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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104365

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104365

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBAKARY AFISSOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2021, M. A B, représenté par Me Bakary, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, pendant le réexamen, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation alors qu'il justifie de circonstances humanitaires et de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un certificat de résidence ;

- le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation alors qu'il dispose d'une promesse d'embauche justifiant la délivrance d'un titre de séjour " salarié " ;

- cette décision porte atteinte au principe du respect de dignité de la personne humaine consacré par le préambule de la Constitution de 1946.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 1er juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gazeau a été entendu au cours de l'audience publique du 21 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 13 février 1952, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ".

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. / Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il résulte de ces dispositions que la décision de rejet née du silence gardé par l'autorité préfectorale sur une demande d'admission au séjour n'est pas illégale du seul fait qu'elle est dépourvue de motivation. Par suite, si l'étranger n'a pas demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision du préfet, il n'est pas fondé à soutenir que celui-ci aurait méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à lui.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision attaquée. Par conséquent, le moyen tiré de l'absence de motivation ne peut être qu'écarté.

5. En deuxième lieu, s'agissant d'un refus implicite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. B fait état dans ses écritures, en sus du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, des articles L. 313-11 7°, L. 313-11 11° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors applicable, il doit être regardé, dès lors que les dispositions issues du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inapplicables aux ressortissants algériens, comme se prévalant uniquement de la méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco algérien et du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet.

8. Le requérant se prévaut d'une résidence habituelle et continue en France de plus de 8 ans et soutient ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine dès lors que vivent en France, de manière régulière, son père, dont il s'occupe, ainsi que ses frères, cousins et neveux, tous munis d'un certificat de résidence algérien en cours de validité. Toutefois, le requérant n'établit pas, en se bornant à produire des documents médicaux ainsi que des attestations de témoignage de ses cousins, frère, père et amis, l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses. Il n'établit pas non plus, par les pièces versées, la nécessité de sa présence en France auprès de son père, certes très âgé. Par ailleurs, il est célibataire et sans enfant à charge. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait transféré en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux ni qu'il justifierait de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant sa régularisation. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs, à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié, ni qu'il a commis une erreur de droit, une erreur de fait ou une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse porte atteinte à la dignité de la personne humaine consacré par le préambule de la Constitution de 1946, il n'assortit ce moyen, en tout état de cause, d'aucune précision pour en apprécier le bien-fondé.

10. En cinquième et dernier lieu, s'il soutient qu'à titre subsidiaire il aurait dû se voir délivrer un titre de séjour mention " salarié " au motif qu'il justifie d'une promesse d'embauche, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

B-P. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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