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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104053

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104053

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Liger, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé le recours abusif à des contrats à durée déterminée à l'occasion de l'interruption de la relation d'emploi, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable ;

2°) de condamner la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins à lui verser la somme de 2 500 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'absence d'entretien préalable à la décision de non-renouvellement de son contrat, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable ;

3°) de condamner la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'absence d'entretien annuel professionnel, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable ;

4°) d'ordonner la capitalisation des intérêts échus à la date du 21 avril 2022 puis à chaque échéance annuelle ;

5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la collectivité a commis une faute, en ne la titularisant pas alors qu'elle était employée depuis huit ans et en évaluant ses droits au regard de son statut de contractuelle et non de celui de fonctionnaire dont elle aurait dû bénéficier ; elle a subi un préjudice lié à son incertitude professionnelle, l'impossibilité de souscrire un prêt ou des désagréments liés à la perte soudaine d'une activité et de revenus ; ce préjudice peut être évalué à la somme de 25 000 euros ;

- en poste depuis plus de trois ans, elle aurait dû bénéficier d'un entretien préalable à l'édiction de la décision de non-renouvellement de son contrat ; en l'absence d'entretien préalable, elle n'a pu faire valoir ses droits, ce qui lui a causé un préjudice évalué à hauteur de 2 500 euros ;

- n'ayant pas bénéficié d'entretien professionnel, elle n'avait aucune connaissance de l'insatisfaction de sa hiérarchie et a été privée d'une chance de modifier sa manière de servir ; elle se trouve également privée de la capacité de justifier de ses compétences dans le cadre de sa recherche d'emploi ; son préjudice à ce titre peut être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2023, la communauté d'agglomération Cannes, pays de Lérins conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Liger, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mai 2013, Mme B a été recrutée, en application de l'article 3 alinéa 5 de la loi du 26 janvier 1984, en contrat à durée déterminée par le syndicat intercommunal des transports publics de Cannes-le Cannet- Mandelieu- La Napoule en qualité d'ambassadrice, dans le cadre d'une opération relative au bus à haut niveau de service. Elle percevait à ce titre une rémunération assise sur l'indice 463 du grade de rédacteur territorial et occupait ainsi des fonctions équivalentes à celles d'un agent de catégorie B. Par un arrêté du 30 janvier 2014, la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins a renouvelé le contrat de l'intéressée, qui a été renouvelé sous le régime de l'article 3-1° de la loi du 26 janvier 1984, pour une durée d'un an le 30 avril 2014. A compter du 1er mai 2015, Mme B a été recrutée, en application de l'article 3-3 2° de la loi du 26 janvier 1984, sur un emploi de chargée de communication interne relevant de la catégorie A pour une durée de trois ans, renouvelé le 1er mai 2018 pour une nouvelle durée de trois ans. Par une décision du 26 janvier 2021, la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins a décidé de ne pas renouveler son contrat. Par une correspondance du 10 février 2021, Mme B a introduit un recours gracieux contre cette décision. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Par un nouveau courrier du 20 avril 2021, reçu par la collectivité le 21 avril 2021, l'intéressée a introduit une demande préalable en vue d'obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. La communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins a rejeté cette demande le 21 juin 2021. Mme B demande au tribunal de condamner la communauté Cannes pays de Lérins à lui verser une somme de 32 500 euros en indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'indemnisation sollicitée au titre de la non requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version en vigueur du 14 mars 2012 au 8 août 2019 : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; /2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. ". Aux termes de l'article 3-3 de cette loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; / 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ". Il résulte de ces dispositions que les collectivités territoriales de plus de 2 000 habitants ne peuvent recruter par contrat à durée déterminée des agents non titulaires que, d'une part, en vue d'assurer des remplacements momentanés ou d'effectuer des tâches à caractère temporaire ou saisonnier définies à ces alinéas et, d'autre part, dans le cadre des dérogations au principe selon lequel les emplois permanents sont occupés par des fonctionnaires, lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer certaines fonctions, ou lorsque, pour des emplois de catégorie A, la nature des fonctions ou les besoins des services le justifient. Dans ce dernier cas, les agents recrutés sont engagés par des contrats à durée déterminée, d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables, par reconduction expresse. La durée des contrats successifs ne peut excéder six ans. Si, à l'issue de la période maximale de six ans, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. Ces dispositions se réfèrent ainsi, s'agissant de la possibilité de recourir à des contrats à durée déterminée, à des " raisons objectives ". Elles ne font nullement obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il incombe au juge, pour apprécier si le renouvellement des contrats présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B a été recrutée en qualité d'ambassadrice pour pourvoir à l'accroissement d'activité temporaire induit par la conduite de l'opération " bus à haut niveau de service " par deux contrats à durée déterminée du 30 avril 2013 et 30 janvier 2014. Le recours à ces contrats n'apparaît, dès lors, pas abusif. En revanche, l'administration ne démontre pas qu'avant de la recruter, en application de l'article 3-3 2° de la loi du 26 janvier 1984, sur un emploi de catégorie A par contrat à durée déterminée du 1er mai 2015 puis du 1er mai 2018, elle aurait tenté de le pourvoir par un fonctionnaire. Par suite, ces emplois permanents ne pouvaient être pourvus par un agent contractuel.

