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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104961

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104961

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantQUEMA AMANDINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 septembre 2021 et 13 juillet 2023, la société par action simplifiée (SAS) Cannes Montfleury 2015, représentée par Me Quema, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel le maire de Cannes a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif de travaux relatifs à des travaux de modification de façade et de changement partiel de destination d'un ensemble immobilier hôtelier dont elle est propriétaire, situé 25 avenue de Beauséjour à Cannes, ensemble la décision expresse du 9 août 2021 rejetant son recours gracieux présenté le 13 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Cannes de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente, faute pour la commune de justifier d'une délégation de signature, régulièrement publiée, au profit de son signataire ;

- son projet ne méconnait pas l'intérêt des lieux et est conforme tant aux dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme qu'à celles de l'article U4 paragraphe 4.3 du titre du 3 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2023, la commune de Cannes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par société Cannes Montfleury 2015 n'est fondé.

Par ordonnance du 13 juillet 3, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Sandjo, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paloux, représentant la commune de Cannes, la société Cannes Montfleury n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Cannes Montfleury 2015 exploite un ensemble immobilier hôtelier situé au 25 avenue Beauséjour à Cannes, sur les parcelles cadastrées CV n°266, 272 et 273. Par deux arrêtés municipaux PC 06029 17 0030 et PC 06029 17 0030 M02, respectivement en date des 22 septembre 2017 et 22 mai 2019, il lui a été délivré un permis et de construire, puis son modificatif, portant sur un projet de travaux de modification de façade et de changement partiel de destination de cet ensemble immobilier. A la suite d'une visite de chantier menée par les services instructeurs de la ville, le 4 septembre 20210, il a été constaté l'exécution de travaux non-autorisés. Par courrier en date du 15 septembre 2020, une mise en demeure a été notifiée à la Sas Cannes Montfleury 2015 de mettre les travaux en conformité avec les autorisations délivrées ou de déposer une demande de permis de construire modificatif. La Sas Cannes Montfleury s'est conformée à l'injonction de la commune en déposant, le 8 décembre 2020, une demande de permis de construire modificatif n° 06029 17 0030 M3 en vue de la régularisation de ces travaux. Par un arrêté du 27 mai 2021, le maire de Cannes a refusé de délivrer le permis de construire modificatif sollicité. Le recours gracieux introduit par la SAS Cannes Montfleury le 13 juillet 2021 a été rejeté par décision expresse du maire de Cannes le 9 août 2021. La SAS Cannes Montfleury demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel le maire de Cannes a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif, ensemble la décision expresse du 9 août 2021 rejetant son recours gracieux présenté le 13 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de la signataire de l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ; ". Selon l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du même code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". L'article L. 2131-2 de ce code précise que : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : / () 3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi ; / () ".

3. L'arrêté de refus de permis de construire modificatif contesté, daté du 27 mai 2021, a été signé pour le maire de Cannes par Mme B A, huitième adjointe déléguée aux affaires relevant de l'aménagement, du développement territorial et de l'urbanisme. La commune de Cannes a versé aux débats l'arrêté n° 20/2770 du 23 mai 2020 par lequel le maire a donné délégation de signature à Mme A à l'effet de signer tous actes en matière d'urbanisme, ainsi qu'un arrêté modificatif n° 20/2859 du 2 juin 2020, rédigé dans les mêmes termes que l'arrêté initial du 23 mai 2020. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du tampon apposé sur chacun de ces deux arrêtés, qu'ils ont été transmis au contrôle de légalité et ont été réceptionnés par les services de la préfecture respectivement les 25 mai et 2 juin 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le respect des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et U4 paragraphe 4.1 du titre 3 du règlement du plan local d'urbanisme concernés par les travaux objet de la demande de permis de construire modificatif :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

5. D'autre part, aux termes de l'article U4 paragraphe 4.1 du titre 3 du règlement du plan local d'urbanisme, qui renvoie expressément à l'article R. 111-27 cité ci-dessus : " Au titre de l'article R. 11-27 du code de l'urbanisme les constructions à édifier ou à modifier ne doivent pas porter atteinte ait caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Elles doivent présenter une unité d'aspect et de matériaux compatible avec la bonne économie de la construction et la tenue générale de l'agglomération. Le permis de construire peut être refusé si les travaux projetés sont de nature à rompre l'harmonie de l'ensemble () ".

6. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. En l'espèce, pour refuser la délivrance du permis modificatif demandé, le maire de Cannes s'est fondé sur la circonstance que l'aménagement du toit-terrasse à régulariser se concrétise par la pose, sur son pourtour " nord " et " est ", au-dessus du platelage en bois, d'une haie végétale composée d'un feuillage artificiel, d'une hauteur déclarée de 1,50 mètres, mélangé à diverses essences naturelles dont certains sujets atteignent 3 mètres de haut, l'ensemble étant posé sur des jardinières hautes de 48 centimètres, et que, selon la vue en coupe jointe au projet, le toit terrasse, sur lequel cette végétation vient s'implanter, se trouve à plus de 20 mètres de hauteur par rapport à l'espace public, que ces aménagements entrainent un alourdissement de l'aspect extérieur du bâtiment, d'une facture plutôt contemporaine, en rupture avec son unité architecturale.

8. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que le quartier dans lequel s'insère le projet est un quartier constitué de pavillons mais également d'immeubles collectifs de type R+2 à R+6, dont plusieurs sont également surmontés de haies végétales, ne présentant pas d'harmonie architecturale et dépourvu de caractère ou d'intérêt particulier. Le projet litigieux, qui porte sur la régularisation d'une toiture-terrasse végétalisée surplombant une partie du bâtiment de type R+6 ne porte pas atteinte à l'intérêt ou au caractère des lieux avoisinants, eu égard notamment à sa volumétrie, son architecture et aux matériaux utilisés. En l'état des pièces du dossier, la végétalisation occultera, en effet, l'enchevêtrement des réseaux présents et de la passerelle pour les franchir, au 5ème niveau du bâtiment, et la vue du sommet graduée du 4ème au 6ème étage de l'immeuble présentera avec cette verdure une intégration plus soutenue dans le paysage proche et lointain du bâti. Le cas échéant, il appartenait au maire de Cannes d'assortir la délivrance du permis de construire modificatif demandé d'une prescription spécifique relative à la hauteur des haies laquelle n'est pas, en tout état de cause, prévue par les dispositions de l'article 4 paragraphe 4.1 du titre 3 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, en refusant de délivrer le permis de construire modificatif sollicité, le maire de Cannes a méconnu les dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et U4 paragraphe 4.1 du titre 3 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. Il résulte ce qui précède que la Sas Cannes Montfleury est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel le maire de Cannes a refusé de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité tendant à régulariser les travaux d'une terrasse végétalisée sur la toiture de l'ensemble hôtelier, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société requérante n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article 911-1 du CJA, " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

12. Lorsque le juge annule un refus de permis de construire ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit ordonner, le cas échéant d'office, à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

13. Le présent jugement censure le motif par lequel le maire de Cannes a refusé de délivrer à la Sas Cannes Montfleury le permis de construire modificatif sollicité. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient de délivrer l'autorisation de construire sollicitée par la société requérante ni que la situation de fait existant à la date de ce jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Cannes de délivrer à la société requérante le permis de construire modificatif sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 1 500 euros à verser à la Sas Cannes Montfleury au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Cannes du 27 mai 2021 et la décision expresse du 9 août 2021 rejetant son recours gracieux présenté le 13 juillet 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Cannes de délivrer à la Sas Cannes Montfleury un permis de construire modificatif dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de la commune de Cannes s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus. La commune de Cannes communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.

Article 4 : La commune de Cannes versera à la Sas Cannes Montfleury une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 Le présent jugement sera notifié à la société par action simplifiée Cannes Montfleury 2015 et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

G. SANDJO

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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