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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104410

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104410

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOULVERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2021, Mme B A, représentée par Me Boulvert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le maire de la commune de Nice a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la pathologie dont elle souffre est présumée imputable au service en application de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 issu de l'ordonnance du 19 janvier 2017 et du tableau n° 57 B ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que l'épicondylite dont elle souffre résulte de travaux répétitifs qu'elle effectue sur son poste de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, la commune de Nice, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2024 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les conclusions de Mme Belgueche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rubio, représentant la commune de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 6 décembre 1964, a été titularisée en qualité d'agent d'entretien territorial à compter du 20 avril 1993 et est employée, depuis mai 1995, en tant qu'agent administratif territorial par la ville de Nice, affectée au service des élections. Mme A a commencé à présenter des douleurs épicondyliennes en 2014. Par un certificat médical du 22 mars 2018, son médecin traitant a placé Mme A en congé de maladie et a déclaré une maladie contractée en service. La commission de réforme, saisie par la commune de Nice, a émis, le 18 mars 2021, un avis défavorable à la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de Mme A. Le maire de Nice a, par une décision datée du 30 avril 2021, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont souffre Mme A. Cette dernière, par courrier du 20 mai 2021, a formé un recours gracieux et sollicité la mise en œuvre d'une contre-expertise. Par décision du 29 juin 2021, le maire de Nice a rejeté cette demande. Mme A demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir des décisions des 30 avril et 29 juin 2021.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

3. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, créé par l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, en vigueur depuis le 21 janvier 2017, et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " I I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat () ".

4. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc applicables, s'agissant de la fonction publique territoriale, que depuis l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019 publié au Journal officiel de la République française le 12 avril 2019, décret dont l'intervention était, au demeurant, prévue, par le VI de cet article 21 bis. Il en résulte que les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

5. En outre, dès lors que les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée, la situation de Mme A, dont l'épicondylite a été diagnostiquée le 22 mars 2018, était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service.

6. En premier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir du mécanisme de présomption légale d'imputabilité des maladies professionnelles renseignées dans le tableau n° 57 B, prévu par l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale dès lors que, pour les motifs exposés aux points 2 à 5, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 créées par l'ordonnance du 19 janvier 2017 ne lui sont pas applicables.

7. En second lieu, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

8. Pour rejeter la demande de Mme A, le maire de Nice a suivi l'avis émis par la commission de réforme le 18 mars 2021, qui s'est prononcée défavorablement à la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de la requérante au regard du poste occupé et de la bilatéralité des lésions.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est affectée depuis mai 1995 au service des élections de la ville de Nice en qualité de chargée des opérations électorales pour lesquelles elle accomplit des missions de saisies informatiques, de secrétariat, d'accueil, d'information du public et d'organisation des opérations électorales. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A, gauchère, souffre d'une épicondylite bilatérale, dont les premiers signes sont apparus en 2014 au coude gauche d'abord puis au coude droit. Dans ses conclusions rendues le 8 septembre 2020, le spécialiste en médecine générale, expert agréé missionné pour se prononcer sur l'imputabilité au service de la maladie de la requérante, a indiqué que la pathologie de Mme A peut être reconnue au titre de la législation professionnelle (tableau RG 57), qu'il n'est pas retrouvé d'état préexistant concernant cette pathologie et que les douleurs se trouvaient majorées en pronosupination et lors des mouvements de préhension et d'extension de la main sur l'avant-bras de façon bilatérale avec néanmoins une symptomatologie plus marquée à droite. Il ressort cependant des pièces versées aux débats et notamment du courrier adressé le 23 décembre 2019 par le médecin de prévention à la commission de réforme, saisie pour se prononcer sur l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A, que le travail de cette dernière se fait essentiellement sur écran avec utilisation d'un clavier et d'une souris et qu'elle bénéfice d'un aménagement de son poste de travail avec fauteuil ergonomique adapté avec repose bras articulé depuis 2014 suite à une cure de hernies cervicales C5/C6 et C6/C7. A cet égard, la fiche de poste de l'intéressée n'établit pas que cette dernière, chargée des opérations électorales, accomplit des mouvements répétés d'adduction ou de flexion et pronation de la main, du poignet ou des coudes ou des mouvements de pronosupination. En outre, la requérante dispose d'un matériel adapté à la suite de l'aménagement de son poste de travail en 2018. Les attestations de ses collègues produites par Mme A peu circonstanciées et rédigées en des termes identiques, ne peuvent suffire à établir que la pathologie dont elle souffre présente un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail. Par suite, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, les conditions d'exercice de la profession de la requérante, chargée des opérations électorales à la mairie de Nice, alors même que sont effectuées des tâches répétitives de saisies informatiques et de manutention, ne paraissent pas susceptibles d'être à l'origine de la pathologie décrite. Il n'apparaît dès lors pas que puisse être établi un lien direct entre la pathologie de la requérante et l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail. La requérante n'est par suite pas fondée à soutenir que le maire de la ville de Nice a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 30 avril 2021 ainsi que de la décision du 29 juin 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nice, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Nice au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Nice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

L. Bianchi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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