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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104583

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104583

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL MAITRE BARBARO ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2 septembre 2021, 22 avril 2022 et 13 octobre 2022, le dernier mémoire n'ayant pas donné lieu à communication, le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2021 par lequel le maire de la commune d'Eze a accordé un permis de construire à la société en nom collectif Vinci Immobilier Méditerranée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 18 juin 2021.

Le préfet des Alpes-Maritimes soutient que :

- le projet litigieux méconnait les dispositions de la loi littoral, précisée par la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes, en ce que, situé dans un espace proche du rivage, qualifié " d'espaces neutres ", l'extension de l'urbanisation ne peut être que limitée ;

-le projet méconnait par ailleurs les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme reprises à l'article 2.2 du règlement de la zone Ufb3 du plan local d'urbanisme de la métropole de Nice Côte d'Azur, au regard de l'atteinte au site inscrit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, la commune d'Eze, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Szepetowski, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Eze fait valoir que les moyens soulevés par le préfet des Alpes-Maritimes ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 4 mars 2022, 22 juin 2022 et 28 septembre 2022, la société en nom collectif Vinci Immobilier Méditerranée, prise en la personne de son représentant en exercice, représentée par Me Barbaro, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société Vinci Immobilier Méditerranée fait valoir que les moyens soulevés par le préfet des Alpes-Maritimes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la directive territoriale d'aménagement du département des Alpes-Maritimes, approuvée le 2 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

- les observations de M. A, représentant la préfecture des Alpes-Maritimes ;

- et les observations de Me Barbaro pour la société Vinci Immobilier Méditerranée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 mai 2021, le maire d'Eze a délivré à la société en nom collectif (ci-après, " SNC ") Vinci Immobilier Méditerranée un permis de construire deux immeubles comprenant 26 logements avec garages, pour une surface de plancher de 1 685 m2, sur les parcelles cadastrées AR 367-368 situées avenue Maréchal De Lattre de Tassigny- Saint Laurent Les Costes, à Eze. Par un courrier en date du 18 juin 2021, reçu le 21 juin 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par un courrier en date du 16 août 2021, reçu le 23 août 2021, le maire de la commune d'Eze a rejeté ce recours gracieux. Le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mai 2021 portant délivrance du permis de construire sollicité, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 18 juin 2021 :

2. Il est constant que le maire de la commune d'Eze a, par un courrier en date du 16 août 2021, reçu le 23 août 2021, expressément rejeté le recours gracieux formé le 18 juin 2021 par le préfet des Alpes-Maritimes contre l'arrêté du 21 mai 2021 portant délivrance d'un permis de construire à la SNC Vinci Immobilier Méditerranée. Cette décision expresse s'est entièrement substituée à la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune sur le recours gracieux en cause, décision implicite qui a ainsi disparu de l'ordonnancement juridique. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du maire de la commune du 16 août 2021 qui s'y est substituée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3.Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". L'article 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain (ci-après, " PLUM ") de Nice, de la sous-zone UFb, comporte des dispositions équivalentes relatives à l'insertion dans le site, dont les garanties ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du PLUM de Nice que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

4. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige se situe au sein du périmètre du site inscrit de Nice à Menton et à proximité de la mer (espace proche du rivage). Ces éléments permettent de caractériser l'intérêt du site. Or, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux a pour objet, sur un terrain vierge de toute construction, la réalisation de deux immeubles collectifs de 26 logements, d'une hauteur frontale de 8,88 mètres, qui présente un caractère massif et engendre un " effet barre ", en raison, notamment, d'un linéaire de plus de 60 mètres le long de l'avenue de Lattre de Tassigny. Si d'autres immeubles collectifs comparables se trouvent sur le territoire de la commune d'Eze, il est constant que ces constructions sont distantes d'au moins 500 mètres du projet litigieux, alors même que les parcelles à proximité immédiate dudit projet ne comportent qu'un habitat de type pavillonnaire, sans effet " barre ", et avec la présence d'une végétation importante. Par ailleurs, l'architecte des bâtiments de France a émis le 19 novembre 2020 un avis " extrêmement défavorable " aux motifs que " ce projet d'immeuble de logements, constitué de deux longues barres, vient s'insérer dans un terrain pentu du vallon de Saint-Laurent d'Eze, zone d'habitat individuel de faible densité où la végétation est largement dominante, qui participe à la grande qualité du paysage du site inscrit ", que " l'impact visuel du projet est très important car il génère un effet de barre (plus de 60 mètres vaguement entrecoupé à mi longueur par une bande de 5 mètres environ) " et qu'" autoriser un immeuble collectif dans cette zone générerait un précédent amenant une mutation irréversible du paysage de qualité du site inscrit, allant ainsi à l'encontre même des motifs de la protection en site inscrit de 1973. Si ce projet est mis en œuvre, il n'y aura plus aucune raison de ne pas généraliser ce type d'opération sur toute la zone ". Il résulte de l'ensemble de ces éléments que ce bâtiment, par son volume et l'effet de barre qu'il produit, contribue de manière notable, à la dégradation du site inscrit de Nice à Menton. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à soutenir qu'en délivrant, le permis de construire litigieux, le maire de la commune d'Eze a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2021 par lequel le maire de la commune d'Eze a accordé un permis de construire à la SNC Vinci Immobilier Méditerranée, ensemble le rejet opposé à son recours gracieux le 16 août 2021.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, l'autre moyen soulevé n'est pas susceptible de fonder l'annulation des décisions en litige.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la commune d'Eze et de la SNC Vinci Immobilier Méditerranée dirigées contre l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 mai 2021 et la décision du 16 août 2021 du maire de la commune d'Eze sont annulés.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Eze et la SNC Vinci Immobilier Méditerranée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée au préfet des Alpes-Maritimes, à la commune d'Eze et à la SNC Vinci Immobilier Méditerranée.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.

La rapporteure,

signé

B. B

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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