mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | COLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2003054 du 22 septembre 2021, le tribunal administratif de Toulon a transmis au tribunal administratif de Nice la requête, enregistrée le 3 novembre 2020, présentée par Mme A B, épouse C.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 5 octobre 2023, Mme B, épouse C, représentée par Me Colas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a interrompu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du mois de novembre 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au profit de son avocat, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, celui-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, le directeur de l'OFII conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il fait valoir que :
- la requête n'a plus d'objet ;
- la requête est tardive ;
- la décision attaquée ne fait pas grief ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B, épouse C, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique ;
- les observations de Me Abouelhaja, représentant Mme B, et de Me Bessis-Osty, représentant l'OFII.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse C, ressortissante nigériane née le 28 décembre 1979, est entrée sur le territoire français en février 2019 afin d'y solliciter l'asile. Le 11 mars 2019, sa demande d'asile a été enregistrée. Dès le mois d'avril 2019, Mme B, épouse C, a bénéficié des conditions matérielles d'accueil dont le versement a été interrompu à partir du novembre 2019. Par un courrier du 2 juillet 2020, Mme B, épouse C, a sollicité auprès de l'OFII le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B, épouse, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'OFII a interrompu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile et d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du mois de novembre 2019.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Contrairement à ce que le directeur de l'OFII fait valoir, sans aucune précision, la requête n'est pas dépourvue d'objet. Les conclusions tendant au non-lieu à statuer doivent donc être rejetées.
Sur les fins de non-recevoir :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Il ne ressort des pièces du dossier que Mme B, épouse C, a reçu notification de la décision portant suspension de ses conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, l'absence de réponse à sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, par courrier du 2 juillet 2020, a fait naître une décision implicite de rejet. Dès lors, en l'absence d'indication des voies et délais de recours, la requête de Mme B, épouse C, enregistrée le 3 novembre 2020, n'est pas tardive.
5. En second lieu, contrairement à ce que fait valoir le directeur de l'OFII, la décision par laquelle les conditions matérielles d'accueil ont été interrompues est une décision administrative faisant grief.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées par le directeur de l'OFII doivent être écartées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " () / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. Pour les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L. 711-1 ou le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 712-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 731-2 du même code, alors en vigueur : " La Cour nationale du droit d'asile statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles L. 711-1 à L. 711-4, L. 711-6, L. 712-1 à L. 712-3, L. 713-1 à L. 713-4, L. 723-1 à L. 723-8, L. 723-11, L. 723-15 et L. 723-16. A peine d'irrecevabilité, ces recours doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. / () ".
8. Aux termes de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Devant la Cour nationale du droit d'asile, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est de plein droit, sauf si le recours est manifestement irrecevable. L'aide juridictionnelle est sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle de la cour, le délai prévu au premier alinéa de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendu et un nouveau délai court, pour la durée restante, à compter de la notification de la décision relative à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ces délais sont notifiés avec la décision de l'office. Le bureau d'aide juridictionnelle de la cour s'efforce de notifier sa décision dans un délai de quinze jours suivant l'enregistrement de la demande. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a déposé une demande d'asile le 2 avril 2019. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier du relevé TelemOfpra communiqué par le directeur de l'OFII, que cette demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 19 juin 2019, notifiée le 25 juillet 2019. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante établit avoir déposé le jour même de cette décision une demande d'aide juridictionnelle, ayant pour effet de suspendre le délai de recours contentieux d'un mois en application des dispositions citées au point 3 du présent jugement. Par courrier du 25 août 2019, la CNDA a décidé de lui accorder l'aide juridictionnelle. Puis par une décision du 7 juillet 2020, le président du bureau de l'aide juridictionnelle a désigné un nouvel avocat après avoir constaté que le premier avocat désigné n'avait pas accompli les diligences nécessaires pour représenter Mme B. A la suite de cette décision, la requérante a formé un recours devant la CNDA, enregistré le 12 juillet 2020, contre la décision de l'OFPRA du 19 juin 2020 rejetant sa demande d'asile. Dès lors que ce recours a été enregistré dans le délai de recours contentieux d'un mois, le directeur de l'OFII a commis une erreur de droit en suspendant les conditions matérielles d'accueil au profit de Mme B, épouse C, qui disposait de la qualité de demandeur d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le directeur de l'OFII verse à la requérante les conditions matérielles d'accueil dues pour la période du 1er novembre 2019 au 18 janvier 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
12. Mme B, épouse C, a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Colas, avocat de Mme B, épouse C, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a interrompu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile au bénéfice de Mme B, épouse C, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser à Mme B, épouse C les conditions matérielles d'accueil dues pour la période du 1er novembre 2019 au 18 janvier 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 000 euros à Me Colas en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, épouse C, au préfet des Alpes-Maritimes, au directeur l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Colas.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
assistés de Mme Antoine, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F.PASCALLa greffière,
signé
B-P ANTOINE
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026