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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105538

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105538

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SZEPETOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 octobre 2021 et 15 septembre 2022, Mme E C, représentée par Me Aubret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Cannes a délivré un permis de construire valant permis de démolir à la société à responsabilité limitée Tamarins Développement, en vue de la démolition du bâti existant et de la construction d'un immeuble à usage de bureaux et d'habitation comprenant 12 logements sur un terrain situé 13 rue Léon Noël, à Cannes, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 17 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cannes et de la société à responsabilité limitée Tamarins Développement une somme de 3 000 euros chacune en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

La requérante soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté en date du 21 avril 2021 méconnait les dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- le permis litigieux a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet ou insuffisant au regard des dispositions des articles L. 421-4, R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet litigieux méconnait les dispositions de l'article 3-2-b de la section E du Titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Cannes ;

- le projet litigieux méconnait les dispositions de l'article 3-3-b de la section E du Titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Cannes ;

- le projet litigieux méconnait les dispositions de l'article 3-4 de la section 2 du Titre 3 du règlement plan local d'urbanisme de Cannes ;

- le projet litigieux méconnait les dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;

- le projet en litige a été accordé en méconnaissance d'une servitude stipulée en sa faveur le 6 janvier 1953.

Par mémoires en défense, enregistrés les 15 juillet 2022 et 13 octobre 2022, la société à responsabilité limitée Tamarins Développement, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Szepetowski-Polirsztok, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Tamarins Développement fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, la commune de Cannes, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

La commune de Cannes fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par Mme C a été enregistré le 2 décembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas fait l'objet d'une communication.

Une note en délibéré a été produite par la requérante le 2 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2023 :

- le rapport de Mme F ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- les observations de Me Aubret, représentant la requérante ;

- et les observations de M. B, représentant la commune de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 21 avril 2021, le maire de la commune de Cannes a délivré un permis de construire valant permis de démolir à la société à responsabilité limitée (ci-après, " SARL ") Tamarins Développement, en vue de la démolition du bâti existant et de la construction d'un immeuble à usage de bureaux et d'habitation comprenant 12 logements sur un terrain situé 13 rue Léon Noël, à Cannes. Par un courrier en date du 17 juin 2022, reçu le 23 juin 2022, Mme E C a formé un recours gracieux contre cet arrêté, lequel a été implicitement rejeté. Mme E C demande l'annulation de l'arrêté en date du 21 avril 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 17 juin 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire précise : a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant () ; () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R 423-1 pour déposer une demande de permis. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 précité. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.

4. Il ressort des pièces du dossier que la SARL Tamarins Développement, régulièrement représentée par M. A G, son gérant en exercice, en application des dispositions de l'article L. 223-18 du code de commerce, a déclaré, dans l'imprimé Cerfa de sa demande d'autorisation d'urbanisme, être habilité à présenter celle-ci. Il n'est pas établi que le maire de Cannes aurait disposé, à la date à laquelle il a pris l'arrêté attaqué, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la demande de la SARL Tamarins Développement ou faisant apparaître qu'elle ne disposait d'aucun droit à la déposer, la circonstance que M. et Mme D, actuels propriétaires du terrain d'assiette litigieux, auraient solliciter de la part de Mme C l'élagage du camphrier se trouvant sur son terrain étant sans incidence. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande d'autorisation d'urbanisme ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision d'autorisation d'urbanisme que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Premièrement, aux termes de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme : " Un décret en Conseil d'Etat arrête la liste des constructions, aménagements, installations et travaux qui, en raison de leurs dimensions, de leur nature ou de leur localisation, ne justifient pas l'exigence d'un permis et font l'objet d'une déclaration préalable. () Ce décret arrête également la liste des cas dans lesquels il est fait exception à l'obligation de déclaration préalable à laquelle sont soumises les coupes et abattages d'arbres dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit ainsi que dans tout espace boisé identifié en application des articles L. 113-1, L. 151-19 ou L. 151-23 ou classé en application de l'article L. 113-1 ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : / () / g) Les coupes et abattages d'arbres dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit, ainsi que dans tout espace boisé classé en application de l'article L. 113-1 () ". Aux termes des dispositions de l'article 3-2-b du plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU ") de la commune de Cannes relatif au patrimoine végétal et naturel remarquable " () Les coupes et abattages sont interdits sauf pour raison majeure de sécurité. Ceux-ci sont soumis à autorisation préalable ".

7. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que, eu égard à l'objet et aux modalités de publicité de la procédure de déclaration préalable, la délivrance du permis de construire est en principe subordonnée, lorsque les travaux qu'il prévoit nécessitent la coupe ou l'abattage d'arbres soumis à autorisation, à une décision préalable de non-opposition à cette déclaration. Un permis de construire ne peut valoir lui-même décision de non-opposition que si la déclaration préalable est jointe au dossier de demande du permis.

8. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les travaux autorisés par le permis de construire litigieux nécessitent la coupe ou l'abattage du camphrier sis en limite de la propriété de la requérante, au sens des dispositions précitées au point 6. En tout état de cause, la pétitionnaire ne disposerait, en application des dispositions de l'article 673 du code civil, d'aucun titre pour procéder à une telle coupe et pour déposer, à cette fin, une déclaration préalable, ledit camphrier étant situé sur le terrain voisin appartenant à Mme C. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'une déclaration préalable aurait dû être jointe au dossier de permis de construire.

9. Deuxièmement, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ".

10. S'il est constant que la notice paysagère ne précise pas le traitement du camphrier situé en limite du terrain de la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle insuffisance aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable alors même que ledit camphrier, ainsi qu'un cercle l'entourant et comportant un rayon de dix mètres à compter de son tronc, au sein duquel aucune construction n'est édifiée, sont identifiés sur les plans PC 2 a, b et c, plans du 1er et 2ème sous-sol, plan du " rez de jardin " et qu'une étude sanitaire et biomécanique, diligentée par le pétitionnaire en vue d'obtenir " un état des lieux de l'arbre, un avis sur l'impact des travaux déplacés à 8,5 m et des recommandations pour préserver l'arbre et son caractère remarquable ", a été intégrée au dossier de permis de construire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Troisièmement, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

12. La requérante soutient que le dossier de permis ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement et l'impact visuel du projet, notamment vis-à-vis du camphrier litigieux. Toutefois, le dossier de permis comporte des photomontages et photographies du projet depuis l'entrée du terrain d'assiette, dans l'environnement proche et lointain. Si le dossier ne comporte aucune photographie permettant d'apprécier l'insertion du projet et son impact visuel par rapport au camphrier, il n'est, en tout état de cause, pas démontré qu'une telle insuffisance aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable en matière d'insertion paysagère. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 3-2-b de la section E du Titre 2 du PLU de Cannes relatif au patrimoine végétal et naturel remarquable : " Le patrimoine végétal et naturel correspond aux arbres () qui par leur agencement, leur force, leurs qualités présentent un intérêt patrimonial. Ces éléments remarquables, repérés sur le plan de zonage par une pastille verte, sont soumis aux mesures de protection et de mise en valeur spécifiques suivantes : - sont interdits tous travaux ayant pour effet de détruire ou modifier un élément de patrimoine identifié. Les coupes et abattages sont interdits sauf pour raison majeure de sécurité. Ceux-ci sont soumis à autorisation préalable ; - les travaux ne doivent pas compromettre le caractère ou l'entretien de ces éléments ; -la suppression partielle de ces éléments, pour des motifs de sécurité () doit être compensée par des plantations de niveau équivalent ".

14. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est mitoyen, dans sa partie nord-ouest, de la parcelle cadastrée section CS n°185 sur laquelle se trouve un camphrier isolé, identifié comme remarquable par le PLU de Cannes. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit, compte tenu des conclusions d'un rapport d'étude sanitaire et biomécanique en date du 22 juin 2020, l'implantation du bâtiment à dix mètres du tronc du camphrier, sans excavation au sein de ce périmètre. Premièrement, contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions précitées n'interdisent pas, en tant que telles, l'implantation de balcons ou de terrasses à moins de dix mètres du tronc du camphrier ni la réalisation de travaux d'élagage sur le terrain. Par ailleurs, et en tout état de cause, la circonstance que des balcons et terrasses se situent à moins de dix mètres du tronc du camphrier est sans incidence dès lors qu'en application des dispositions de l'article 673 du code civil relatives aux obligations d'élagage des personnes privées, les propriétaires du terrain assiette du projet pourront, en cette seule qualité, contraindre la requérante à couper les branches du camphrier lui appartenant dans le cas où elles dépasseraient sur le terrain d'implantation du projet litigieux, nonobstant la circonstance que celui-ci soit répertorié comme " arbre remarquable " au sein du document d'urbanisme. Au demeurant, il ressort du rapport d'expertise sanitaire et biomécanique établi le 22 juin 2020 que de tels travaux peuvent être réalisés sans compromettre la survie dudit camphrier à condition de respecter un certain nombre de recommandations. Enfin, conformément à l'article 1er du dispositif de l'arrêté attaqué, le permis de construire litigieux est accordé pour les travaux prévus à l'ensemble du dossier annexé. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'est pas soutenu ni même allégué que le rapport en date du 22 juin 2020, énumérant un certain nombre de mesures en vue d'assurer la protection du camphrier durant l'exécution des travaux, ne figurait pas au dossier de demande de permis de construire, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait illégal en ce qu'il ne reprendrait pas ces recommandations sous la forme de prescriptions. En tout état de cause, il ne saurait résulter de la circonstance que l'arrêté du 21 avril 2021 ne comporte pas les modalités d'exécution du permis de construire que le projet méconnaitrait les dispositions précitées dès lors que la protection du camphrier durant le chantier au regard des exigences posées par ces dispositions s'apprécie à l'occasion de l'exécution du permis de construire et non au stade de la délivrance de l'autorisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté en toutes ses branches.

15. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 3-3-b de la section E du Titre 2 du PLU de Cannes relatif au patrimoine végétal, naturel et paysager " commun " : " Nota : ces règles s'appliquent à tout arbre de hautes tiges, y compris ceux en EBC, dans les jardins remarquables et les EVP, sur la totalité du site inscrit : a) Protection des arbres existants : Recul des constructions par rapport aux arbres de hautes tiges : Afin de protéger les systèmes racinaires et la frondaison des arbres et d'assurer leur pérennisation, aucune construction ne devra être réalisée à moins de : 10 m du pied des arbres de haute tige de niveau 1 dans le cas des arbres à conserver et 8 m dans le cas des arbres à planter. () Les distances imposées ci-dessus sont prises horizontalement au pied des arbres et en tout point du tronc de l'arbre. Les seuls aménagements possibles dans ces limites, hormis d'autres plantations en pleine terre, sont la réalisation, sans affouillement de sol, d'allés, de terrasses, d'escaliers et d'aires de stationnement ". Selon le lexique du PLU de Cannes : " les arbres de haute tige : arbres de niveau 1 : () camphriers ".

16. Cet article doit être regardé comme fixant une règle de distance entre les arbres à conserver ou à planter dans le cadre de l'autorisation d'urbanisme et les constructions situés sur un même terrain. Il est constant que le camphrier ne se situe pas sur la même unité foncière que le projet litigieux. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

17. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article 3.4 de la section 2 du Titre 3 du règlement du PLU de Cannes relatif à l'implantation des constructions : " Dans le secteur UBf, les constructions doivent être implantées dans une bande* de 16 mètres, sur une ou plusieurs limites séparatives ou en respectant un recul minimal de 3 mètres. Lorsque la longueur du terrain sur voie est supérieure à 25 m, le bâtiment doit être implanté à une distance des limites séparatives au moins égale à 3 mètres (dans le cas d'un terrain donnant sur plusieurs voies, la longueur du terrain prise pour référence est celle où se situe l'accès sur la voie). Aucune construction n'est autorisée au-delà de cette bande de 16 m à l'exception des balcons, oriels (bow-windows), terrasses à rez-de-chaussée, saillies de toiture et niveaux de sous-sols. () *La bande s'entend à partir de l'alignement sur la voie/ emprise publique ou de la marge de recul jusqu'à la profondeur indiquée dans la zone ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1.3 du Titre 2 relatif aux dispositions générales : " Ces règles ne s'appliquent pas : (.) pour faciliter une meilleure intégration urbaine et paysagère, pour sauvegarder des éléments de paysage et de patrimoine (bâti ou végétal) ".

