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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104291

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104291

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantZOLEKO TSANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2021, Mme A C, représentée par Me Zoleko, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande d'admission au séjour présentée le 25 février 2021 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 313-11 et du II de l'article L. 313-11-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 5 mai 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur la requête.

Il fait valoir que la requérante a été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle le 13 septembre 2022, valable du 10 août 2022 au 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Soler a été entendu au cours de l'audience publique du 31 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née en 2003, affirme être entrée en France avec sa mère, en situation régulière, quand elle était encore mineure. Elle a sollicité auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes, le 25 février 2021, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Mme B demande l'annulation de la décision de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet des Alpes-Maritimes :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi, même si l'acte rapporté a reçu exécution. En revanche, dans le cas où l'administration se borne à abroger l'acte attaqué, ou dans le cas où ce dernier devient caduc, ces circonstances ne privent d'objet le recours juridictionnel qu'à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution et que la décision d'abrogation, ou la caducité, soient devenues définitives.

3. En l'espèce, pour opposer l'exception de non-lieu, le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir qu'il a délivré le 13 septembre 2022 à l'intéressée une carte de séjour pluriannuelle valable du 10 août 2022 au 9 août 2024. Toutefois, si la délivrance de cette carte traduit une abrogation de la décision de rejet en litige, cette décision a reçu exécution jusqu'à cette délivrance. Dès lors, les conclusions de Mme B aux fins de l'annulation de ladite décision ne sont pas dépourvues d'objet et l'exception de non-lieu opposée par le préfet des Alpes-Maritimes ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. D'une part, il n'est pas contesté en défense que Mme B a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et non d'un titre portant la mention " visiteur ", contrairement à ce qui est précisé dans le récépissé que lui ont remis les services de la préfecture des Alpes-Maritimes.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auparavant codifié au 1° de l'article L. 313-11 du même code : " L'étranger qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III et dont l'un des parents au moins est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident se voit délivrer, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre ses seize et dix-huit ans s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la mère de la requérante est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 13 mai 2019 et valable jusqu'au 12 mai 2023, que la requérante disposait, en tant qu'enfant mineure d'une ressortissante étrangère en situation régulière, d'un document de circulation pour étranger mineur délivré le 5 février 2020 et qu'elle a déposé dans l'année qui a suivi son dix-huitième anniversaire, une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, Mme B remplissait les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de ces dispositions.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu délivrer, le 13 septembre 2022, une carte de séjour pluriannuelle valable du 10 août 2022 au 9 août 2024. Dès lors, à la date du présent jugement, celui-ci n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de titre de séjour de Mme B est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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