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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105679

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105679

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre 2021 et 30 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de visa de long séjour sur place en qualité de conjoint de français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- sa demande de titre de séjour est recevable ;

- le préfet des Alpes-Maritimes s'est borné à se prononcer uniquement sur sa demande de visa de long séjour alors même qu'il était également saisi d'une demande de titre de séjour en tant que conjoint de français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ainsi entaché sa décision d'un défaut d'examen ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de ces mêmes dispositions ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2023 :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Hmad, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né en 1983, demande au tribunal d'annuler la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de visa de long séjour sur place en qualité de conjoint de français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle fait ainsi état du motif sur lequel s'est fondé le préfet des Alpes-Maritimes pour refuser la demande du requérant à savoir le fait qu'il est entré sur le territoire national en situation irrégulière. Par ailleurs, la décision préfectorale litigieuse l'invite, en conséquence, à regagner son pays d'origine afin d'y présenter une nouvelle demande de visa long séjour auprès des autorités consulaires compétentes. Ainsi et alors que la décision attaquée mentionne également les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a été mis à même de comprendre le motif de refus et de le contester utilement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 312-3 de ce même code : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-2 de ce même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est subordonnée à la condition que le demandeur justifie de la possession d'un visa de long séjour, ou en l'absence d'un tel visa, au fait qu'il remplisse les conditions prévues par l'article L. 423-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que la condition de visa de long séjour n'est pas opposable à l'étranger régulièrement entré sur le territoire national et justifiant de l'existence d'une communauté de vie de plus de six mois avec son conjoint français.

5. Ainsi, par la décision attaquée, en refusant de délivrer un visa de long séjour, le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme ayant également rejeté la demande de carte de séjour temporaire, mention " vie privée et familiale ", présentée par le requérant sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif de l'absence de visa de long séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa demande de titre de séjour présentée en sa qualité de conjoint de français.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes ait regardé la demande de titre de séjour du requérant présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme irrecevable. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit en regardant cette demande comme irrecevable ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, si la condition de détention d'un visa long séjour n'est pas opposable à l'étranger entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions précitées de l'article L. 423-1 du même code n'ont, en revanche, pas pour effet de dispenser tous les étrangers sollicitant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français de la production du visa de long séjour mentionné à l'article L. 312-3 du même code. Par ailleurs, il ressort des dispositions des articles L. 312-2 et R. 312-2 de ce même code que les autorités diplomatiques et consulaires françaises sont seules compétentes pour instruire une demande de visa de long séjour.

8. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet ne détient d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la compétence pour instruire une telle demande de visa de long séjour, il ne pouvait se prononcer, en l'espèce, sur la demande présentée à ce titre par le requérant. C'est donc à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer au requérant un visa de long séjour et l'a invité à présenter sa demande auprès des autorités consulaires de son pays d'origine. Par suite, en l'absence de visa de long séjour, le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir, d'une part, qu'il répondait aux conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obtention d'un titre de séjour en sa qualité de conjoint de français et, d'autre part, que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces mêmes dispositions. Ces moyens doivent alors être écartés.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. D'une part, si le requérant se prévaut de son mariage avec une ressortissante française et d'une communauté de vie avec cette dernière à compter de la date de leur mariage à savoir le 22 avril 2017, les avis d'impositions établis en 2020 et 2021, aux noms des deux époux ainsi que l'attestation établissant qu'ils sont titulaires d'un contrat d'électricité pour un même domicile datent, au plus tôt, du mois de juillet 2020, ces documents n'étant par ailleurs assortis d'aucune pièce établie au même domicile et au seul nom du requérant. D'autre part, ce dernier ne justifie plus d'aucune activité professionnelle depuis le 21 novembre 2019, date de l'homologation d'une rupture conventionnelle conclue avec son ancien employeur et mettant ainsi fin à un contrat à durée indéterminée daté du 15 octobre 2018. A cet effet, l'avis d'imposition sur les revenus, établi en 2021, se borne à mentionner les revenus de l'épouse de M. B. Dans ces conditions, eu égard notamment au caractère récent de la communauté de vie établie avec son épouse à la date de la décision attaquée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de l'admettre au séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 2 septembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2105679

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