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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104089

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104089

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, pendant le réexamen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 1er juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Almairac, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 9 avril 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Si la requérante soutient que la décision du 9 avril 2021 est entachée d'un défaut de motivation et fait apparaître les motifs de refus par des cases cochées sur un imprimé type, cette décision expose néanmoins les circonstances de fait propres à sa situation personnelle notamment qu'elle ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'elle n'a pas entamé de démarches pour régulariser sa situation avant 2021, que son intégration est insuffisamment caractérisée, qu'aucun élément n'atteste de son intégration professionnelle, que sa situation ne justifie pas d'une admission exceptionnelle au séjour, que la scolarisation de ses enfants ne permet pas à elle seule de régulariser sa situation sur le territoire français et qu'enfin elle ne démontre pas que celle-ci ne pourrait pas se poursuivre convenablement dans son pays d'origine. Ainsi, cette décision, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont l'autorité administrative pourrait avoir connaissance, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen personnel de la situation de Mme A.

5. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision en litige est entachée d'une première erreur de fait en ce que le préfet aurait mentionné à tort qu'elle n'a pas entamé de démarches pour régulariser sa situation avant 2021. Si la requérante verse aux débats une attestation d'habitat citoyenneté datée de 2016, celle-ci n'est toutefois pas relative à la réalisation de démarches pour régulariser sa situation administrative par un dépôt de demande de titre de séjour. En outre, si elle se prévaut également d'une attestation du COVIAM de 2016 pour justifier avoir déposé une demande de titre de séjour, cette attestation indique seulement que les démarches de régularisation ont été entamées. Par suite, par les pièces produites, la requérante n'établit pas avoir déposé une demande de titre de séjour avant 2021.

6. En revanche, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une seconde erreur de fait en ce que le préfet a mentionné à tort, d'une part, qu'elle ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine alors que ses parents sont décédés, ce qu'elle justifie par les pièces versées aux débats. Dans ces conditions, cette décision est entachée d'une erreur de fait. Toutefois, il résulte de l'instruction que par les autres motifs mentionnés dans l'arrêté, le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision portant refus de titre de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'existence d'erreurs de fait ne peut, dans ces conditions qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa numérotation applicable (devenu L. 423-23) : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme A soutient résider en France depuis février 2016, date à laquelle elle a rejoint son époux, lequel a acquis la nationalité italienne et travaille en France comme salarié détaché. Elle fait également état de la présence en France à leurs côtés de leurs deux enfants, nés en 2008 et 2018, et scolarisés en France depuis 2015. Toutefois, par les pièces versées aux débats, essentiellement composées d'ordonnances médicales, de documents bancaires, de documents relatifs à la scolarisation de ses enfants et d'avis d'imposition, qui sont de nature peu variée et insuffisamment probantes, elle ne démontre pas la réalité de sa présence en France depuis 5 ans ni y avoir fixé le centre de ses intérêts personnels familiaux de manière habituelle, quand bien même ses parents sont décédés. Si elle fait état de l'emploi en France de son époux, ressortissant italien, en qualité de salarié détaché, elle ne verse aux débats aucun document relatif à cet emploi à l'exception d'une carte professionnelle, laquelle est insuffisamment probante pour justifier de l'installation habituelle en France de la cellule familiale pour les besoins professionnels de son époux. Enfin, ainsi qu'il a été dit, Mme A ne justifie pas avoir déposé en France une demande de titre de séjour avant 2021. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, en prenant l'acte querellé, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 313-11 7° alors applicables.

10. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Au regard, d'une part, de ce qui a été exposé au point 9, d'autre part, de ce que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer la requérante de ses enfants, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants de Mme A en prenant la décision attaquée.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable (devenu l'article L. 435-1) : " La carte de séjour mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

14. Aucun des éléments précédemment examinés relatifs à la situation de Mme A ne relève de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

15. Enfin, Mme A ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets dans sa circulaire du 18 novembre 2012 pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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