mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2105518 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SZEPETOWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Szepetowski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel le maire de Cabris a sursis à statuer sur sa demande de permis de construire une maison individuelle avec piscine sur les parcelles cadastrées section C n°2585, 2568 et 2569 ;
2°) d'enjoindre au maire de Cabris de se prononcer sur sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cabris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'un sursis à statuer ne peut être fondé sur une modification du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2023, la commune de Cabris conclut au rejet de la requête, à l'annulation de l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le maire de Cabris a délivré à Mme A le permis de construire sollicité et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que le permis de construire délivré le 18 février 2022 par le maire de la commune est illégal.
Par ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées à titre reconventionnel par la commune de Cabris dès lors qu'une collectivité publique est irrecevable à demander au juge de prononcer une mesure qu'il lui appartient de prendre elle-même. Or la commune tenait des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration le pouvoir de retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative.
Par un courrier enregistré le 29 décembre 2023, la commune a répondu au moyen d'ordre public soulevé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées à titre reconventionnel par la commune de Cabris dès lors que l'autorité administrative qui a pris une décision sur injonction du juge administratif, qu'il lui ait été ordonné de prendre une mesure dans un sens déterminé ou de statuer à nouveau sur la demande d'un administré, n'a qualité ni pour demander l'annulation ou la suspension de sa propre décision, ni pour exercer une voie de recours contre une décision juridictionnelle rejetant la demande de tiers tendant aux mêmes fins. Il appartient seulement à cette autorité, si elle s'y croit fondée, d'exercer les voies de recours ouvertes contre la décision juridictionnelle qui a prononcé l'injonction.
Par un courrier en date du 15 février 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de prononcer d'office, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, une injonction tendant à la délivrance d'un permis de construire définitif (le permis de construire accordé le 18 février 2022 à la suite de l'injonction du juge des référés étant un permis provisoire) à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Par un courrier enregistré le 16 février 2024, Mme A a présenté des observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 février 2024 :
- le rapport de Mme Soler, rapporteure,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Mme C pour la commune de Cabris.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a déposé, le 23 mars 2021, une demande de permis de construire une maison individuelle avec piscine sur les parcelles cadastrées section C n°2585, 2568 et 2569 situées sur le territoire de la commune de Cabris. Sa demande a été complétée le 15 juin 2021. Par un arrêté du 7 septembre 2021, le maire de Cabris a sursis à statuer sur sa demande. Par une ordonnance du 2 février 2022, le tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté du 7 septembre 2021 et a enjoint au maire de Cabris de se prononcer à nouveau sur la demande de Mme A. Par un arrêté du 18 février 2022, le maire de Cabris a accordé le permis de construire sollicité. Tandis que Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2021, la commune de Cabris lui demande d'annuler son arrêté du 18 février 2022.
Sur les conclusions présentées à titre reconventionnel par la commune de Cabris et tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 février 2022 :
2. L'autorité administrative qui a pris une décision sur injonction du juge administratif, qu'il lui ait été ordonné de prendre une mesure dans un sens déterminé ou de statuer à nouveau sur la demande d'un administré, n'a qualité ni pour demander l'annulation ou la suspension de sa propre décision, ni pour exercer une voie de recours contre une décision juridictionnelle rejetant la demande de tiers tendant aux mêmes fins. Il appartient seulement à cette autorité, si elle s'y croit fondée, d'exercer les voies de recours ouvertes contre la décision juridictionnelle qui a prononcé l'injonction. Dès lors, la commune de Cabris n'est pas recevable à demander au juge administratif l'annulation de l'arrêté du 18 février 2022 et par suite, ses conclusions formulées à ce titre doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation formulées par Mme A :
3. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme relatif à l'élaboration du plan local d'urbanisme : " () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Aux termes de l'article L. 153-33 du même code : " La révision est effectuée selon les modalités définies par la section 3 du présent chapitre relative à l'élaboration du plan local d'urbanisme. / () ". Et aux termes de l'article L. 153-36 de ce code : " Sous réserve des cas où une révision s'impose en application du I de l'article L. 153-31, le plan local d'urbanisme est modifié lorsque l'établissement public de coopération intercommunale ou la commune décide de modifier le règlement, les orientations d'aménagement et de programmation ou le programme d'orientations et d'actions ".
4. L'article L. 153-11 du code de l'urbanisme n'autorise à surseoir à statuer sur une demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations, que lors de l'élaboration d'un plan local d'urbanisme. Si le renvoi à la section 3 du chapitre III du code de l'urbanisme relative à l'élaboration du plan local d'urbanisme du code de l'urbanisme opéré par l'article L. 153-33 du même code a pour effet d'étendre cette faculté à la procédure de révision du plan local d'urbanisme, aucune disposition ne le prévoit pour la procédure de modification de ce plan, suivie en l'espèce et régie de façon distincte par l'article L. 153-36 et suivants de ce code. Dès lors, le maire de Cabris ne pouvait se fonder sur la délibération du 14 octobre 2020 par laquelle le conseil municipal a prescrit la modification n°4 du plan local d'urbanisme de la commune pour opposer un sursis à statuer sur la demande de permis de construire présentée par Mme A. Par suite, l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel le maire de Cabris a sursis à statuer sur la demande de permis de construire de Mme A doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation d'urbanisme, y compris une décision de sursis à statuer, ou une opposition à une déclaration, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément à l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard à l'article L 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. Par ailleurs, un permis de construire délivré à la suite du réexamen ordonné en conséquence d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés revêt un caractère provisoire. Un tel permis peut être retiré à la suite du jugement rendu au principal sur le recours pour excès de pouvoir formé contre la décision initiale de refus sous réserve que les motifs de ce jugement ne fassent pas par eux-mêmes obstacle à ce que l'administration reprenne une décision de refus.
6. D'une part, si la commune de Cabris fait valoir que les dispositions de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, font obstacle à la délivrance du permis de construire sollicité par la requérante dès lors que le projet ne constitue pas une construction de plain-pied pouvant bénéficier d'un coefficient d'emprise au sol majoré à 8 % applicable à ces constructions, la locution " de plain-pied " doit être comprise comme qualifiant un rez-de-chaussée séparé au plus d'une marche avec le niveau du sol extérieur. Or, les deux demi-étages qui composent la villa projetée se trouvent à hauteur du terrain extérieur, compte tenu de la déclivité du terrain. Dès lors, chaque demi-étage doit être regardé comme constituant un rez-de-chaussée et la villa projetée doit être regardée comme une construction de plain-pied pouvant dès lors bénéficier du coefficient d'emprise au sol majoré à 8 %.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 18 février 2022 et en exécution de l'ordonnance du 2 février 2022 du juge des référés, le maire de Cabris a délivré à Mme A un permis de construire qui, en vertu de ce qui vient d'être dit, présentait un caractère provisoire. Toutefois, les motifs du présent jugement, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, s'opposent à ce que ce permis puisse être retiré et font obstacle à ce que le maire oppose un nouveau refus à la demande de permis de construire déposée par Mme A. Dès lors, ce permis de construire ne revêtant plus un caractère provisoire, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire de Cabris de réexaminer la demande dont il était saisi et par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées à ce titre doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Cabris demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Cabris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel le maire de Cabris a sursis à statuer sur la demande de permis de construire de Mme A est annulé.
Article 2 : L'annulation prononcée à l'article 1er ci-dessus fait obstacle à ce que le maire de Cabris retire le permis de construire délivré le 18 février 2022 à Mme A.
Article 3 : La commune de Cabris versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cent) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Cabris.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
G. TAORMINA Le greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026