mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS - CADOZ-LACROIX-REY-VERNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 septembre 2021 et 9 février 2024, M. C, représenté par Me Morisset, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle le président de la métropole Nice Côte d'Azur a prolongé à compter du 3 septembre 2021 sa suspension de fonctions à titre conservatoire ;
2°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- M. A n'avait pas qualité pour déposer plainte au nom de la métropole Nice Côte d'Azur ;
- même dans l'hypothèse où il y aurait eu vol, la métropole Nice Côte d'Azur a elle-même chiffré son éventuel préjudice à 69 euros, un montant dérisoire ;
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- la mesure de prolongation de suspension de fonctions n'est pas justifiée dès lors qu'il a fait l'objet d'une décision de relaxe ;
- cette mesure n'a pas d'autre objet que de le sanctionner ;
- le retard de trois mois pris par la métropole Nice Côte d'Azur pour le réintégrer et reconstituer sa carrière est constitutif d'une illégalité fautive susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Verne, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de procédure.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2016-1155 du 24 août 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- et les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. Ben Bouzid, agent titulaire de la régie pour la gestion des déchets ménagers et assimilés de la métropole Nice Côte d'Azur, a été affecté sur le poste de gardien de la déchetterie de Nice Ouest. L'intéressé a fait l'objet le 15 avril 2021 d'une décision du président de la métropole Nice Côte d'Azur par laquelle il a été, à titre conservatoire, suspendu de ses fonctions pour une durée maximale de quatre mois. Par un arrêté en date du 23 juillet 2021, le président de la métropole Nice Côte d'Azur a prolongé, à compter du 3 septembre 2021, cette suspension de fonctions à titre conservatoire et placé l'intéressé à demi-traitement. M. Ben Bouzid demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 23 juillet 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, M. Ben Bouzid ne peut utilement se prévaloir du défaut de qualité pour déposer plainte de M. A au nom de la métropole Nice Côte d'Azur auprès de l'autorité judiciaire en vue d'engager des poursuites pénales à son encontre, dès lors qu'une telle circonstance, à la supposer même établie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux portant prolongation de suspension de fonctions.
3. En deuxième lieu, si le requérant indique que, à supposer qu'il y ait eu vol, le montant de l'éventuel préjudice que la métropole Nice Côte d'Azur a elle-même chiffré est dérisoire, une telle circonstance est dépourvue d'incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires (devenu L. 531-1 et suivants du code général de la fonction publique) : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation () ". La mesure provisoire de suspension prise sur le fondement de ces dispositions ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire, mais est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure de formuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.
5. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la mesure de suspension, de même que sa prolongation, est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service ne présentant pas, par elle-même, le caractère d'une sanction disciplinaire. Dès lors, elle n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant et doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions citées au point 4 que si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire à l'encontre d'un fonctionnaire suspendu, celui-ci est rétabli dans ses fonctions, sauf s'il fait l'objet de poursuites pénales. Un fonctionnaire doit pour l'application de ces dispositions être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales lorsque l'action publique a été mise en mouvement à son encontre et ne s'est pas éteinte. Lorsque c'est le cas, l'autorité administrative peut, au vu de la situation en cause et des conditions prévues par ces dispositions, le rétablir dans ses fonctions, lui attribuer provisoirement une autre affectation, procéder à son détachement ou encore prolonger la mesure de suspension en l'assortissant, le cas échéant, d'une retenue sur traitement.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. Ben Bouzid a fait l'objet, par arrêté du 15 avril 2021, d'une suspension de fonctions à titre conservatoire de 4 mois en raison de l'existence de poursuites pénales diligentées à son encontre pour des faits de vol qui auraient été commis sur le site de la déchetterie de Nice-Ouest dont l'intéressé assure les fonctions de gardien. En raison de l'existence de poursuites pénales, les faits à l'origine de la mesure initiale de suspension de fonctions présentaient un caractère suffisamment grave et vraisemblable. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté litigieux prononçant la prolongation de la suspension de fonctions de M. Ben Bouzid, ce dernier faisait toujours l'objet de poursuites pénales, de sorte qu'en édictant la mesure en litige, le président de la métropole Nice Côte d'Azur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Si, par ailleurs, le requérant a fait l'objet d'une relaxe par jugement du tribunal judiciaire de Nice en date du 23 septembre 2021, cette circonstance, postérieure à l'arrêté attaqué, est dès lors sans incidence sur sa légalité.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que la prolongation de suspension de fonctions du requérant est justifiée par l'existence de poursuites pénales. Le requérant n'apporte aucun élément au soutien de son affirmation selon laquelle cette mesure procèderait de la volonté de le sanctionner. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précitée : " En cas de non-lieu, relaxe, acquittement ou mise hors de cause, l'autorité hiérarchique procède au rétablissement dans ses fonctions du fonctionnaire. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités de la publicité du procès-verbal de rétablissement dans les fonctions ". Aux termes de l'article 1er du décret n°2016-1155 du 24 août 2016 relatif à la publicité du procès-verbal de rétablissement dans les fonctions pris en application de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires : " Lorsque le fonctionnaire qui a été suspendu en application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée est réintégré dans ses fonctions à la suite d'une décision judiciaire de non-lieu, de relaxe, d'acquittement ou de mise hors de cause, l'autorité hiérarchique établit un procès-verbal visant le dernier alinéa de cet article et indiquant la date de rétablissement de l'intéressé dans ses fonctions ".
10. Il ressort des pièces du dossier que faisant suite au jugement du tribunal judiciaire de Nice du 23 septembre 2021, devenu définitif, prononçant la relaxe de M. Ben Bouzid, le président de la métropole Nice Côte d'Azur a, par arrêté du 23 décembre 2021, mis fin à la mesure de prolongation de suspension de fonctions. Par arrêté du 5 janvier 2022, le président de la métropole Nice Côte d'Azur a procédé au remboursement des retenues faites durant la période de suspension de fonctions de M. Ben Bouzid du 3 mai au 26 décembre 2021. Si le requérant soutient que sa réintégration n'a été ordonnée que trois mois après le jugement du tribunal judiciaire et que ce retard est constitutif d'une illégalité fautive susceptible d'engager la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur, il ne résulte pas des dispositions citées au point 9 que la réintégration du fonctionnaire après une décision judiciaire de non-lieu, de relaxe, d'acquittement ou de mise hors de cause doit intervenir dans un certain délai qui serait en outre prescrit à peine de nullité.
11. Il résulte de ce qui précède que M. Ben Bouzid n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2021 prononçant la prolongation de suspension de ses fonctions à compter du 3 septembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la métropole Nice Côte d'Azur présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Ben Bouzid est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Nice Côte d'Azur au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à métropole Nice Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026