18. Il ressort des pièces du dossier, non contestées par la requérante, qu'en vue d'assurer la protection d'un tilleul, arbre de haute tige de niveau 1 situé au sud de la parcelle et à l'alignement de la voie publique, aucune construction n'est prévue dans un périmètre de dix mètres à compter de son tronc, conformément aux dispositions de l'article 3-3-b de la section E du Titre 2 du règlement du PLU de Cannes précitées. Dès lors, en application des dispositions de l'article 1.3 du Titre 2 relatif aux dispositions générales, les dispositions de l'article 3.4 du règlement du PLU imposant l'implantation des constructions dans une bande de seize mètres à partir de l'alignement sur la voie publique ou de la marge de recul n'étaient pas applicables au projet. En tout état de cause, il résulte de ces dispositions que les balcons et terrasses en rez-de-chaussée peuvent être implantés au-delà de cette bande de seize mètres. Si la requérante soutient que les terrasses surélevées prévues par le projet ne rentrent pas dans l'exception prévue par ces dispositions, il ressort des pièces du dossier de permis de construire que ces éléments de construction situés en R + 1 et R + 2, maladroitement nommés " terrasses " désignent, en réalité, les balcons situés aux différents niveaux de la construction. Dès lors, le moyen tiré de ce que les balcons et terrasses de rez-de-chaussée seraient implantés au-delà de la bande de seize mètres ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

19. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, la qualité de l'eau, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. / () II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable () (non il faut changer et mettre le principe de prévention) ". En vertu de l'article L. 110-2 de ce code : " Les lois et règlements organisent le droit de chacun à un environnement sain. Ils contribuent à assurer un équilibre harmonieux entre les zones urbaines et les zones rurales ainsi que la préservation et l'utilisation durable des continuités écologiques. / Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde et de contribuer à la protection de l'environnement, y compris nocturne. / Les personnes publiques et privées doivent, dans toutes leurs activités, se conformer aux mêmes exigences ". Aux termes des dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement ".

20. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme qu'elles ne permettent pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement.

21. La requérante doit être regardée comme soutenant qu'en ne subordonnant pas la délivrance du permis de construire sollicité à l'interdiction d'implanter les terrasses et balcons dans un périmètre de dix mètres à compter du tronc du camphrier litigieux, le maire de la commune de Cannes a méconnu les dispositions précitées dès lors que l'implantation de telles terrasses et balcons conduiront à des coupes répétées des branches de cet arbre remarquable, entrainant un risque pour sa survie. Toutefois, ainsi que cela a été dit, la circonstance que des balcons et terrasses se situeront à moins de dix mètres du tronc du camphrier est sans incidence dès lors qu'en tout état de cause, en application des dispositions de l'article 673 du code civil relatives aux obligations d'élagage des personnes privées, si des branches du camphrier situé sur la propriété de la requérante dépassent sur le terrain d'implantation du projet litigieux, les propriétaires du terrain assiette du projet pourront la contraindre à couper ces branches, nonobstant la circonstance que celui soit répertorié comme " arbre remarquable " au sein du document d'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté.

22. Enfin, en septième lieu, aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. () ".

23. Si la requérante entend se prévaloir de la violation d'une servitude de droit privé, ce moyen est inopérant par application des dispositions citées.

24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 21 avril 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 17 juin 2021.

Sur les dépens :

25. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Cannes et de la SARL Tamarins Développement, qui ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes, les sommes que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

27. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la SARL Tamarins Développement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société à responsabilité limitée Tamarins Développement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme E C, à la société à responsabilité limitée Tamarins Développement et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 2 mars 2023.

La rapporteure,

signé

B. F

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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