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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104614

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104614

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOTTEMER MAGALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 septembre 2021, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon a transmis au tribunal administratif de Nice la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulon le 10 août 2021, et un mémoire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Nice le 10 novembre 2023, M. A, représenté par Me Bottemer, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à lui verser la somme de 8 846 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 avril 2021, en réparation du préjudice matériel qu'il a subi à raison de l'illégalité de la décision du 23 avril 2019 par laquelle l'OFII lui avait refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à Me Bottemer, son avocate, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision du 23 avril 2019 par laquelle l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été annulée par un jugement du 2 octobre 2020 du tribunal administratif de Toulon ; l'illégalité de cette décision est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'OFII ;

- le 5 janvier 2021, l'OFII lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- il a subi un préjudice matériel évalué à 8 846 euros correspondant aux arriérés de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 23 avril 2019 au 5 janvier 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'OFII n'était pas tenu d'accorder à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période du 23 avril 2019 au 5 janvier 2021 dès lors que si, par son jugement du 2 octobre 2020, le tribunal administratif de Toulon a annulé sa décision du 23 avril 2019, il lui a seulement enjoint de réexaminer la situation de l'intéressé ;

- M. A ne peut être regardé comme disposant valablement d'un motif légitime justifiant le dépôt tardif de sa demande d'asile ;

- le préjudice matériel allégué n'est pas établi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ukrainien né le 14 novembre 1957, a déclaré être entré sur le territoire français le 15 novembre 2018. Le 23 avril 2019, il a déposé une demande d'asile. Par une décision du même jour, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un jugement n° 1902196 du 2 octobre 2020, le tribunal administratif de Toulon a annulé cette décision, ce jugement estdéfinitif. Le 19 février 2021, M. A a déposé une demande préalable indemnitaire auprès de l'OFII tendant à ce que lui soit versée une somme correspondant aux arriérés d'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 23 avril 2019 au 5 janvier 2021, date à laquelle l'OFII lui a finalement accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande que l'OFII soit condamné à lui verser la somme de 8 846 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 avril 2021, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la faute commise engageant sa responsabilité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 (). ". En vertu du 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige, le délai pour présenter une demande d'asile est de quatre-vingt-dix jours à compter de la date d'entrée en France.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du jugement du tribunal administratif de Toulon n° 1902196 du 2 octobre 2020 et devenu définitif, que l'OFII a, par sa décision du 19 avril 2023 refusant à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 et de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que M. A ne justifiait pas d'un motif légitime pour ne pas avoir sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. Cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de l'OFII au titre des préjudices qui en résultent directement pour le requérant.

En ce qui concerne la réparation des préjudices :

4. Aux termes de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige: " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. Pour les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L. 711-1 ou le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 712-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. () ". Aux termes de l'article D. 744-26 du même code, dans sa version applicable au litige : " En application du cinquième alinéa de l'article L. 744-9, l'allocation pour demandeur d'asile est composée d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer, et, le cas échéant, d'un montant additionnel dans le cas où le demandeur d'asile n'est pas hébergé. Pour la détermination du montant de l'allocation, les ressources perçues par le bénéficiaire viennent en déduction du montant résultant de l'application du premier alinéa. Le barème de l'allocation pour demandeur d'asile figure à l'annexe 7-1 du présent code. ". Le barème figurant à l'annexe 7-1 du code, dans sa version applicable du 2 juin 2018 au 1er mai 2021, fixe le montant journalier de l'allocation pour demandeur d'asile pour une personne à 6,80 euros, et celui du montant journalier additionnel à 7,40 euros.

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. A aurait dû bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile entre le 23 avril 2019 et le 5 janvier 2021, date à laquelle l'OFII lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Si le requérant soutient qu'il pouvait prétendre au versement du montant forfaitaire et du montant additionnel de l'allocation pour demandeur d'asile, il n'établit pas qu'il était dépourvu d'hébergement sur la période en cause, alors qu'il résulte de l'instruction qu'il a notamment été hébergé par sa fille après une hospitalisation pendant la période du 14 au 27 juin 2019. M. A est donc fondé à solliciter la réparation de son préjudice matériel résultant de l'absence du versement des conditions matérielles d'accueil, dont il sera fait une exacte appréciation en condamnant l'OFII à lui verser une indemnité d'un montant total de 4 236,4 euros (623 jours x 6,80 euros).

6. Il résulte de ce qui précède que l'OFII doit être condamné à verser à M. A la somme de 4 236,4 euros en réparation du préjudice matériel en lien direct et certain avec la faute retenu au point 3 du présent jugement.

Sur les intérêts des sommes dues :

7. Les intérêts dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. En l'espèce, M. A est fondé à demander le versement d'intérêts de retard sur la somme de 4 236,4 euros à compter du 23 avril 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par l'OFII.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bottemer, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Bottemer de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office français de l'immigration et de l'intégration est condamné à verser à M. A la somme de 4 236,4 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 avril 2021.

Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Bottemer, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bottemer renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bottemer et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Bergantz

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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