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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106049

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106049

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPONS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 19 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Pons, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, en application des articles L. 911-1 et 911-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

* ces décisions sont insuffisamment motivées ; elles révèlent que sa situation n'a pas été examinée, que sommairement ;

* il remplit les conditions posées par les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour : il justifie du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation ; il n'entretient plus aucune relation avec les membres de sa famille demeurant en Côte d'Ivoire ; la présentation de l'avis de la structure d'accueil par le préfet ne retient que certains aspects ; la procédure pénale engagée à son encontre a conduit à un avis de classement à auteur ;

* les dispositions de de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues : il est entré en France à l'âge de 15 ans, justifie de son intégration sur le territoire français et ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine ;

S'agissant du pays de destination :

* cette décision méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022, le rapport de M. Pascal, président-rapporteur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien, né le 15 avril 2003, a présenté, le 16 mars 2021, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B été confié au service de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du tribunal de grande instance de Nice du 25 avril 2019 dès lors qu'il était isolé sur le territoire français. Il a été confié par une décision en assistance éducative de la cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 18 octobre 2019 auprès du service de l'aide sociale à l'enfance des Alpes-Maritimes.

4. Le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour " jeune majeur " au motif qu'il ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, qu'il n'établit pas ne plus disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine et que l'avis de la structure d'accueil " L'Amandier " gérée par l'association ALC en date du 25 janvier 2021 ne permet pas à l'intéressé de se prévaloir d'une insertion réussie dans la société française.

5. Il ressort, toutefois, de l'instruction que le requérant, qui a obtenu son certificat d'aptitude professionnel (CAP) mécanique automobile en juin 2021, a régulièrement travaillé lors de sa formation et est employé comme mécanicien, au sein de la société Kyss Auto à Cannes. Son employeur, dans le cadre de son contrat d'apprentissage, a été satisfait du travail fourni par le requérant ainsi que le relève le rapport éducatif du 25 janvier 2021 précité du centre d'accueil pour mineurs qui a pris en charge M. B. Par ailleurs, ce rapport est plus nuancé que l'appréciation qu'en a retenu le préfet des Alpes-Maritimes dans la décision attaquée (" il est tout de même un jeune décrit et reconnu par l'ensemble de l'équipe comme très agréable et souriant Il entretient de bons rapports avec son employeurYaya est autonome dans ses déplacements, tant pour se rendre à l'école qu'à son travailYaya est un jeune qui entre aisément en relation avec les adultes qui l'entourent "), précise également que les parents du requérant ont été tués lorsqu'il était âgé de huit ans et sollicite, en conclusion, la bienveillance de cette autorité pour la délivrance à M. B du titre " jeune majeur ". Enfin, les faits qualifiés de graves par le préfet, commis en août 2020 alors que le requérant avait 17 ans, n'ont pas conduit à des poursuites pénales mais à un rappel solennel pour un comportement constituant une infraction à la loi. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a entaché l'arrêté du 18 octobre 2021 d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 18 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique la délivrance à M. B d'un titre de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au profit de M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 18 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. B un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Ravera , greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

F. Pascal

L'assesseure la plus ancienne,

signé

A.-C. Chaumont La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

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