jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2105055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | FAUCHEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 29 septembre 2021, 22 décembre 2021 et 8 juillet 2022, M. B F, Mme G F, Mme C F, Mme E F et M. D A, représentés par Me Faucheur, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Gilette a, au nom de l'Etat, retiré le permis de construire tacite né le 7 février 2021 et délivré un permis de construire, valant permis de démolir, à la métropole Nice Côte d'Azur en vue de la démolition de l'existant et de la création d'un parking de 100 places sur un terrain situé Route des Espauvettes, parcelle cadastrée section F 349, à Gilette, ensemble les décisions implicites du préfet des Alpes-Maritimes et du maire de la commune de Gillette de rejet de leur recours gracieux reçus respectivement les 11 juin 2021 et 15 juin 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Gilette une somme de 2 000 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le demandeur du permis ne justifie pas de sa qualité à déposer la demande de permis de construire ;
- l'arrêté du 23 mars 2021 est entaché d'incompétence de son signataire ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles R. 423-38 et R. 423-39 du code de l'urbanisme dès lors que le maire, au nom de l'Etat, a délivré le permis de construire nonobstant le caractère tardif de la transmission de certaines pièces par le pétitionnaire ;
- l'avis rendu par la société Enedis le 2 octobre 2020 est irrégulier ;
- les avis rendus par la direction des subdivisions métropolitaines, le service maîtrise d'ouvrage assainissement et le service de l'éclairage public de la métropole Nice Côte d'Azur les 22 mai 2020, 8 octobre 2020 et 1er décembre 2020 sont irréguliers dès lors que la métropole Nice Côte d'Azur est également pétitionnaire ;
- le dossier de demande de permis de construire ne permet pas de vérifier le respect des règles relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques et aux limites séparatives ;
- le permis litigieux a été délivré en méconnaissance des dispositions des articles 1. 1. 3 et suivants du règlement de la zone UAb du plan local d'urbanisme métropolitain ;
- le permis litigieux a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article 3. 1 du règlement de la zone UAb du plan local d'urbanisme métropolitain ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur dans l'appréciation des risques pour la sécurité publique dès lors que le projet litigieux méconnait les dispositions du plan de prévention des mouvements de terrain applicable sur la commune de Gilette approuvé le 17 juillet 2006.
Par deux mémoires en observation, enregistrés les 28 janvier 2022 et 25 juillet 2022, la commune de Gilette, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Jacquemin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise solidairement à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Gilette fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en application des dispositions des articles L. 600-1-2 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, conclut à titre principal au rejet de la requête pour irrecevabilité, et à titre subsidiaire à son rejet au fond.
Le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en application des dispositions des articles L. 600-1-2 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, la métropole Nice Côte d'Azur, prise en la personne de son président en exercice, conclut à titre principal au rejet de la requête pour irrecevabilité, et à titre subsidiaire à son rejet au fond.
La métropole Nice Côte d'Azur fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en application des dispositions des articles L. 600-1-2 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juin 2023 :
- le rapport de Mme Le Guennec ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- les observations de Me Chatrenet, substituant Me Faucheur, représentant les requérants ;
- et de Me Jacquemin, représentant la commune de Gilette.
Considérant ce qui suit :
1. La métropole Nice Côte d'Azur a déposé le 30 avril 2020 une demande de permis de construire, valant permis de démolir, en vue de la démolition de l'existant et de la création d'un parking de 100 places sur un terrain situé Route des Espauvettes, parcelle cadastrée section F 349, à Gilette. Par un arrêté en date du 23 mars 2021, le maire de la commune de Gilette a, au nom de l'Etat, retiré le permis de construire tacite qui était né le 7 février 2021 et délivré le permis de construire, valant permis de démolir, à la métropole Nice Côte d'Azur. Par deux courriers en date des 9 juin 2021, reçus respectivement les 11 juin 2021 et 15 juin 2021, M. B F, Mme G F, Mme C F, Mme E F et M. D A ont formé des recours gracieux auprès du préfet des Alpes-Maritimes et du maire de la commune de Gilette, lesquels ont été implicitement rejetés. M. B F, Mme G F, Mme C F, Mme E F et M. D A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté municipal en date du 23 mars 2021 ainsi que les décisions implicites de rejet de leur recours gracieux formé à l'encontre dudit arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire précise : a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant () ; () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R 423-1 pour déposer une demande de permis. ".
