jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JEAN-JOEL GOVERNATORI AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 septembre 2021 et 15 février 2022 2022, Mme B D et M. E D, représentés par Me Louis, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le permis de construire délivré par le maire de Nice le 29 mars 2021 à la SARL Loremag, ainsi que la décision du 27 juillet 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de rejeter la demande indemnitaire présentée par la société Loremag au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
3°) de rejeter la demande de condamnation à payer une amende au titre de l'article R. 741-12 du de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Nice la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- le projet autorisé est contraire aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone UAk, relatives au traitement des eaux pluviales ;
- le projet n'est pas desservi dans des conditions satisfaisantes pour assurer la sécurité des usagers de la rue Barelli ;
- le projet est contraire aux dispositions de l'article UA 6.4.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone UAk et de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme ;
- le bâtiment projeté n'est pas conforme aux exigences de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet autorisé n'est pas conforme aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stationnement des deux-roues ;
- le projet est contraire aux dispositions de l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux espaces verts ;
- la décision portant rejet de leur recours gracieux est illégale au regard de l'illégalité du permis de construire délivré le 29 mars 2021 ;
- la décision de rejet de leur recours gracieux a été signée par une autorité incompétente.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 15 novembre 2021 et 31 mars 2022, la SARL Loremag, représentée par Me Governatori, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire reconventionnel en indemnisation enregistré le 15 novembre 2021, la SARL Loremag, représentée par Me Governatori, demande au tribunal de condamner les requérants à lui verser la somme de 1 059 368 euros en indemnisation de ses préjudices et une amende de 10 000 euros au titre de l'article R. 741-12 du code de la justice administrative
Elle soutient que :
- le recours des requérants est abusif et l'a contrainte à repousser le chantier ;
- elle a subi un préjudice financier : 23 580 euros HT de dépenses engagées, 592 376 euros HT de perte de chiffre d'affaires des honoraires de gestion (5%) et de commercialisation (5%) lié à la non-réalisation du projet, 441 412 euros HT de manque à gagner (marge de 4,9 %) lié à la non-réalisation du projet et 2 000 euros HT de frais de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2022, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une ordonnance a fixé une clôture d'instruction immédiate le 11 avril 2022, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Par une lettre du 13 mai 2022, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer sur la requête, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, afin de permettre la délivrance éventuelle d'un permis de construire modificatif régularisant le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme et de l'article UA 12.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stationnement des deux-roues.
Une réponse à cette demande d'observations a été enregistrée le 16 mai 2022 pour la SARL Loremag.
Une réponse à cette demande d'observations a été enregistrée le 20 mai 2022 pour la commune de Nice.
Les parties ont été informées, par un avis d'audience envoyé le 18 mai 2022, de ce que l'affaire est inscrite au rôle de l'audience publique du 14 juin 2022.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Nice, a été enregistrée le 15 juin 2022.
Par courrier du 17 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer afin de permettre la délivrance éventuelle d'un permis de construire modificatif régularisant le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des bâtiments notamment au regard de la côte de l'égout du toit.
Une réponse à cette demande d'observations a été enregistrée le 28 juin 2022 pour la SARL Loremag.