4. Cependant, aux termes de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur issue de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, repris à l'article L. 332-10 du code général de la fonction publique : " II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée./ La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3, à l'exception de ceux qui le sont au titre du II de l'article 3. Elle inclut, en outre, les services effectués au titre du deuxième alinéa de l'article 25 s'ils l'ont été auprès de la collectivité ou de l'établissement l'ayant ensuite recruté par contrat. / Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps non complet et à temps partiel sont assimilés à des services effectués à temps complet. ". Le droit ouvert aux agents contractuels défini par ces dispositions légales est conditionné à une durée de services publics effectifs, nécessairement accomplis par l'agent auprès du même département ministériel, de la même autorité publique ou du même établissement public. Il est également conditionné à la continuité du niveau des fonctions exercées ".

5. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il est dit au point 1, que Mme B a été recrutée le 2 mai 2013 par le syndicat intercommunal des transports publics de Cannes-le Cannet- Mandelieu- La Napoule sur des fonctions d'ambassadrice du bus à haut niveau de service relevant de la catégorie B, que ce contrat a été repris par la communauté d'agglomération de Cannes pays de Lérins le 30 juin 2014, que toutefois à compter du 1er mai 2015, Mme B a évolué vers des fonctions de chargé de communication interne impliquant des missions plus complètes et complexes, relevant de la catégorie A. Ainsi, lorsque le 26 janvier 2021, l'administration a décidé de ne pas renouveler son contrat, elle ne justifiait pas d'une durée de service effective de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique et ne pouvait ainsi prétendre à la requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée.

6. En tout état de cause, Mme B, qui se borne à soutenir avoir subi un préjudice à raison de son incertitude professionnelle et de l'impossibilité d'obtenir un prêt, qu'au demeurant elle n'allègue pas avoir sollicité, ne démontre pas l'existence d'un quelconque préjudice en lien avec la faute alléguée.

Sur l'indemnisation demandée au titre de l'absence d'entretien préalable :

7. Mme B soutient que l'administration aurait décidé de ne pas procéder au renouvellement de son contrat au terme d'une procédure irrégulière. Aux termes de l'article 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 : " I. Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. ". Il résulte de ces dispositions, que la décision d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public de ne pas renouveler le contrat d'un agent employé depuis trois ans sous contrat à durée déterminée doit être précédée d'un entretien. Mme B qui avait bénéficié de plusieurs contrats successifs, dont le dernier d'une durée de trois ans, entrait donc dans le champ d'application des dispositions précitées et devait bénéficier d'un entretien préalable à la décision de non-renouvellement de son contrat.

8. Il résulte de l'instruction que l'intéressée a été reçue le 18 janvier 2021. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas été informée de l'objet de cet entretien au préalable, ni n'a été reçue par des supérieurs hiérarchiques aptes à se prononcer sur le renouvellement de son contrat, elle ne fait état d'aucun élément susceptible d'exercer une influence sur cette décision, dont elle n'aurait pu se prévaloir dans le cadre de cet entretien, ou dont la teneur n'aurait pas été prise en compte. Aussi, elle ne démontre pas l'existence d'un lien entre la faute et le préjudice allégués. Par suite, ses conclusions tendant au versement d'une somme de 2 500 euros au titre de la perte de chance de se défendre doivent être rejetées.

Sur l'indemnisation demandée au titre du défaut d'entretien professionnel :

9. Aux termes de l'article 1-3, I du décret n°88-145 du 15 février 1988: " I. Les agents recrutés sur un emploi permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. ".

10. Il n'est pas contesté en l'espèce, que la requérante n'a pas bénéficié d'un tel entretien depuis l'année 2017. Mme B soutient d'une part, qu'elle a ainsi été privée de la possibilité d'adapter sa manière de servir, d'autre part, qu'elle se trouve désormais dans l'impossibilité de justifier de ses capacités dans le cadre de sa recherche d'emploi.

11. Elle ne démontre toutefois pas, ni même n'allègue, que l'un des employeurs potentiels auprès de qui elle aurait pu faire acte de candidature ait sollicité la transmission de ses compte-rendu d'entretien professionnel passés. Par ailleurs, aussi regrettable que soit la carence ainsi relevée, Mme B ne démontre pas qu'elle soit à l'origine du préjudice allégué de 5 000 euros. Par suite, ses conclusions formulées à ce titre doivent être rejetées.

12. Compte-tenu de ce qui précède, la requête de Mme B doit être rejetée, ensemble ses conclusions formulées au titre des frais liés à l'instance.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la communaute d'agglomération Cannes pays de Lérins.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023 .

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

Le président,

signé

G. Taormina La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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