3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 précité. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer, au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif. De plus, il résulte de la combinaison de ces dispositions avec celles du code général des collectivités territoriales que le président du conseil métropolitain ne peut déposer une demande de permis au nom de la métropole sans y avoir été expressément autorisé par le conseil de la métropole.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la métropole Nice Côte d'Azur a déclaré, dans l'imprimé Cerfa de sa demande d'autorisation d'urbanisme, être habilitée à présenter celle-ci. Il n'est pas établi que le maire de Gilette aurait disposé, à la date à laquelle il a pris l'arrêté attaqué, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la demande de la métropole Nice Côte d'Azur ou faisant apparaître qu'elle ne disposait d'aucun droit à la déposer. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 10 juillet 2020, le conseil de la métropole a notamment autorisé le président du conseil de la métropole à signer et déposer toute demande d'autorisation d'urbanisme, notamment en ce qui concerne les permis de démolir, les permis de construire, les permis d'aménager et les déclarations préalables. Dans ces conditions, le président du conseil de la métropole doit être regardé comme ayant été autorisé par le conseil à déposer, au nom de métropole, la demande de permis de construire valant permis de démolir relative à la création d'un parking de 100 places. Par suite, le moyen tiré de ce que la pétitionnaire ainsi que son représentant n'avaient pas qualité pour déposer la demande doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. () ". Aux termes de l'article L. 422-2 du même code : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : () c) Les travaux, constructions et installations réalisés à l'intérieur des périmètres des opérations d'intérêt national mentionnées à l'article L. 132-1 () ". Aux termes de l'article R. 422-1 du code : " Lorsque la décision est prise au nom de l'Etat, elle émane du maire, sauf dans les cas mentionnés à l'article R. 422-2 où elle émane du préfet ". Aux termes de l'article R. 422-2 de ce code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : () e) En cas de désaccord entre le maire et le responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction mentionné à l'article R. 423-16 () ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 423-72 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision est de la compétence de l'Etat, le maire adresse au chef du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction son avis sur chaque demande de permis et sur chaque déclaration. Cet avis est réputé favorable s'il n'est pas intervenu dans le délai d'un mois à compter du dépôt à la mairie de la demande de permis ou dans le délai de quinze jours à compter du dépôt à la mairie de la déclaration ".
6. En l'espèce, il est constant que le terrain d'assiette du projet litigieux est situé dans le périmètre de l'opération d'intérêt national de la Plaine du Var. Dès lors, l'autorité administrative compétente pour se prononcer sur le projet de construction de la société pétitionnaire était l'Etat, en vertu du c) de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme. En outre, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire de la métropole Nice Côte d'Azur a été déposée à la mairie de Gilette le 30 avril 2020 et complétée, le 7 septembre 2020. Par suite, le maire de Gilette doit être réputé avoir émis un avis favorable dans les conditions de l'article R. 423-72 du code de l'urbanisme précitées. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction des permis de construire n'aurait pas été en accord avec le maire qui avait donné un avis favorable, ledit service ayant d'ailleurs informé la pétitionnaire par lettre du 5 février 2021 de son intention de retirer le permis tacitement délivré et de délivrer un permis de construire exprès. Dans ces conditions, le maire de la commune était compétent, au nom de l'Etat, pour délivrer le permis de construire litigieux. Par suite, le moyen tiré l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes des dispositions de l'article R. 423-39 du même code: " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".
8. Si les requérants soutiennent que le projet litigieux aurait dû faire l'objet d'un refus de permis de construire dès lors que des pièces ont été transmises au-delà du délai d'un mois imparti pour le faire, ils n'établissent ni même n'allèguent que les pièces communiquées les 6 janvier et 5 février 2021 constituaient des pièces manquantes au sens des dispositions précitées. Par suite, et dès lors qu'il est en tout état de cause toujours loisible au pétitionnaire de produire des pièces complémentaires durant l'instruction de son projet par les services compétents, le moyen tiré de ce que l'envoi de certaines pièces aurait été tardif doit être écarté.