Une réponse à cette demande d'observations a été enregistrée le 1er juillet 2022 pour la commune de Nice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Gazeau, première conseillère,
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Governatori, représentant la SARL Loremag et de Mme C, représentant la commune de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 mars 2021, le maire de la commune de Nice a accordé un permis de construire autorisant la SARL Loremag à édifier un immeuble de 24 logements sur les parcelles HD n° 95 et n° 246 situées aux 7, rue Pierre Barelli et 8, rue Tordo à Nice. M. et Mme D ont adressé un recours gracieux au maire de Nice à l'encontre de cet arrêté qui a été rejeté par une décision du 27 juillet 2021. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le maire de Nice a rejeté son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Les requérants sont propriétaires de la parcelle HD n° 245 mitoyenne des parcelles HD n° 95 et n° 246 où va s'implanter la construction en litige. Les requérants font valoir que le projet contesté, qui consiste en la construction d'une résidence de 24 logements et la création de 28 stationnements pour véhicules légers et 29 stationnements pour des deux-roues en lieu et place d'une maison individuelle, va entraîner une perte d'ensoleillement, un accroissement du trafic routier et un risque pour la sécurité liée à l'augmentation de la circulation sur la voie publique Pierre Barelli. En l'espèce, la construction projetée, compte tenu de son importance et de sa localisation, est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien détenu par les requérants. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le pétitionnaire et tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
S'agissant de la décision de rejet du recours gracieux formé par les requérants :
5. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence de la décision du 27 juillet 2021 rejetant le recours gracieux de M. et Mme D doit être écarté comme inopérant.
S'agissant de l'arrêté du 29 mars 2021 :
En ce qui concerne l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux :
6. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".
7. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A F. La commune de Nice a versé aux débats l'arrêté du 20 novembre 2020 par lequel son maire a donné délégation à Mme A F, deuxième adjointe au maire, pour exercer les fonctions dans le domaine de l'urbanisme et signer en son nom tous les documents relatifs aux autorisations d'urbanisme. Cet arrêté a été affiché en mairie et transmis à la préfecture. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone UAk, relatives au traitement des eaux pluviales :
8. Aux termes des dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU ") de la commune de Nice, applicables à la zone UAk : " Tout projet soumis à permis de construire [] doit comporter les ouvrages nécessaires pour collecter et évacuer les eaux pluviales conformément aux prescriptions réglementaires en vigueur sur la commune " Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " () f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ".
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice de la demande de permis de construire, que la surface imperméabilisée est de 512 m², ce qui implique un volume de rétention de 41 m². Le règlement du service public de l'assainissement, de l'hydraulique et du pluvial n'impose aucune solution pour le traitement des eaux de pluie et précise en son article 24.03 que " La solution " bassin de rétention enterré " est la plus classique, mais d'autres techniques alternatives pourront être proposées par le pétitionnaire à la direction de l'assainissement, de l'hydraulique et du pluvial de NCA ". En l'espèce, en lieu et place de la solution classique d'un bassin de rétention, il ressort du plan de masse VRD, PC 02-3, que le pétitionnaire va mettre en œuvre un dispositif naturel drainant agricole sur une surface au sol de 139 m² sur une profondeur de 30 cm, ce qui va créer une surface utile de rétention des eaux de pluie de 41,70 m3. Ces calculs ne sont pas sérieusement contestés par les requérants et le service maîtrise d'ouvrage assainissement de la métropole Nice Côte d'Azur a au demeurant émis un avis favorable le 25 mars 2021 au projet du pétitionnaire et validé cette technique de rétention des eaux pluviales dont le surplus sera évacué par un raccordement au réseau public des eaux pluviales au niveau de la rue du général Tordo. Dans son avis, si la métropole précise que le débit maximum rejeté à l'exutoire est de 0,003 L/s/m² de surface imperméabilisée, les requérants n'établissent pas que cette prescription ne sera pas respectée. Enfin, le terrain d'assiette du projet n'est pas concerné par un plan de prévention des risques naturels prévisibles concernant le risque d'inondations. Les requérants ne peuvent donc pas utilement soutenir que la commune devait exiger la réalisation d'une étude hydraulique pour valider la technique d'infiltration proposée par le pétitionnaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone UAk, relatives au traitement des eaux pluviales doit donc être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UA3 du règlement du PLU et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme quant à la desserte du projet :
10. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". L'article UA 3 du PLU de la commune de Nice prévoit que : " Accès et voierie : le terrain doit être desservi par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés. Les caractéristiques des voies de desserte doivent être compatibles avec la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Les accès ne doivent pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies ou pour celle des personnes utilisant cet accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature du trafic. Lorsque le terrain est riverain d'au moins deux voies publiques et/ou privées ouvertes à la circulation, l'accès doit se faire sur celle qui présente le moins de gêne ou de risque pour la circulation. Lorsqu'un transport en commun en site propre utilise l'une de ces voies, l'accès doit se faire en priorité par l'autre ". Enfin, l'article R*431-9 du même code prévoit que " Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder ".
