mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BAUDOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 septembre 2021 et 9 juin 2022, M. B A, représenté par Me Baudoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande d'indemnisation du préjudice subi en raison de l'illégalité de la décision du 24 mai 2019 suspendant son permis de conduire à compter du 29 mai 2019 pour six mois ;
2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 15 520 euros avec intérêts au taux légal à compter du 29 mai 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet n'est pas motivée et le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- il a fait l'objet d'une décision de suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois dépourvue de base légale, ce qui constitue une faute dont il demande réparation ;
- il a subi un préjudice professionnel évalué à 10 000 euros car il avait impérativement besoin de son véhicule en tant que dirigeant d'une société de gestion et de permanence informatique;
- il a dû régler une amende contraventionnelle pour 520 euros ;
- son préjudice moral peut être évalué à 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 17 mai 2023, M. A demande au tribunal d'homologuer l'accord de médiation conclu le 15 mai 2023.
Par une lettre du 21 juin 2023, les parties ont été informées, par application de l'article
R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire serait inscrite à une audience le 2ème semestre 2023 et que l'instruction est susceptible d'être close à partir du 15 août 2023.
Par une ordonnance à effet immédiat du 16 août 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée à cette date.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en vertu du principe selon lequel une administration ne peut être condamnée à payer ce qu'elle ne doit pas, la transaction relative à la réparation par l'Etat des préjudices subis par M. A ne peut être homologuée et la collectivité publique ne peut pas non plus être condamnée dès lors que l'intéressé ayant été relaxé par le juge pénal non pas au motif qu'il n'a pas commis l'infraction litigieuse mais seulement en raison de l'irrégularité du procès-verbal de constatation de l'infraction, aucune indemnisation n'est due sur ce point.
Par un mémoire, enregistré le 5 septembre 2023, M. A a présenté des observations en réponse à la communication du moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bonhomme, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Arnoux, substituant Me Baudoux, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 24 mai 2019, le préfet des Alpes-Maritimes a suspendu la validité du permis de conduire de M. A pour une durée de six mois en raison d'une infraction commise le 23 mai 2019 à 22h32 sur la voie Mathis à Nice, alors qu'il circulait à 140 km/h au lieu de
70 km/h. Par un jugement du 15 novembre 2019, le tribunal de police de Nice l'a condamné à une amende contraventionnelle de 300 euros et à la suspension de son permis de conduire pour six mois. Le 5 octobre 2020, le tribunal de police de Nice, suite à l'opposition de M. A à l'ordonnance pénale, a fait droit à l'exception de nullité en raison de l'irrégularité du procès-verbal de constatation de l'infraction, a mis à néant l'ordonnance pénale du 15 novembre 2019 et a relaxé l'intéressé des fins de poursuite. Par un jugement n° 1902965 du 25 mai 2021, la présidente du tribunal a annulé l'arrêté précité du 24 mai 2019. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui payer la somme de 15 520 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité de la décision du 24 mai 2019. Par un mémoire complémentaire, il demande l'homologation de l'accord de médiation conclu le 15 mai 2023.
2. Les parties à une instance en cours devant le juge administratif peuvent présenter à celui-ci, y compris à l'occasion d'un pourvoi en cassation, des conclusions tendant à l'homologation d'une transaction par laquelle elles mettent fin à la contestation initialement portée devant la juridiction administrative. Il appartient alors au juge administratif, qui se prononce en tant que juge de l'homologation, de vérifier que les parties consentent effectivement à la transaction, que l'objet de celle-ci est licite, qu'elle ne constitue pas de la part de la collectivité publique une libéralité et ne méconnaît pas d'autres règles d'ordre public. En cas d'homologation de la transaction, le juge administratif doit constater le non-lieu à statuer sur la requête ou, dans le cas où la partie requérante aurait subordonné son désistement à l'homologation de la transaction, donner acte de ce désistement. En revanche, le refus d'homologation entraînant la nullité de la transaction, il appartient dans cette hypothèse au juge de statuer sur la requête
Sur les conclusions de M. A tendant à l'homologation de la transaction conclue avec le préfet des Alpes-Maritimes :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 213-4 du code de justice administrative : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut, dans tous les cas où un processus de médiation a été engagé en application du présent chapitre, homologuer et donner force exécutoire à l'accord issu de la médiation ".