9. En quatrième lieu, les requérants soulèvent le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de la société Enedis en date du 2 octobre 2020. La société Enedis, dans son avis du 2 octobre 2020, a retenu que, faute de précision sur la puissance de raccordement nécessitée par le projet de la métropole Nice Côte d'Azur, elle basait sa réponse sur une hypothèse de raccordement de 84kVA triphasé et que cet avis pourrait être revu dans le cas où le bénéficiaire de l'autorisation d'urbanisme solliciterait une puissance de raccordement différente. Ces prescriptions ont été reprises à l'article 3 de l'arrêté en date du 23 mars 2021 litigieux. Dans ces conditions, la circonstance que la pétitionnaire n'ait pas mentionné la puissance de raccordement ou même que le projet nécessiterait une puissance de raccordement supérieure à celle retenue, n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'avis de la société Enedis, qui a été rendu sur la base d'une hypothèse de raccordement de 84kVA triphasé et qui a également précisé les conséquences qui résulteraient d'un raccordement nécessitant une puissance plus importante. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
10. En cinquième lieu, si les requérants soutiennent que les avis rendus par la direction des subdivisions métropolitaines, le service maîtrise d'ouvrage assainissement et le service de l'éclairage public de la métropole Nice Côte d'Azur les 22 mai 2020, 8 octobre 2020 et 1er décembre 2020 dans le cadre de l'instruction du permis de construire litigieux seraient irréguliers dès lors que la métropole Nice Côte d'Azur est également pétitionnaire, ils ne se prévalent de la méconnaissance d'aucune disposition. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article 1.1.3 du règlement de la sous-zone UAb du plan local d'urbanisme de la métropole Nice Côte d'Azur (ci-après, " PLUM ") : " Dans toute la zone sont interdit(e)s : () - Les dépôts et les déversements de matériaux de toute nature à l'air libre non autorisés sous condition en article 1.2 ; - Les dépôts de ferraille, d'épaves et de matériaux de démolition, non autorisés sous condition à l'article 1.2 ; (.) ". Contrairement à ce que font valoir les requérants, la réalisation d'un parking de 100 places ne constitue pas une activité de dépôts et de déversements de matériaux, de ferraille, d'épaves et de matériaux de démolition. Par ailleurs, s'ils soutiennent que le projet méconnait également les dispositions suivant celles de l'article 1.1.3 du règlement précité, ils n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet méconnaîtrait les dispositions des articles 1.1.3 du règlement et suivants de la sous-zone UAb du règlement du PLUM doit être écarté.
12. En septième lieu, aux termes des dispositions de l'article 3.1 du règlement de la sous-zone UAb du PLUM relatif à la desserte par les voies publiques ou privées : " Tout terrain doit être desservi par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés. Les caractéristiques des voies de desserte doivent être compatibles avec la circulation et l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Les accès ne doivent pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies, quel que soit leur mode de déplacement, ni pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () ".
13. Les requérants soutiennent que le projet autorisé par le permis contesté, lequel consiste à créer un parking semi-enterré de 100 places de stationnement en lieu et place des 40 places existantes, n'est pas desservi par une voie dans des conditions répondant à son importance et à sa destination. Au soutien de leur moyen, les requérants font état de ce que l'accès au projet se fait par des ruelles déjà très fréquentées, qui seraient inadaptées à la circulation supplémentaire induite par le projet et que la voie de desserte du projet, la route des Espauvettes, est dépourvue de cheminement piéton et est étroite. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet se fait uniquement par la route des Espauvettes, dont il n'est pas contesté qu'elle présente une largeur variable entre 5.50 et 5.90 mètres et qu'elle débouche sur l'embranchement de la route métropolitaine n°17. De plus, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que le parking sera doté de deux accès distincts pour l'entrée et la sortie des véhicules, qu'il sera à sens unique afin de limiter les croisements sur la voirie existante et qu'il est prévu un chemin dédié aux piétons qui leur permettra d'accéder au passage piétons existant en contre-haut du projet. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des pièces du dossier que le projet permettra d'améliorer les conditions de circulation du centre-ville. Dans ces conditions, tant la voie de desserte envisagée que l'accès projeté au terrain d'assiette présentent des caractéristiques suffisantes et adaptées à la nature et l'importance du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UAb 3.1 du règlement du PLUM doit être écarté.