11. Le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet se fera par la rue Pierre Barelli. Il ressort des pièces du dossier que cette voie constitue une voie privée appartenant en indivision aux propriétaires des fonds qu'elle dessert, dont la société pétitionnaire. Il s'ensuit que cette dernière est propriétaire indivis de cette voie et n'avait dès lors pas, compte tenu de cette qualité, à produire un titre l'autorisant à utiliser la voie d'accès Pierre Barelli, telle qu'une servitude de passage.
13. Si les requérants soutiennent également que la taille de la voie est insuffisante pour absorber le trafic induit par la création de 24 logements supplémentaires, il ressort des pièces du dossier que dans son avis du 25 mars 2021, le pôle gestion du domaine public de la métropole Nice Côte d'Azur souligne que " le calibrage de la voie privée sur l'ensemble de son tracé et notamment en fond d'impasse ainsi que l'aménagement proposé par le pétitionnaire sur sa propriété, permettent de juger comme suffisante la desserte du projet ". De plus, il ressort du plan de masse PC 2-1 que le pétitionnaire projette de réaliser l'aménagement d'un trottoir d'1,60 mètres de large afin de permettre d'assurer la sécurité des piétons au droit du projet contesté. La notice et le plan du rez-de-chaussée prévoient également deux aires d'attente des véhicules pour accéder au monte-voiture d'une dimension de 5m x 2,5 m.
14. Enfin, si les requérants soutiennent que le gabarit de la voie ne permet pas aux véhicules de lutte contre l'incendie d'accéder à l'immeuble, il ressort au contraire des pièces du dossier que cette voie atteint une largeur de 5 mètres et qu'elle est dotée en fond d'impasse d'une aire de retournement. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la voie Pierre Barelli ne présenterait pas les dimensions suffisantes pour assurer l'accès des engins de secours et de lutte contre l'incendie. La circonstance, à la supposée avérée, que des véhicules soient régulièrement stationnés au fond de cette impasse est sans incidence sur l'appréciation portée par les services instructeurs de la commune. Enfin, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation, qui a été pris pour l'application du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, au regard de l'avis favorable émis par la métropole, des caractéristiques du projet et des aménagements prévus, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA3 du règlement du PLU de la commune de Nice et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme quant à la desserte du projet doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UA 6.4.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone UAk et de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme :
15. Aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ". L'article UA6 du règlement du PLU de la commune de Nice prévoit que sont autorisés en surplomb des voies et emprises publiques les balcons situés à au moins 5 mètres du sol à condition que leur saillie " ne dépasse pas 1,20 mètre, si la largeur actuelle ou future de la voie est inférieure à 12 mètres, () ".
16. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'un permis de construire est demandé pour l'édification d'un ouvrage sur le domaine public ou le surplombant, il ne peut être légalement accordé que si le pétitionnaire justifie d'un accord exprès du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public pour l'ouvrage qu'il se propose d'édifier.
17. En l'espèce, il n'est pas contesté que le balcon en litige est situé à plus de 5 mètres du sol. Si le plan de coupe en AA fait apparaître que le balcon forme une saillie de 2,20 mètres, la partie qui s'implante en surplomb du domaine public n'excède pas une largeur de 1,20 mètres. Les dispositions de l'article UA 6.4.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UAk sont donc respectées.
