l'issue du stage peuvent être autorisés à accomplir un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. / Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire ou dont le stage complémentaire n'a pas donné satisfaction sont, après avis de la commission administrative paritaire, soit licenciés s'ils n'avaient pas la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine selon les dispositions qui leur sont applicables ".
7. En l'espèce, il est constant que la commission administrative paritaire s'est prononcée le 4 février 2021 en faveur du licenciement de Mme D. Si cette dernière soutient qu'elle ignore quels éléments ont été portés à la connaissance de la commission, aucune disposition n'imposait à l'administration de lui délivrer une telle information. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de la commission, que les membres présents ont été dûment informés de la teneur des rapports de stage du 3eme et du 6eme mois ainsi que des incidents survenus au cours du stage, que la situation de Mme D a fait l'objet d'une attention particulière et d'un examen approfondi. La procédure n'est ainsi entachée d'aucune erreur de droit ni irrégularité. En outre, la circonstance que la radiation des cadres ait été prononcée deux mois après que la commission ait rendu son avis est sans effet sur la légalité de la décision en litige.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a manifesté, dès le début de son stage, des difficultés de positionnement. Son évaluation du troisième mois relève qu'en dépit de sa bonne volonté, elle doit améliorer sa communication envers sa hiérarchie, ses collègues de travail et la population pénale, son positionnement pouvant évoquer une certaine désinvolture. Elle est également invitée à prendre du recul sur les évènements de la détention et à agir dans le respect des règles, ainsi qu'à prendre en compte les conseils et remarques de ses collaborateurs. Son évaluation du sixième mois relève que son positionnement n'est pas adéquat, qu'elle se laisse manipuler par les détenus, ne s'est pas intégrée au sein des équipes de travail, alimentant des situations conflictuelles puériles, se défie de sa hiérarchie et n'en prend pas en compte les remarques, fait souvent preuve de grossièreté et d'impulsivité. Enfin, son rapport du 9eme mois conclut à une dernière partie de stage décevante, un manque de dynamisme et d'intérêt pour le métier et un positionnement inadéquat face à la population carcérale. Les compétences observées sur ces trois périodes sont majoritairement évaluées à moyen ou " med ", soit une évaluation située entre moyen et mauvais, voire mauvais. En outre, Mme D s'est signalée par un comportement agressif et inapproprié après avoir fait l'objet d'insultes de la part d'un détenu mineur. Elle a par ailleurs méconnu les règles déontologiques de la profession en ne faisant pas état de sa relation avec un détenu et en le contactant sciemment et régulièrement sur un téléphone portable alors même que l'usage en détention en est prohibé. L'ensemble de ces éléments démontre des difficultés majeures de positionnement et d'adaptation au contexte professionnel des fonctions auxquelles elle prétend. Dans ces conditions, l'administration, qui n'était pas tenue de lui accorder une prolongation de stage, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant son licenciement pour insuffisance professionnelle.
9. Les conséquences préjudiciables pour l'intéressée de son licenciement, aussi regrettables soient elles, sont sans effet sur la légalité de cette décision.
10. Enfin, si Mme D soutient avoir fait l'objet de harcèlement de la part de sa hiérarchie, elle ne fait état d'aucun élément susceptible de faire présumer l'existence de tels agissements.
Il. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et, par suite, d'injonction, présentées par Mme D, doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. Compte-tenu de ce qui a été dit plus haut, Mme D ne démontre pas l'existence d'un préjudice en lien avec une faute de l'administration. Par suite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que les frais liés à l'instance soient mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente ,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. E
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert La greffière,
signé
B.P. Antoine
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
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01/06/2026