14. En huitième lieu, aux termes des dispositions de l'article 2. 1. du règlement de la sous-zone UAb du PLUM, relatif à la volumétrie et à l'implantation des constructions : " () 2.1.3 : Implantation par rapport aux voies et emprise publiques : les constructions doivent être implantées avec le même retrait que les bâtiments voisins. (.) et par rapport aux limites séparatives : Les constructions doivent être implantées soit : - En limite ; - Sur une ou deux limites. Dans le cas d'une implantation en retrait, les constructions devront s'implanter à une distance minimale de trois mètres des limites séparatives () ".
15. En l'espèce, si les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire est insuffisant en ce qu'il ne permet pas de vérifier le respect des règles relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques et aux limites séparatives, ils ne se prévalent de l'insuffisance d'aucune des pièces exigées par le code de l'urbanisme. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que, dès lors que les constructions existantes voisines ne sont pas implantées de manière uniforme par rapport aux voies et emprises publiques, la construction projetée, qui n'est pas intégralement implantée à l'alignement par rapport aux voies et emprises publiques, est en tout état de cause conforme aux dispositions précitées. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction est implantée à une distance inférieure à trois mètres des limites séparatives. Par suite, le moyen doit être écarté.
16. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain (ci-après, " PPRMVT ") de la commune de Gilette, approuvé le 17 juillet 2006 : " La sous-zone R* (aléa de grande ampleur) correspondant à la présence d'au moins un autre aléa (glissement de terrain, effondrement de cavités souterraines et/ou ravinement,) que la chute de blocs et/ou de pierres. Article II. 2. 1 - Sont interdits : " (.) A l'exception de ceux mentionnés à l'article II. 2. 2., tous ouvrages ou constructions, toutes occupation et utilisation du sol, tous travaux, aménagements ou installations de quelque nature qu'ils soient, y compris les déblais et remblais de tout volume et autre dépôts de matériaux ou matériels non ou difficilement déplaçables, le stockage de produits polluants, dangereux ou vulnérables. / Article II. 2.2 - Sont autorisés avec prescriptions et sous réserve de ne pas aggraber les risques ou leurs effets, de ne pas en provoquer de nouveaux, de ne pas augmenter significativement le nombre de personnes exposées, de préserver les couloirs naturels des ravines et vallons et sous réserve qu'ils ne fassent pas l'objet d'une occupation humaine permanente et qu'ils n'aggravent pas les risques ou leurs effets : - les infrastructures de services publics et les aires de stationnement ou leurs équipements nécessaires à leur exploitation, sous réserve que leur vulnérabilité soit restreinte et que le maitre d'ouvrage prenne les dispositions appropriées au phénomène afin de ne pas aggraver les risques ou leurs effets ". Par ailleurs, aux termes de ce PPRMVT, la commune comporte également une zone bleue qui comporte des indices alphabétiques, tels que " Eb " qui correspond à un aléa limité d'éboulement et glissement, et " G* " qui correspond à un aléa limité de glissement.
