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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103961

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103961

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBLUM-ENGELHARD-DE CAZALET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me de Cazalet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle l'Université Côte d'Azur l'a informé du versement d'un trop-perçu de 16 387,42 euros à son profit et l'a invité à régler cette somme auprès de l'agent comptable de l'Université Côte d'Azur, ainsi que la décision portant rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Université Côte d'Azur à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Université Côte d'Azur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a droit, en application des dispositions du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, à l'intégralité de son salaire pendant une durée de 3 mois puis la moitié de celui-ci pendant les 9 mois suivants ; l'Université Côte d'Azur a ainsi commis une erreur de droit en ne lui appliquant pas le régime applicable aux fonctionnaires détachés ;

- dans ces conditions, elle n'est pas redevable de la somme de 16 387,42 euros ;

- au surplus, une somme de 12 900,55 euros a été déjà été recouvrée ;

- cette décision constitue une manœuvre pour affecter son état de santé déjà très fragile ; l'Université Côte d'Azur doit ainsi être condamnée à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, l'Université Côte d'Azur, représentée par Me Laridan, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 600 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des frais liés au litige.

L'Université Côte d'Azur fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables à défaut de décision prise sur une demande préalable ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 avril 2021 sont vouées au rejet dès lors que le moyen soulevé est inopérant en ce que la requérante avait la qualité d'agent contractuel et n'était donc pas soumise à la loi du 11 janvier 1984.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 avril 2021 qui constitue une mesure préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.

Des observations, enregistrées le 26 juin 2023, ont été produites par la requérante en réponse au moyen d'ordre public relevé d'office par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Engelhard, représentant Mme A, et de Me Ratouit, représentant l'Université Côte d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, médecin territorial de 1ère classe de la fonction publique territoriale, a été recrutée par l'Université Côte d'Azur par la voie du détachement pour un contrat d'une durée de trois ans à compter du 1er février 2019 en qualité de médecin directeur du service de santé universitaire. Mme A a été placée en arrêt de travail du 18 juin 2020 au 31 janvier 2021, date de rupture anticipée de son contrat de travail faite sur demande de l'intéressée. Par courrier du 6 avril 2021, l'Université Côte d'Azur a informé Mme A de ce qu'elle avait perçu à tort la somme de 29 287,97 euros, que l'intégralité de cette somme n'avait pu être récupérée sur sa paye avant la fin de son détachement et qu'en conséquence, aux fins de recouvrer le solde du trop-perçu s'élevant à 16 387,42 euros, il lui appartenait de régler ladite somme auprès de l'agent comptable de l'Université par virement ou chèque bancaire. Par ce courrier, l'Université Côte d'Azur a également informé Mme A de la transmission prochaine des factures correspondantes au trop-perçu. Mme A a formé un recours gracieux le 14 avril 2021, réceptionné par l'Université Côte d'Azur le 15 avril suivant, auquel il n'a pas été répondu explicitement. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision révélée par le courrier du 6 avril 2021 et de condamner l'Université Côte d'Azur à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut de liaison du contentieux :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

3. Si Mme A a formé, le 14 avril 2021, un recours gracieux auprès de l'Université Côte d'Azur aux fins de révision du décompte du trop-perçu dont le remboursement lui a été demandé par courrier du 6 avril 2021, elle n'a cependant pas demandé dans ce recours la réparation de préjudices qu'elle estime avoir subis. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que la requérante aurait saisi l'Université Côte d'Azur d'une telle demande par un autre courrier. Dès lors, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut de liaison du contentieux.

Sur l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation :

4. Par courrier du 6 avril 2021, l'Université Côte d'Azur a, d'une part, informé Mme A de ce qu'elle avait perçu à tort la somme de 29 287,97 euros au titre des traitements alors qu'elle se trouvait placé en congé de maladie ordinaire et qu'une partie de cette somme, soit 16 387,42 euros, restait à rembourser, d'autre part, annoncé l'émission prochaine à son encontre d'un courrier de l'agent comptable de l'établissement comportant la facture correspondante à ce trop-perçu qu'elle devra alors régler par virement ou par chèque bancaire. Eu égard à son contenu, ce courrier, qui n'a d'autre finalité que de préparer l'établissement du titre de recettes, constitue ainsi un acte préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux. Par suite, les conclusions dirigées contre le courrier du 6 avril 2021, et, partant, contre la décision portant rejet implicite du recours gracieux formé contre ce courrier, sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Université Côte d'Azur, qui n'est pas la partie perdante, la somme que Mme A demande sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros à verser l'Université Côte d'Azur au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à l'Université Côte d'Azur la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Université Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

G. Taormina La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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