4. D'autre part, l'article 6 du code civil interdit de déroger par convention aux lois qui intéressent l'ordre public. Il résulte de ces dispositions que l'administration peut, ainsi que le rappelle désormais l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'accord de médiation conclu le 15 mai 2023 entre M. A et le préfet des Alpes-Maritimes, alors que ce dernier s'engage à verser au requérant la somme de 6 143 euros, a pour objet de mettre fin au litige porté par M. A devant la juridiction administrative tendant à la réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de la décision du 24 mai 2019 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a suspendu la validité de son permis de conduire pour six mois.
6. En vertu des dispositions des articles L. 224-1, L. 224-2 et L. 224-7 du code de la route, le représentant de l'Etat dans le département peut prendre des mesures de suspension du permis de conduire à l'encontre des personnes soupçonnées d'avoir commis l'une des infractions visées par ces articles. Il résulte en particulier des dispositions des articles L. 224-1 et L. 224-2 que, lorsqu'un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et que le véhicule est intercepté, le permis de conduire du conducteur est retenu à titre conservatoire par les officiers ou agents de police judiciaire. Le préfet peut, alors, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis de conduire, en prononcer la suspension pour une durée qui ne peut excéder six mois. En vertu de l'article L. 224-9, les mesures administratives de suspension du permis de conduire " sont considérées comme non avenues en cas d'ordonnance de non-lieu ou de jugement de relaxe ou si la juridiction ne prononce pas effectivement de mesure restrictive du droit de conduire ".
7. Une mesure de suspension du permis de conduire, décidée par le préfet sur le fondement de l'article L. 224-2 ou de l'article L. 224-7 du code de la route, est illégale et constitue, en conséquence, une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat si elle a été prise alors que les conditions prévues par ces articles n'étaient pas réunies. Il appartient par suite au juge administratif, saisi par le conducteur d'un recours indemnitaire tendant à la réparation du préjudice que lui a causé la décision du préfet, de déterminer si les pièces au vu desquelles ce dernier a pris sa décision étaient de nature à justifier la mesure de suspension. Dans le cas où l'intéressé a été relaxé non au bénéfice du doute mais au motif qu'il n'a pas commis l'infraction, l'autorité de la chose jugée par la juridiction répressive impose au juge administratif d'en tirer les conséquences quant à l'absence de valeur probante des éléments retenus par le préfet. En dehors de cette hypothèse, la circonstance que la mesure de suspension doive être regardée comme non avenue, par application du deuxième alinéa de l'article L. 224-9, eu égard à la décision rendue par le juge pénal, est par elle-même sans incidence sur la légalité de cette mesure et, par suite, sur l'engagement de la responsabilité de l'Etat.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a été relaxé par le juge pénal en raison de l'irrégularité du procès-verbal de constatation de l'infraction. Toutefois, ce juge ne s'est pas prononcé sur la matérialité de l'infraction litigieuse. Dès lors, les motifs sur lesquels s'est fondé le tribunal de police de Nice ne font pas obstacle à ce que, dans la présente instance,
M. A doive être regardé comme ayant commis l'excès de vitesse de 140 km / h qui lui est reproché. Ainsi, l'Etat n'a aucune obligation de réparer les préjudices prétendument subis par l'intéressé et aucune indemnisation n'est due sur ce point. Il s'ensuit que l'accord conclu le 15 mai 2023 doit être regardé comme constitutif d'une libéralité de la part de l'Etat et comme méconnaissant la règle d'ordre public selon laquelle une administration ne peut être condamnée à payer une somme qu'elle ne doit pas. Dans ces conditions, il ne peut être homologué. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
9. En application du principe rappelé au point précédent, les préjudices invoqués par
M. A ne peuvent donner lieu à réparation, dès lors que le 5 octobre 2020, le tribunal de police de Nice ne s'est pas prononcé sur la matérialité de l'infraction commise le 23 mai 2019 mais a fait droit à l'exception de nullité seulement en raison de l'irrégularité du procès-verbal de l'infraction. Dans ces conditions, les prétentions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : L'accord du 15 mai 2023 portant transaction entre M. A et le préfet des Alpes-Maritimes n'est pas homologué.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
Mme Sandjo, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
T. BONHOMME
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
N. SOLER La greffière,
Signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026