17. Il est constant que le projet litigieux se situe à cheval entre la zone " bleue Ebg " (aléa limité d'éboulement et glissement), la zone " rouge R* " (aléa de grande ampleur de chutes de blocs et glissement) et la zone " bleue G* " (aléa limité de glissement) du PPRMVT de la commune de Gilette. Contrairement à ce qu'invoquent les requérants, qui ne se prévalent de la méconnaissance d'aucune disposition du règlement du PPRMVT, il ressort des dispositions applicables en zone " rouge R* " que les ouvrages, constructions et travaux de quelque nature qu'ils soient, y compris les déblais et remblais, sont interdits à l'exception de ceux prévus à l'article II. 2.2, tels que les infrastructures de services publics et les aires de stationnement ou leurs équipements nécessaire à leur exploitation, sous réserve que leur vulnérabilité soit restreinte et que le maître d'ouvrage prenne les dispositions appropriées au phénomène afin de ne pas aggraver les risques ou leurs effets et sous réserve qu'ils ne fassent pas l'objet d'une occupation humaine permanente et qu'ils n'aggravent pas les risques ou leurs effets. Le préfet les Alpes-Maritimes soutient, sans être contredit, que le projet, qui consiste dans la création, par la métropole Nice Côte d'Azur, d'un parking de 100 places de stationnement, correspond à ce type de construction et remplit donc les conditions susénoncées. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnait l'interdiction de réaliser des remblais et déblais. Par ailleurs, les requérants soutiennent que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des risques d'atteinte à la sécurité publique et produisent à ce titre, deux études réalisées par les cabinets Tinetude Ingenerie et Géonova. Toutefois, il ressort des conclusions de l'étude réalisée par le cabinet Tinetude Ingenerie que si elle préconise certains travaux de réaménagement du parking, elle relève qu'en tout état de cause le projet n'aura pas d'incidence notable sur les risques naturels de mouvements de terrain. En outre, si les requérants relèvent à juste titre que la note réalisée par le cabinet Géonova recommande la réalisation d'une étude de type G2 et de divers travaux de confortement avant le début des travaux de construction, ainsi que le rapport d'étude réalisé par les cabinets TERZATEC / ERG / GINGER, qui recommande également, la réalisation d'études de type G2AVP, PRO, DCE, G3 et G4, de telles prescriptions concernent les modalités d'exécution du permis de construire et ne s'apprécient pas au stade de la délivrance de l'autorisation, lesdites études n'étant d'ailleurs exigées ni par les dispositions du code de l'urbanisme ni par le PPRVMT. Il ressort en outre des pièces du dossier de permis de construire, notamment des études commandées par la pétitionnaire, que les risques de glissement de terrain sont légers. Si les requérants soutiennent que le projet a pour effet d'accroitre de tels risques, notamment à l'égard de leur parcelle, ils ne l'établissent pas. S'agissant en particulier des risques de chutes de blocs, il ressort des pièces du dossier qu'un important ouvrage de confortement, entretenu régulièrement, a été mis en place pour sécuriser la route métropolitaine 17, située en contre haut du terrain des chutes provenant de la falaise située à l'aplomb et qu'une telle parade a conduit le bureau d'étude Terzatec à qualifier le risque résiduel de chute de comportement rocheux de " faible à très faible ". De plus, le projet prévoit, pour palier une éventuelle défaillance dudit ouvrage de protection, une surélévation du mur arrière du bâtiment en vue de protéger le parking d'un risque de réception de pierres. Enfin, les requérants, qui se bornent à se prévaloir du rapport réalisé par le cabinet Tinetude Ingenerie, lequel conclut que " le projet ne garantit pas qu'il n'induit aucun impact sur l'environnement ", n'apportent aucun élément probant de nature à établir l'existence de risques environnementaux. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Gilette, au nom de l'Etat, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'assortissant pas le permis de construire sollicité de prescriptions spéciales ou que le projet méconnaîtrait les dispositions du PPRVMT de la commune de Gilette.
18. Il résulte de ce tout qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Gilette, le préfet des Alpes-Maritimes et la métropole Nice Côte d'Azur, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 23 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Gilette a, au nom de l'Etat, retiré le permis de construire tacite et délivré un permis de construire valant permis de démolir à la métropole Nice Côte d'Azur, ensemble les décisions implicites du préfet des Alpes-Maritimes et du maire de la commune de Gillette de rejet des recours gracieux formés à l'encontre dudit arrêté, doivent être rejetés.
Sur les frais liés au litige :
19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
21. Les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Gilette, observatrice à l'instance, qui n'a dès lors pas la qualité de partie à l'instance, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B F, Mme G F, Mme C F, Mme E F et M. D A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Gilette au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B F, Mme G F, Mme C F, Mme E F, M. D A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la métropole Nice Côte d'Azur.
Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et à la commune de Gilette.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 22 juin 2023.
La rapporteure,
signé
B. Le Guennec
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026