18. Cependant, la circonstance que ces balcons, d'une profondeur inférieure à 1,20 mètres et situés à plus de 5 mètres du sol, respectent les dispositions précitées du règlement du PLU est sans incidence sur l'application de l'article R. 431-13 précité du code de l'urbanisme. Si la commune se prévaut de l'article 36-1 du règlement métropolitain de voirie selon lequel sont dispensées d'autorisation d'occupation du domaine public routier les saillies situées à plus de 5 mètres du sol, l'invocation de ce règlement est toutefois inopérante dès lors que celui-ci n'est pas au nombre des règles opposables à une demande d'autorisation d'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces versées aux débats que le dossier de demande de permis de construire déposé par la SARL Loremag comportait un document exprimant l'accord de l'autorité gestionnaire pour engager la procédure d'autorisation d'occupation de cette dépendance du domaine public. En dépit de l'information des parties sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme relative à la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer en vue de la régularisation du vice tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, aucun permis modificatif portant sur ce point n'a été produit dans le cadre de la présente instance. Il suit de là que les requérants sont fondés à soutenir que le permis en litige a été accordé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des bâtiments :
19. Aux termes des dispositions de l'article UA 10 du règlement PLU de la commune de Nice applicables au secteur UAk : " La hauteur des bâtiments et des constructions mesurée à partir du niveau de la voie ou des emprises publiques (places, square etc) existantes ou futures pris en tout point qui borde le bâtiment, jusqu'à l'égout du toit, en façade sur voie et au faîtage est limitée à : en secteur UAk 15 m à l'égout du toit et 5 niveaux soit R+4, et 18,5 m au faîtage () ". Aux termes de l'article 16 des dispositions générales du PLU, l'égout du toit est défini comme l'" égout principal de la toiture. En cas de toiture-terrasse, l'égout sera considéré au niveau de l'étanchéité ". Ce même article définit le niveau de construction de la manière suivante : " Niveau de construction : Ne comptent pas comme niveau, les niveaux d'habitation ou des constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif, situés au-dessus de l'égout du toit. Les mezzanines situées en dessous de l'égout du toit comptent comme niveau. () Rez-de-chaussée : Il s'agit du niveau situé immédiatement au-dessus du sous-sol, même si ce dernier est semi enterré. () ".
20. Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de coupe AA que le bâtiment projeté comporte un sous-sol dédié au parking, 5 niveaux ainsi qu'un attique.
21. D'une part, au vu des dispositions précitées de l'article UA 10, le sous-sol n'est pas inclus dans la hauteur du bâtiment. D'autre part, il ressort du plan de coupe AA que l'égout principal du toit se situe à la cote 40,92 mètres soit au niveau du plancher de l'attique, lequel est destiné à accueillir les combles de la construction. Dès lors les combles ne constituent pas un niveau de construction au sens des dispositions du PLU de la commune de Nice. Il suit de là que le projet de construction en litige comporte 5 niveaux, composé d'un rez-de-chaussée et de 4 étages.
22. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de coupe précité que la hauteur de la construction calculée depuis le niveau de la voie pris en tout point du bâtiment jusqu'à l'égout principal du toit n'excède pas la hauteur maximale de 15 mètres à l'égout du toit ni celle de 18,5 mètres au faîtage, fixées par l'article UA 10 s'agissant du secteur UAk.
23. Enfin, il ne ressort d'aucune disposition du PLU que les combles ne pourraient pas être aménageables au-delà de R + 4.
24. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme applicables en secteur UAk doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UA 12.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stationnement des deux-roues :
25. Aux termes des dispositions de l'article UA 12.1 du règlement du PLU : " Pour les autres destinations de construction, il est exigé 1 aire de stationnement 2 roues pour 70 m² de surface de plancher dont 50 % pour les 2 roues non-motorisés ". L'article 14.3 des dispositions générales du PLU de la commune de Nice prévoit que les locaux doivent être aisément accessible par un cheminement praticable.
26. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
27. Si les requérants soutiennent que le local en sous-sol n'est pas accessible aisément par un cheminement praticable, il ressort au contraire de la notice du permis de construite et des plans joints aux dossier qu'un monte-véhicules permet d'accéder facilement à ce local situé en sous-sol. Cette branche du moyen doit ainsi être écartée. De même, si les requérants soutiennent que le pétitionnaire ne respecte pas les dimensions standards des places de stationnements de deux-roues, aucune norme n'est imposée sur ce point dans le PLU. Cette seconde branche du moyen doit également être écartée.
