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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104414

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104414

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLENDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2021, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle il a été placé, à titre préventif, en cellule disciplinaire de la maison d'arrêt de Grasse à la suite d'un incident du même jour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente en ce qu'il n'est pas justifié d'une délégation de compétence régulièrement consentie à sa signataire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que son placement, à titre préventif, en cellule disciplinaire ne constituait pas l'unique moyen de mettre fin au trouble né de l'incident du 5 août 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 janvier 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse du 27 mars 2020 au 25 août 2021, demande au tribunal d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle il a été placé, à titre préventif, en cellule disciplinaire de la maison d'arrêt de Grasse à la suite d'un incident du même jour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale : " Le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement. / () ". En outre, aux termes de l'article R. 57-7-5 de ce même code : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / Pour les décisions de confinement en cellule individuelle ordinaire, de placement en cellule disciplinaire et de suspension de l'exercice de l'activité professionnelle de la personne détenue, lorsqu'elles sont prises à titre préventif, le chef d'établissement peut en outre déléguer sa signature à un major pénitentiaire ou à un premier surveillant. ".

3. En l'espèce, la décision litigieuse prononçant le placement, à titre préventif, en cellule disciplinaire du requérant a été signée par Mme C D, première surveillante des services pénitentiaires. Par une décision du 19 mai 2021, régulièrement publiée au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes n°128-2021 du 21 mai 2021, le directeur de la maison d'arrêt de Grasse a donné à M. D, délégation à l'effet de signer les décisions de placement des personnes détenues à titre préventif en confinement en cellule individuelle ordinaire ou en cellule disciplinaire. Cette dernière pouvait légalement bénéficier, en sa qualité de première surveillante des services pénitentiaires, d'une telle délégation en application des dispositions précitées de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale. Eu égard à l'objet d'une délégation de signature qui, quoique constituant un acte réglementaire, n'a pas la même portée à l'égard des tiers qu'un acte modifiant le droit destiné à leur être appliqué, sa publication au recueil des actes administratifs de la préfecture, qui permet de donner date certaine à la décision de délégation prise par le chef d'établissement, a constitué une mesure de publicité suffisante pour rendre ses dispositions opposables aux tiers, et notamment à l'égard des détenus de la maison d'arrêt de Grasse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, au sein duquel ont été codifiées les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; 2° Infligent une sanction ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Une décision de placement à titre préventif d'un détenu en cellule disciplinaire constitue une mesure à caractère provisoire et conservatoire destinée à préserver l'ordre dans l'établissement et n'est pas au nombre des décisions qui doivent être obligatoirement motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation. Ce moyen doit dès lors également être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale citées au point 2 de ce jugement que le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des faits décrits dans le compte-rendu d'incident établi le 5 août 2021 dont la matérialité n'est pas contestée par le requérant, que ce dernier a commis des fautes du premier et du deuxième degrés en proférant des insultes et des menaces à l'égard de membres du personnel de l'établissement et en refusant de se soumettre à plusieurs injonctions de ce même personnel. Il ressort de ces mêmes pièces que, lors de cet incident, le requérant a eu un comportement particulièrement agressif notamment en frappant à plusieurs reprises à la porte du parloir nécessitant, selon les termes de la décision litigieuse, le recours à une équipe d'intervention pour l'extraire de ce parloir. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration pénitentiaire se serait livrée à une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce en estimant que son placement en cellule disciplinaire, à titre préventif, constituait l'unique moyen de mettre fin aux fautes disciplinaires et, en tout état de cause, de préserver l'ordre au sein de l'établissement. Par suite, le moyen soulevé et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision 5 août 2021 par laquelle il a été placé, à titre préventif, en cellule disciplinaire de la maison d'arrêt de Grasse doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière

N°2104414

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