28. Dans une dernière branche du moyen, les requérants soutiennent que les deux locaux dédiés au stationnement des deux-roues ne permettent pas le stationnement de 29 véhicules deux-roues. Il ressort des pièces du dossier que le projet développe une surface de plancher de 1 451,39 m² et doit donc prévoir au moins 21 emplacements dédiés aux deux-roues dont 11 pour les vélos. Il ressort de ces pièces et notamment de la notice du projet, dans sa partie consacrée au stationnement des deux roues, que deux locaux sont destinés au stationnement des deux-roues pour une surface respective de 16,65 m² et de 13,30 m² et que 4 stationnements sont prévus en R-1 et deux en rez-de-chaussée. Dans ces conditions, les espaces dédiés au stationnement des deux-roues doivent être regardés comme de nature à permettre le stationnement de 21 véhicules deux-roues.
29. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 12 du règlement du PLU s'agissant du stationnement des deux-roues doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux espaces verts :
30. Aux termes de l'article UA 13 du règlement du PLU de la commune de Nice : " 15 % de la superficie de l'unité foncière du terrain doit être aménagé en espaces verts dont la moitié de pleine terre ". Aux termes de l'article 16.6 des dispositions générales du PLU, les espaces verts sont définis comme des " espaces comprenant une végétation basse ainsi que des arbres ou arbustes d'essences variées économes en eau et adaptés au climat local (notamment palmiers, agrumes, thym, romarin, lavande). Ils ne doivent pas être surplombés par un bâtiment (saillies de façade et balcons à plus de 5 m de hauteur non compris). Ils sont soit en pleine terre soit végétalisés. / a. Les espaces verts sont dits en pleine terre quand aucune construction ne se trouve en dessous, à l'exception des ouvrages publics d'infrastructure et les réseaux souterrains. / b. Les espaces végétalisés sont les autres espaces verts, sur toitures, sur dalles ou autres parties artificialisées, végétalisées avec au moins 80 cm de terre ".
31. Les requérants soutiennent, dans une première branche du moyen soulevé, que pour le traitement des eaux pluviales, le projet ne prévoit que 30 centimètres de terre pour l'emprise des bassins de rétention, ce qui ne permet pas de considérer ces espaces verts comme de la pleine terre. Or, aucun bassin de rétention n'est prévu au projet et il ressort au contraire des pièces du dossier que le pétitionnaire utilise la technique du drainage agricole qui n'implique aucune construction. Cette branche du moyen doit donc être écartée.
32. Si les requérants soutiennent, ensuite, que des bandes de terrain ont été comptabilisées par le pétitionnaire comme des espaces de pleine terre alors qu'elles sont situées au-dessus du sous-sol affecté aux stationnements, il ressort au contraire des plans du sous-sol et du plan de masse d'exploitation arbustive que les espaces comptabilisés comme de la pleine terre sont bien situés en dehors de l'implantation de la dalle de stationnement située en sous-sol. Ce moyen doit donc écarté dans toutes ses branches.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
33. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
34. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
35. Le vice constaté au point 18 du présent jugement entachant d'illégalité l'arrêté du 29 mars 2021, peut être régularisé sans entrainer un bouleversement du projet tel qu'il en changerait la nature même. Les parties, ayant été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il y a lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal du permis de construire régularisant le vice constaté. Il y a lieu de réserver tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'a pas été expressément statué par ce jugement, jusqu'en fin d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme D jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement, imparti à la SARL Loremag et à la commune de Nice pour transmettre au tribunal la mesure de régularisation qu'implique le vice mentionné au point 18 du présent jugement, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et M. E D, à la SARL Loremag et à la commune de Nice.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Le Guennec, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026